Salon du livre de Turin: Le président accusé de détournement de fonds publics

Nicolas Gary - 23.05.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon livre Turin - Italie édition - détournement fonds


L'interprofession italienne avait certainement raison, lors du Salon du livre de Turin, de redouter la possible acquisition de RCS Libri par Mondadori. Mais dans les coulisses, une tout autre affaire se tramait. Ce 22 mai, une perquisition a eu lieu au siège de la Fondazione per il libro, qui organise la manifestation. Le président, Rolando Picchioni, est soupçonné de détournement de fonds. 

 

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© Salone Internazionale del Libro 

 

 

Vilaine histoire, quelques jours après la clôture de la manifestation internationale : le président de la Fondazione est mis en examen, et le siège de l'organisation a été perquisitionné par les autorités financières et policières de Turin. 

 

Dans un communiqué, le président se déclare « abasourdi, devant l'énormité de l'accusation », mais jure « de sa vie, n'avoir jamais pensé à utiliser en aucune manière [s]a position pour un profit personnel ». Par l'intermédiaire de ses avocats, il entend faire valoir ses droits et protéger sa réputation contre toute tentative de mettre en cause ses responsabilités professionnelles. 

 

Les procureurs Andrea Beconi et Gianfranco Colace coordonnent cette enquête, et soulignent que toutes les facturations et autres documents de la Fondazione ont été saisis. Rolando Picchioni, avec Ernesto Ferrero, responsable du Salon, a dirigé durant 16 ans le Salon, événement le plus important d'Italie, dédié à l'édition. (via Corriere della sera)

 

Les avocats certifient que leur client n'a rien à se reprocher, et se met au service de la justice pour clarifier tous les éléments nécessaires. On déplore également, comme il se doit, la couverture médiatique excessive, contraire aux droits de l'intéressé. 

 

Trois années d'enquête, déjà

 

Le président est accusé d'émission de fausses factures, auprès des personnes qui collectaient les fonds pour le compte de la Fondazione. Il aurait alors récupéré un pourcentage, sur les différentes transactions effectuées. 

 

L'enquête remonte a trois ans déjà, et cette intervention jaillit alors que le mandat de président de Picchioni a expiré depuis quelques mois. Même si les allégations étaient infondées, sa reconduction paraît désormais comprise, peut-on lire dans la presse. (via La Reppublica)

 

Ce détournement de fonds publics provoque par ailleurs un malaise au sein de la profession : l'enquête mettrait en exergue que les surfacturations ne concernent pas simplement la dernière édition de la manifestation, mais remonterait à plusieurs années. « Je suis un homme issu des institutions, je m'en remettrai à elles, pour les décisions qu'elles prendront », affirme Picchioni.

 

Son passé de politicien, dans les rangs des chrétiens démocrates l'a en effet conduit, dans les années 70 et 80, à travailler comme parlementaire. Il a par la suite été sous-secrétaire au patrimoine culturel, durant les gouvernements Cossiga et Forlani. 

 

Il est également connu pour être entré dans la loge maçonnique Propagande Due, réguièrement qualifiée d'État dans l'État, où se retrouvait notamment Silvio Berlusconi. Dissolue en 1981, elle dépendait auparavant du Grand Orient d'Italie, mais les agissements obscurs de cette organisation ont entraîné sa disparition. Pichioni fut également impliqué dans le Scandale pétrolier, expression désignant deux événements de corruption politique et administrative survenu durant les années 70/80. Il fut toutefois acquitté.

 

Avec plus de 341.000 visiteurs, soit une croissance de 15 %, l'édition 2015 de la manifestation a une fois de plus démontré son importance auprès du grand public. Pichioni est invariablement présenté comme l'un des fondateurs de cette manifestation, à laquelle il s'est consacré amplement, après sa carrière politique.