Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Sans les agents, “il n'y aurait pas autant de traductions de livres français”

Antoine Oury - 13.10.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - Pierre Astier agent - Astier Pécher agence - agents littéraires


Auteurs et éditeurs français sont énormément mis en avant à l'occasion de cette invitation d'honneur de la France à la Foire du Livre de Francfort, mais il ne faudrait pas oublier d'autres acteurs pour lesquels ce rendez-vous est aussi primordial. À l'étage 6.3 de la Foire travaillent et règnent les agents littéraires, subagents, scouts et autres découvreurs de talents... Rencontre avec Pierre Astier, de l'agence Astier-Pécher, un des membres fondateurs de l'Alliance des Agents Littéraires Français, créée en mars 2016.


Agents littéraires - Foire du Livre de Francfort
À l'étage 6.3 de la Foire de Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

ActuaLitté : 1 an et demi après la création de l'alliance, quel bilan ?


Pierre Astier : Le premier bilan que je tirerai, c'est qu'elle est bien vivante et qu'entre-temps elle s'est enrichie de nouveaux membres. Pour preuve : l'affluence considérable des agents français à la soirée organisée par l'AALF à Francfort, mais aussi des auteurs, éditeurs, subagents et scouts. Ce que je trouve formidable, c'est qu'il y a une complicité, une envie de travailler ensemble, de partager, d'échanger, d'avancer qui est stimulante pour tous les agents.


Cette alliance nous permet en particulier d'échanger sur les bonnes pratiques, ce qui est fondamental. Nous avons commencé à travailler sur une charte déontologique. Nous respectons les uns les autres le travail que chacun fait, et cette charte verra le jour pour encadrer certaines pratiques.
 

Guillaume Dervieux, vice-président d'Albin Michel, commentait à Francfort le travail des agents en déplorant une vision souvent à court ou moyen terme. Que lui répondez-vous ? 


Pierre Astier : Ceci : Kazuo Ishiguro, qui a reçu le Prix Nobel, a travaillé pendant des années avec son agente, qui s'appelait Deborah Rogers de l'agence Rogers, Coleridge & White, remplacée depuis sa disparition par Peter Straus. Leur relation de travail dure depuis près de 30 ans. L'agence a bâti, vraiment, avec l'auteur, le succès dans la durée, d'une manière exceptionnelle. J'ai beaucoup de sympathie pour Guillaume Dervieux, mais il n'y a pas que les relations auteurs-éditeurs qui sont durables — souvent, elles les sont, et j'admire beaucoup ce type de relations —, mais les relations auteurs-agents sont aussi très durables, et un avenir s'y construit. J'en ai aussi l'expérience avec certains auteurs. Il y a des agents voyous, il y a des éditeurs voyous, des agents vertueux, des éditeurs vertueux. Point. 

Je pense aussi ceci : que le propos de Guillaume Dervieux est contredit par la pratique échevelée, en France, du débauchage d'auteur qui n'a peut-être pas d'équivalent dans le monde. Pour aller plus loin encore : je suis outré par le pillage organisé, systématique des petites maisons d'édition par les grosses.

Agents littéraires - Foire du Livre de Francfort

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Je trouve enfin que critiquer la profession d'agent, en France, et le faire ici à Francfort où le nombre d'agents au mètre carré est particulièrement élevé, provoque de la stupeur et fait sourire bon nombre d'éditeurs et professionnels étrangers. Toute une génération de jeunes éditeurs sait très bien qu'il faut travailler avec les agents. Ils savent que les agents sont des professionnels de haut niveau, avec une vision spécifique des marchés du livre internationaux. Il faut savoir que la traduction des livres français à l'étranger découle énormément du travail des agents, des sub-agents, des scouts [qui apportent des manuscrits et des livres aux maisons d'édition, NdR] (plus de 50 %), et que c'est une catégorie d'intermédiaires qui est passée sous silence par le Syndicat National de l'Édition et le Bureau International de l'Édition Française. Sans eux, il n'y aurait pas autant de “cocoricos”, à propos de traductions de livres français à l'étranger. La plupart des éditeurs français font appel à des agents, il faut le savoir, et il faudrait qu'on le reconnaisse et que les statistiques des ministères en tiennent enfin compte.
 

ActuaLitté : Quel est votre avis sur les réclamations envoyées par 4 organisations d'auteurs à l'Union européenne ?  


Pierre Astier : J'applaudis des deux mains. Il est grand temps que l'auteur soit replacé au centre de la chaîne du livre. Sur toutes ces questions, l'AALF mènera des réflexions et les produira.
 

Foire du livre de Franfort
 

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