Salon du Livre : Bande dessinée numérique : un nouveau champ de création

Xavier S. Thomann - 25.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Bande dessinée - Numérique - Lastman


Parce que la Bande dessinée est un genre qui se prête à la narration numérique, mais pas n'importe comment. Le numérique offre d'immenses possibilités, à condition de ne pas dénaturer la lecture. C'était en somme le propos tenu lors de cette table ronde, sur le stand Île-de-France, lundi 16h, alors que le salon touchait à sa fin. Tour d'horizon avec des spécialistes (à savoir Yannick Lejeune, Balak et Samuel Petit). 

 

 

 

 

Yannick Lejeune (fondateur du Festiblog et éditeur BD) est revenu sur l'une des dimensions premières de la BD numérique, la BD sur internet, en particulier via des blogs. La blogosphère BD s'est en effet largement développée et connaît un franc succès. On peut citer pêle-mêle : « Pénélope Joli coeur », « Tu mourras moins bête », Martin Vidberg et bien d'autres encore. L'avantage de ce mode de publication est certain : plus grande facilité de diffusion (forcément, pas de délais d'impression), mais surtout un filtre éditorial différent puisqu'il y a un retour immédiat du lecteur. Ce sont l'autofiction et la BD thématique qui représentent une part importante de ces blogs. 

 

Quant à la technologie impliquée ici, elle est simple : il s'agit de scanner des dessins ou éventuellement de les faire directement sur un logiciel. 

 

Pour ce qui est de la BD proprement numérique, c'est-à-dire avec une part d'animation, la question est plus complexe. Les expérimentations avancées voilà une petite dizaine d'années (chez Marvel par exemple) ont laissé songeur. De fait, on avait surtout l'impression de visionner un mauvais dessin animé : la BD avait perdu sa spécificité et se trouvait dans un entre-deux maladroit. Balak s'était alors insurgé contre cette BD dénaturée. 

 

L'intéressé a ainsi développé le Turbo Média, un système d'animation à base du logiciel Flash. Bref, un diaporama : une solution simple et efficace. Les animations sont limitées et restent sous le contrôle du lecteur. Du coup, la lecture demeure proactive et on ne tombe pas dans le dessin animé bas de gamme. À condition que l'auteur soit lui-même impliqué dans le processus, afin qu'il reste maître de la narration. 

 

L'autre question majeure qui s'est posée a bien sûr été celle du modèle économique. Pas certain que la solution idéale ait encore été trouvée. En revanche, plusieurs expériences ont permis de démontrer les bienfaits du gratuit. On pense notamment à « Lastman » (Bastien Vivès, Balak), avec une pré-publication en ligne avant la version papier. Ce qui permet de donner de la visibilité à la BD. 

 

Démarche similaire dans le cas de « Media Entity », une BD accessible sur le net et qui joue la carte du transmédia. Le site dédié permet d'obtenir du contenu supplémentaire qui n'est pas indispensable à la compréhension de l'oeuvre, mais qui permet d'enrichir l'expérience de lecture. 

 

Enfin, on peut aussi évoquer l'importance de trouver un standard commun. Selon Samuel Petit, l'évolution des formats doit aboutir à un format commun qui « permette à tout le monde de s'entendre », qu'il s'agisse des auteurs, des éditeurs, des libraires et des lecteurs. Cela dit, à la vue des différentes expériences mentionnées ici, la BD semble être dans le bon chemin vers une appropriation efficace et réussie du numérique. Peut-on en dire autant du roman ?