Scanner une lettre de l'antiquité pour découvrir son expéditeur

Clément Solym - 10.08.2010

Culture, Arts et Lettres - Expositions - expéditeur - lettre - antiquité


La datation d'objets anciens n'est pas une chose évidente et elle l'est encore moins quand ces objets ont voyagé. Les lettres qui étaient envoyées durant l'antiquité sont particulièrement difficiles à dater et à retracer.

Le problème est d'autant plus épineux que selon le professeur Yuval Goren, archéologue à l'université de Tel Aviv : « c'est devenu une grande question d'éthique. De nombreux musées ne permettent plus de prélever des échantillons des artefacts » pour ne pas les abîmer. Seulement, jusqu'à présent pour dater un artefact, il fallait prélever un échantillon et le faire analyser.


Le professeur Yuval Goren a trouvé une solution très efficace à ce problème et sans danger pour les objets. Il a modifié un scanner à rayons X portatif pour qu'il puisse déterminer la composition de sol et d'argile de n'importe quel artefact. Étant donné que différentes régions ont utilisé différents mélanges de sol et d'argile à différentes périodes, il devient possible de déterminer approximativement le lieu d'origine et la date de création de l'objet scanné.

De plus, Yuval Goren a téléchargé une base de données sur la composition des sols du monde antique. Ainsi, son scanner peut donner une approximation de l'origine et de la date d'un objet de manière instantanée. Le professeur affirme que l'appareil fonctionnerait aussi pour les pièces et les matériaux importés comme le plâtre ou le verre antique.


Récemment, il a été capable d'identifier l'origine d'une missive envoyée à un pharaon, il y a 3 500 ans mais retrouvée à Jerusalem. Le scanner a confirmé que les matériaux utilisés pour cette lettre écrite en Akkadian venaient des alentours de Jerusalem et en évaluant la date de création, l'archéologue et son équipe ont pu deviner qui était l'expéditeur.

Yuval Goren explique : « Nous croyons que c'est un produit local écrit par des scribes de Jerusalem, fait à partir des sols disponibles localement. Trouvé près d'une acropole, il est également probable que le fragment de lettre vienne en fait d'un roi de Jerusalem ». Plus précisément, il pourrait s'agir d'une copie d'archive d'une lettre que le roi jebusite Abdi-Heba aurait envoyée au pharaon.

Crédits photo : American Friends of Tel Aviv University