Saint Malo : "Ne plus savoir où donner de la tête"

Cécile Pellerin - 10.06.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Saint Malo - Etonnants voyageurs - Dany Laferrière


Mettre de bonnes chaussures pour arpenter les différents espaces (plus d'une dizaine) qui accueillent les conférences et rencontres avec les auteurs; hâter le pas pour gagner sans retard l'auteur qu'on a manqué la veille...  Tel Joseph Boyden, (Dans le grand cercle du monde, Albin Michel) la star incontournable et très convoitée de ce 25e festival.

 

Accepter aussi de changer son programme, faute de place, et finalement se sentir au mieux dans le clan des Irlandais avec Paul Lynch (Un ciel rouge le matin, Albin Michel) et Colum Mccann (Etre un homme, Belfond) et écouter ensuite l'échange chaleureux et drôle entre l'arabe du futur (Riad Sattouf) et le Prince de Motordu (PEF).

 

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PEF, ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

S'enivrer avec délice des sonorités des différentes langues étrangères qui résonnent dans toute la ville. De l'estonien musical, légèrement décalé d'Andrus Kivirähk (L'homme qui savait la langue des serpents, Le Tripode) à la langue haïtienne subtile et poétique de Dany Laferrière (Journal d'un écrivain en pyjama, Grasset), en passant le polonais vibrant et engagé de Wojciech Tochman, (Aujourd'hui nous allons dessiner la mort, Noir sur Blanc) le festivalier navigue d'un pays à l'autre sans barrière.

 

Prendre le temps de parcourir les 8 expositions de photos (Raymond Depardon notamment, La solitude heureuse du voyageur), de dessins originaux d'Emmanuel Lepage (Un printemps à Tchernobyl)  ou de l'étonnant artiste autodidacte croate Miroslav Sekulic-Struja (Pelote dans la fumée), éveiller tous ses sens, s'ouvrir aux autres.

 

Etre alors fin prêt pour s'émerveiller face aux grands espaces de la Patagonie ave Isabelle Autissier,(Chroniques au long cours, Arthaud) à se mobiliser même contre la construction de barrages dans le sud de cette région, soutenu par Philippe Grenier (Histoires du bout du monde, Nevicata). Disposé également,  avec l'aide de Guillaume Staelens (Itinéraire d'un poète apache, Viviane Hamy), à rejoindre Rimbaud dans l'Amérique contemporaine. 

 

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Isabelle Autissier, ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Puis,  toujours passionné, remonter l'histoire et vivre intensément les grandes expéditions maritimes avec la clandestine du voyage de Bougainville (Michèle Kahn) ou le cosmographe Faras, L'égaré de Lisbonne (Bruno d'Halluin) et le temps, d'une conférence, échapper au quotidien avec un délice rare.

Rien de plus naturel alors d'accepter ensuite les autres voyages imaginaires, ceux initiés par Tolkien et le trône de fer dans un théâtre Chateaubriand qui ne désemplit pas.

 

Chercher les frontières (sans forcément les trouver)  à travers l'exaltation  de Cyril Hadji-Thomas (Le parti de l'homme, Tamyras) et d'Emmanuel Ruben (La ligne des glaces, Rivages), partir à l'aventure avec Björn Larsson (La dernière aventure de Long John Silver, Grasset) et se prendre d'un vif intérêt pour le destin singulier de Jacques Lebaudy (multimillionnaire du début du XXe) grâce à Philippe Di Folco (L'Empereur du Sahara, Galaade).

 

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Philippe Di Folco, Emmanuel Ruben, Cyril Hadji-Thomas et Björn Larsson

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Piétiner dans le palais du Grand Large, faire la queue pour espérer pénétrer dans l'Auditorium ou dans la rotonde Surcouf suivre les émissions de France Inter ou France Culture en direct.  Attendre parfois près d'une heure devant les portes du lieu pour être sûr de ne pas manquer les discussions que l'on a pris soin, au préalable, de marquer d'un repère dans le programme. Et là, écouter abasourdi Patrick de Saint-Exupéry, Hippolyte (La fantaisie des dieux, Phébus) ou Scholastique Mukasonga (Ce que murmurent les collines, Gallimard) et souffrir avec eux de l'indélicatesse récente de la France face aux commémorations du génocide du Rwanda. Sentir  alors les sanglots venir, s'indigner, être mal à l'aise face à tant d'horreur, ne pas savoir comment faire, avoir honte de n'avoir pas su entendre la tragédie.

Ressentir la frustration de ne pouvoir être partout au même moment tant la diversité des sujets attire et rend le choix si douloureux et cruel.   

 

Ne plus savoir où donner de la tête dans la librairie gigantesque où les auteurs se prêtent avec sympathie au jeu des dédicaces et prennent le temps d'échanger avec les lecteurs, jamais ennuyés ou agacés, toujours très fair-play. 

 

Supporter la chaleur étouffante de ce week-end de Pentecôte ; voir la mer azur sans prendre le temps du bain ou de la séance bronzage et  enfin se lever tôt une dernière fois le lundi matin et écouter, dans un état de quasi-recueillement et de bonheur intense Jean-Marie G. Le Clézio, (Tempête, Gallimard) évoquer ses voyages,  avant de repartir, fourbu, mais heureux, le porte-monnaie délesté de nombreux euros, mais imprégné tout entier de l'ardeur irrésistible de poursuivre le voyage à travers de nouvelles lectures, de nouveaux auteurs, de nouvelles destinations.

 

JeanMarie Gustave Le Clezio

JMG Le Clezio, ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

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