"Sexisme ordinaire" à Montreuil : Des talons aiguilles, et pourquoi pas un string ?

Clément Solym - 26.11.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - sexisme ordinaire - salon montreuil jeunesse - symbole banalisé


« Sexisme ordinaire » : l'expression avait pu amuser ou choquer, concernant l'affiche du Salon du livre de Montreuil, et l'on s'amusait plutôt de cette illustration montrant une petite fille, perdue dans les talons aiguilles rouges trop grands pour elle. C'est que le diable se loge habilement dans les détails, souligne Isabelle Colet, directrice de la Maison des femmes de Montreuil.

 

 

 

 

Tout partait de quelques graffitis sur une affiche, dans le métro, auxquels beaucoup n'avaient pas prêté attention. « C'est pourtant bien du sexisme ordinaire, une banalisation qui joue joue sur une symbolique vieillotte et des préceptes admis », pointe la directrice de l'Association. « Nous tentons de démonter tous les mécanismes de ce comportement accepté de tous, et le Salon démontre une fois de plus qu'il joue sur ces clichés. »

 

Et de pointer l'affiche de l'an passé, où un petit garçon était déguisé en Batman, et un autre en Superman. « Bien entendu, les super héros sont l'apanage des garçons, de même que les princesses vivent dans des mondes tout de rose. Ce sont les attentes de la société, et les projections sociétales que l'on retrouve ici », insiste-t-elle. 

 

On aurait simplement pu trouver le choix de l'affiche un peu désuet, ou lui reprocher de parler surtout aux adultes – précisément à d'anciennes petites filles devenues mamans. Voire, comme certains l'ont souligné, de trouver qu'elle avait plus sa place pour l'inauguration d'un magasin de vêtements pour enfants. « Utiliser une pareille symbolique, pour le plus important salon dédié à la jeunesse en France, c'est tout simplement lamentable. »

 

Bien entendu, l'association reste consciente qu'il ne s'agit pas là d'une expression de sexisme outrageant. Toutefois, « comme vecteur de communication », l'affiche a quelque chose de gênant. La directrice de la manifestation, Sylvie Vassalo, expliquait pourtant à ActuaLitté que la littérature jeunesse n'est pas exempte « de schémas stéréotypés, ou de clichés sexistes, il ne s'agit certainement pas d'avoir un discours angélique. Mais je crains qu'emporter cette affiche dans ce débat, extrêmement important au demeurant, c'est lui faire prendre une tournure qui le dessert ».

 

« C'est en captant des éléments forts de l'enfance, même avec des gestes aussi simples, et en leur donnant un écho puissant que les auteurs jeunesse parviennent à faire de grands livres. La littérature apporte un miroir aux enfants et leur renvoie des notions, des concepts : alors que l'on massacre déjà le monde de l'enfance, il est dangereux de trop tirer sur les interprétations », précisait la responsable de la manifestation. 

 

Rebondissant sur ces propos, Isabelle Colet s'exaspère : « Comment d'un côté reconnaître qu'il faut combattre le sexisme, et en parallèle, accepter de jouer sur ce principe. On ne peut qu'être opposé aux rêves vendus qui valident et ancrent les clichés dans l'espace public. J'invite cordialement Madame Vassalo à nous rendre visite, à la Maison des femmes, pour en parler. »

 

Car, « à moins de considérer que le public qui verra l'affiche vole au ras des pâquerettes », ne pas voir le sexisme qui se dégage de l'affiche serait une erreur. « Cela aurait été bien plus choquant, de lui faire porter un string, à cette enfant, mais dans l'esprit, c'est la même chose. Je suis d'accord pour que l'on joue de ces images, à la condition qu'il y ait la possibilité d'accéder à tous les modèles. Ici, on fait de la discrimination. Surtout quand la littérature jeunesse est le premier vecteur de modélisation de la société, parce que ce sont les premières lectures. »

 

Et de conclure : « L'illustratrice voit certainement son projet détourné. C'est que les femmes sont aussi porteuses, malgré elles, des fantasmes masculins. Cette reprise d'un symbole, avec le consentement de la société, c'est toute une construction mentale autant que politique qu'elle exprime. »