Salon du livre de Téhéran : les éditeurs ne sont pas tous les bienvenus

Clément Solym - 02.05.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - Téhéran - Salon - censure


Mardi 1er mai s'est ouverte la 25e édition de la Tehran International Book Fair. Cette manifestation attire chaque année environ 500.000 personnes par jour, pendant dix jours. Considéré comme un des plus importants salons dédiés au livre au Moyen-Orient, certains éditeurs n'y sont cependant pas les bienvenus.

 

Mahmoud Ahmadinejad était présent mardi, ainsi que son ministre de la Culture Mohammad Hosseini. Ils ont inauguré la 25e édition du Salon international du Livre de Téhéran, où près de 2.400 éditeurs iraniens sont présents, ainsi que plusieurs centaines d'éditeurs venus de 77 pays différents.

 

Du devoir d'être compatible avec le régime iranien

 

Mais certains éditeurs iraniens ne peuvent pas participer à cette manifestation, comme c'est le cas pour Cheshmeh, qui publie notamment Mon nom est Rouge, d'Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006. Plusieurs auteurs sont venus plaider la cause de cet éditeur auprès du gouvernement. Cette maison a dû cesser son activité il y a un an de  cela, accusée de promouvoir un mode de vie occidental.

 

 

 Retrouvez les ouvrages d'Orhan Pamuk

sur notre librairie en ligne.

 

 

Le ministre de la Culture avait pourtant joué cartes sur table en publiant sur le site du Salon de Téhéran l'avertissement suivant, selon le New York daily News : « Tout éditeur proposant des titres anti-Chiites sera interdit au Salon... tout titre qui contiendrait des éléments ou des images obscènes sera saisi, et leurs éditeurs seront bannis du Salon pour toujours ».

 

Une pétition circule en ligne pour faire savoir l'inquiétude des auteurs et éditeurs iraniens face à une offre littéraire « de plus en plus maigre et affaiblie ».

 

La censure contournée

 

La censure est donc soutenue dans le pays, mais les livres interdits de séjour au Salon de Téhéran ne seront pas forcément... invisibles. Ce que révèle le Los Angeles Times, c'est que plus les livres seront montrés du doigt et mis à l'ndex, plus ils s'écouleront au noir, piratés, copiés, téléchargés illégalement. Ces exemplaires se vendent parfois beaucoup plus chers parce qu'ils sont interdits. Une situation que les éditeurs ne peuvent que déplorer. « Je peux vous montrer des centaines de titres photocopiés ou sur CD vendus massivement juste en face de l'université de Téhéran. Nous autres éditeurs sommes en faillite et les voleurs de livres amassent des fortunes. Alors à quoi sert la censure ? », demande l'éditeur Majid Taleghini.

 

Le salon fermera ses portes le 12 mai. S'il entend mettre à l'honneur le riche capital littéraire iranien, cette position extrêmement rigide pourrait bien nuire à la diversité et aux échanges culturels que seuls des évènements de ce genre peuvent engendrer.