Salon du livre de Paris : la Roumanie subit des coupures budgétaires

Clément Solym - 27.08.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - Roumanie - budget culturel - Salon du livre de Paris


Que va-t-il advenir du pays invité d'honneur du Salon du Livre de Paris, pour son édition 2013 ? Bucarest avait invité Paris à son Salon du livre, en juin dernier, et par politesse, ou presque, Paris conviait le pays tout entier à égayer les murs de la Porte de Versailles, du 22 au 25 mars.

 

 

Roumanie 2004 - 14

 

 

Avec Barcelone en ville mise à l'honneur, la Roumanie allait, pour 2013, succéder au Japon, invité pour l'édition de cette année. Mais non sans peine, puisque le pays vient d'annoncer son intention de diminuer de 30 % le budget de l'Institut culturel roumain. Déjà en juillet dernier, celui-ci était la proie d'une véritable réorganisation de la partie de la classe politique. Le pays était culturellement menacé d'extinction, ou peu s'en fallait, au point que des artistes du monde entier s'étaient réunis pour apporter leur soutien aux artistes et intellectuels roumains. 

 

30 % de coupe pour l'Institut

 

 

Si l'importance de l'ICR n'est plus à démontrer, il était devenu l'otage politique qui oppose le premier ministre Victor Ponta et le Président Traian Basescu : Ponta a martelé qu'il ne laissera « en aucun cas » l'Institut sous l'autorité - même symbolique et décidée à l'époque par son propre parti - de la présidence de Roumanie. (voir notre actualitté)

 

Or, un pas de plus est franchi, que Dan Croitoru, secrétaire général de l'Institut à Bucarest, détaille à l'AFP. « Nous sommes dans une situation désastreuse. La présence comme invitée d'honneur au Salon du livre de Paris est une chance historique pour la Roumanie qui a toujours eu une grande admiration pour la France, une grande proximité avec sa culture, mais nous risquons de la rater à cause de cette réduction du budget. » 

 

En juillet dernier, Cécile Hansson, auteure de la lettre ouverte adressée au gouvernement roumain, pour dénoncer les changements qui allaient être imposés à l'ICR, rappelait : « Deux cents personnes qui travaillent dans la culture et sont des personnalités importantes du monde culturel ont signé la lettre. » Le gouvernement de Ponta souhaitait en effet réformer non seulement la mission, mais également le statut de l'ICR, avec le risque de le voir changé en excroissance politique. 

 

La Culture, première cible - avant d'autres ?

 

Ainsi, le premier ministre a obtenu gain de cause, suite à une décision prise la semaine passée de réduire le budget de fonctionnement de l'établissement. Un manque cruel, qui impactera bien entendu la présence du pays au Salon du livre. En effet, charge revenait à l'ICR de régler les questions logistiques avec les organisateurs du Salon, le SNE et la société Reed Expo. 

 

D'une part, le budget annuel est réduit, de sorte que 2012 risque de s'achever avec des bouts de chandelles, et impossible par la suite de fournir de nouvelles bourses permettant la traduction d'auteurs roumains en français. « Nous ne pouvons plus rien signer alors que des événements culturels comme le Salon du Livre se préparent des mois à l'avance », poursuit le secrétaire général. 

 

La difficulté devient immense, mais pas pour le seul Salon du Livre. En effet, de nombreux évènements, un peu partout dans le monde, devaient intervenir, à New York, avec un concert au Carnegie Hall, ou encore en Belgique et aux Pays-Bas. Leur devenir est particulièrement fragile désormais. 

 

Toutefois, le Parlement roumain a entériné le retour du président Traian Basescu au pouvoir, opposé au premier ministre, Victor Ponta. La Cour constitutionnelle a estimé que le référendum de destitution du 29 juillet dernier était ainsi invalide, attendu que moins de la moitié des inscrits avaient pris part au vote. Si 88 % des votants s'étaient montrés favorables à la destitution, le referendum n'est plus valable.

  

Jeux d'oppositions strictement politiques

 

Si l'enjeu dépasse largement le Salon du livre de Paris, nous restons en attente d'une réaction de la part des différents acteurs impliqués. Mais dans cette histoire, c'est bien une problématique politique qui se pose, mettant dos-à-dos le président et le premier ministre. Or, le premier n'ayant pas été destitué par voie de referendum, c'est en coupant les budgets culturels que le Victor Ponta tente de conserver sa main mise sur la situation. 

 

D'autant plus que le précédent président de l'ICR de Bucarest, Horia-Roman Patapievici, est un homme très proche du président du pays, avec une image de Jacques Attali de la Culture en Roumanie. L'opposition politique entre président et premier ministre se concrétise donc par des des biais politiques, où Victor Ponta tente de bloquer les décisions du président Basescu.

 

On compte une quinzaine d'Instituts dans le monde, chargés de faire rayonner et découvrir la culture roumaine.

 

 

Mise à jour 29/08 13h30 :

Les organisateurs du Salon du livre de Paris, contactés par ActuaLitté, assurent n'avoir pas été officiellement informés de la décision de couper les budgets de 30 % pour l'ICR.  Bertrand Morisset, commissaire général du Salon du livre, nous explique « n'être pas inquiet pour le déroulement. Reed et le SNE attendent d'être saisis officiellement, mais pour l'heure, nous poursuivons notre préparation de l'édition 2013 ».