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Selon HBO la violence et le sexe sont "justifiés" dans Game of Thrones

Louis Mallié - 22.08.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Game of Thrones - Michael Lombardo - HBO


Les scènes de violence et de sexe seraient-elles gratuites dans Game of Thrones ? Non, pas du tout… C'est du moins ce qu'a affirmé Michael Lombardo, directeur de la programmation chez HBO, interrogé par The Guardian à l'occasion de l'Edinburgh International Television Festival. Une question que soulève la série chaque saison, et qui a déjà déclenché de nombreux débats de toutes parts. 

 

 

 

 

« Personnellement, je ne me considère pas comme un libertin », a déclaré Michael Lombardo au Guardian. « Je ne crois pas que [les scènes concernées] n'ont jamais été dénuées de but.  Dan Weiss, et Dave Benioff [les deux scénaristes de Game of Thrones, NDLR] sont deux hommes très sobres et réfléchis. […] Nous ne nous verrions pas leur donner une consigne ou une note leur expliquant qu'il faut diminuer le contenu sexuel de la série. »

 

Au sein de la communauté des fans, le débat sur la légitimité de la violence et du sexe a déjà été soulevé à maintes reprises. L'un des derniers en date portait sur certaines scènes de violence sexuelle. Un passage particulièrement critiqué mettait en scène un homme (nous préférons ne pas citer les personnages pour éviter tout spoiler) violant une des héroïnes - alors même que ceux-ci auraient des rapports consentants dans les romans.

 

« Je comprends la controverse. Celle-ci a engendré un débat sur la définition de ce que le consentement dans le sexe est, et n'est pas. Les gens responsables des programmes ont deux responsabilités. Celle de ne pas diffuser de sexe, ni de violence qui soient gratuits. Ce n'est certainement pas ce que nous faisons. Et simultanément, nous ne souhaitons pas être des censeurs qui voilent le processus originel de création de la vie en cachant toutes les poitrines qui doivent apparaître dans la série. » 

 

"le viol et la sexualité sont présents dans toutes les guerres, des sumériens à nos jours." George RR Martin

 

Ce qui n'exclut pas une certaine mauvaise foi de la part d'HBO : quiconque a regardé la série n'ignore pas que certains détails sexuels auraient pu être facilement évités, sans que l'histoire n'en pâtisse pour autant… Quoi qu'il en soit Michel Lombardo a également tenu à souligner le fait que George R.R. Martin avait lui-même été surpris de découvrir le changement d'opinion des médias tels que le New York Times ou The Atlantic - lequel avait criés à une erreur graveleuse d'adaptation du roman au moment de la scène de viol. Il a également rappelé que l'écrivain ne partageait pas l'opinion de ces derniers sur adaptation prétendument trop libre de la série. Or, n'est-il pas, en sa qualité d'auteur, le mieux placé pour en juger ? Aussi ce serait donc aux romans et non à la série, que les critiques devraient s'attaquer directement. 

 

C'est ce qu'ont fait certains journaux. Ainsi à la question posée par le New York Times, « Pourquoi avez-vous inclus des scènes de viol ou de violence sexuelle dans Game of Thrones ? », George RR Martin avait simplement répondu : « Un artiste est dans l'obligation de dire la vérité. Mes romans sont de la fantasy, mais ils n'en sont pas moins inspirés et fondés sur des faits historiques. » Et de rappeler que « le viol et la sexualité sont présents dans toutes les guerres, des sumériens à nos jours. » Et côté littérature, il n'y a qu'a jeter un œil pour s'apercevoir que la liste des ouvrages dans lesquels le thème du viol est présent serait trop longue à établir : des mythologies romaines et grecques aux romans de Crébillon, en passant par la littérature médiévale, le crime est récurrent.

 

Quant au 7e art, de Rocco et ses frères à Irreversible en passant par Frenzy, il en va largement de même. Dès lors, le seul problème qui demeure est la portée grand public d'une série qui peut aisément choquer. Raison pour laquelle Michael Lombardo a rappelé que HBO était une chaîne « adulte » et payante, et qu'en tant que telle, elle avait plus de libertés quant à la nature de ses programmes que les chaînes gratuites : « Nos abonnés payent des frais pour avoir droit à des contenus non censurés. »

 

Ce qui n'exclura malgré tout pas d'éventuelle restriction, a-t-il précisé - quand bien même quiconque a vu la fin de la quatrième saison de la série se demande ce qui pourrait bien arriver de pire : « Tant que la violence ne sera pas la raison pour laquelle les gens regardent la série, ou que la violence et le sexe ne seront pas les moyens par lesquels la série tente d'attirer des spectateurs,  je n'ai pas l'intention de jouer à la police. » Pour conclure, admettons donc que violence et sexe ne sont pas gratuits dans la série, et qu'ils ne sont pas employés pour rabattre de l'audience.

 

Mais sans aucun jugement moral, on avouera tout de même qu'elle s'y complaise bien.