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Saint-Maur en poche payant en 2018, ou... contraint de disparaitre ?

Bouder Robin - 27.06.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - saint maur en poche - salon du livre - salon du livre payant


Si tout le monde s'accorde à dire que le festival Saint-Maur en poche, qui avait lieu les 24 et 25 juin derniers, a connu un grand succès, c'est une bien inquiétante information qui court depuis sur les réseaux sociaux. Le festival serait en danger, et pourrait ne pas être reconduit pour l'année prochaine. La mairie de la ville ainsi que la Griffe noire, librairie, coorganisatrices du salon, ont un léger différent sur l'avenir de la manifestation.




 

C'est le discours de clôture de Sylvain Berrios, maire de Saint-Maur-des-Fossés, qui a lancé la machine infernale des on-dit : si le maire a bien souligné l'importance du salon et sa réussite d'année en année, il a également évoqué les coûts de plus en plus conséquents qu'il demande, et a sous-entendu que la 10e édition, l'an prochain, pourrait bien être compromise...

 

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« C'était un très beau succès en effet, le plus gros jusqu'à présent très probablement », nous explique Sylvain Berrios. « Mais tout reposait sur la participation financière de la ville de Saint-Maur, d'un montant de 200.000 €. Aujourd’hui, nous devons chercher un nouveau modèle économique, parce que les coûts demandés sont très lourds, on a rencontré certaines limites financières aussi bien que physiques cette année, les libraires sont très nombreux et les conditions difficiles. »

 

Un nouveau modèle économique, certes, mais lequel ? Sylvain Berrios songe à dénicher de nouveaux participants au festival, et à redéfinir les fonctions de chacun : « Nous devons nous interroger sur beaucoup de choses, à commencer par le rôle des collectivités, le rôle du ministère de la Culture, et aussi le rôle des éditeurs. Nous devons trouver un équilibre, peut-être en invitant plus de librairies indépendantes, en proposant des stands d'éditeurs... »

 

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Et la solution se trouverait peut-être finalement dans la participation demandée aux visiteurs, comme l'explique finalement le maire de Saint-Maur-des-Fossés. « Beaucoup de monde se rend sur le salon, ce qui appelle à ce que la puissance publique intervienne financièrement, et il faut savoir que les recettes reviennent aux seules librairies : cette année, la Griffe noire a annoncé avoir vendu 30.000 livres et a amassé l'intégralité des recettes. En tout cas, la ville ne peut pas supporter seule tout ce poids financier, sauf à faire un salon plus petit. Le festival doit-il devenir payant ? Nous allons nous poser la question. »

 

En tout cas, les libraires de la Griffe noire ne semblent pas l'entendre de cette oreille. Gérard Collard avait déjà fait entendre son opinion sur le tarif d'entrée dans les salons du livre, notamment lors de la polémique entre la dernière édition de Livre Paris et l'auteur Maxime Chattam qui avait boycotté le salon. Aujourd’hui, son opinion ne change pas d'un iota.

 

« Faire payer des visiteurs pour un salon du livre est inenvisageable », nous confie-t-il. « C'est de la politique, très clairement. Le maire a voulu marquer son pouvoir, montrer qu'il dirigeait le salon. Tout est une question d'ego. »

 

Jusqu'à manipuler les chiffres ? C'est ce que pense Gérard Collard. « Le maire a parlé de 200.000 €, mais il s'agit en réalité de 120 000 €. La vérité, c'est qu'avec les présidentielles et les législatives cette année, nous n'avons eu que peu d'occasions de dialoguer avec la mairie, et l'organisation du salon en a été un peu chamboulée. Nous avons de toute façon une vision différente des choses : j'ai une vision populaire du salon, lui en a une vision plus élitiste. »
 

 

 

Quoi qu'il en soit, la Griffe noire et les partenaires du salon ne pourront pas compter sur l'aide du CNL, qui malgré plusieurs demandes insistantes de la part des librairies n'ont jamais donné suite. Ce sont d'autres solutions, peut-être plus radicales, qu'examinent actuellement les libraires, comme celle de déménager le salon... Mais Saint-Maur en poche sans Saint-Maur, est-ce que ça peut marcher ? Espérons-le...