Sexisme ordinaire en 2019 : les auteures, exclues des prix littéraires

Nicolas Gary - 18.10.2019

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - prix littéraires - femmes autrices prix - discrimination homme femme


Alors que la saison des prix littéraires est désormais bien avancée, un état des lieux permet de réaliser un constat sinon déplorable, du moins troublant. Passant en revue quinze sélections de prix littéraires, ActuaLitté a pu découvrir que l’on comptait 112 ouvrages d’hommes, contre 76 de femmes. 


 

On avait déjà la preuve d’un sexisme terrifiant dans le monde du Nobel de littérature : en 2011, s’établissait le constat que seules 12 femmes avaient été récompensées contre 93 hommes. D’ailleurs, cette même année, le Goncourt avait retenu 15 ouvrages d’hommes pour 3 de femmes… Pas brillant brillant…

C’est en découvrant la liste, pour le coup accablante, de la sélection BD opérée par la Fnac et France inter que certains ont commencé à voir rouge : 
 



« 20 albums de bande dessinée sélectionnés et une seule autrice dans tous ces noms. Alors que la profession s’est féminisée largement depuis quelques années. Voilà comment on représente la bande dessinée aujourd’hui. C’est lamentable », relève Christelle Pécout, du comité de pilotage du SNAC BD.

Si cette récompense frappe très fort, un relevé attentif des sélections opérées par des Renaudot, Interallié ou autres Goncourt et Médecis, fait encore plus mal. 


 

Chez les quatre grands prix de l’automne, seul le Femina parvient à une égalité de traitement, avec 8 romans de femmes et 8 d’hommes retenus. Le Goncourt en propose 7 et 8, mais chez le Renaudot, on tombe à 5 romans de femmes contre 11 d’hommes, et 3 de femmes pour 11 d’hommes dans l’Interallié.

A contrario, le Prix du Premier roman réalise presque un exploit en ayant, pour sa première sélection, retenu 3 ouvrages d’hommes, contre 10 de femmes. « Dans la deuxième et dernière sélection, il n’y a plus que des femmes... », indique par ailleurs Gérard de Cortanze, président du Prix du premier Roman. 

Et de poursuivre : « Le jury du prix du premier roman choisit les livres qu’il ne sélectionne ni en fonction du sexe des auteurs ni en fonction des éditeurs. Il se trouve que ne restent plus sur notre liste que des livres écrits, selon le choix de chacun, par des auteures, des autrices ou des auteurs.... beaucoup sont remarquables. On peut déjà annoncer que les vainqueures — ou, comme la langue française est riche : vainqueresses, vainqueuses, victrices — des catégories roman français et roman étrangers seront deux femmes. »

Au bout du compte, sur les 188 romans retenus par les prix de la rentrée pris en compte, seuls 76 sont écrits par des femmes, soit tout juste 40 %.

« Évidemment, à regarder ce tableau, c’est un carnage, avec une énorme disparité. Logique qu’en définitive, les femmes soient les grandes lésées des prix littéraires », déplore un observateur. Un des éléments critiques, d’ailleurs, que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse avait pointé dans son plan d’action Égalité présenté en mai 2018.

Nicosia 2019
ithmus, CC BY 2.0

 
« Parce que la littérature jeunesse est un milieu féminisé, le premier réflexe est de le penser épargné par le sexisme. Il n’en est rien. Les chiffres que nous découvrons sur les différences de rémunération entre auteurs et autrices jeunesse, le manque de représentation dans les prix littéraires, les femmes identifiées comme ayant moins accès aux bourses de création... », insistait Samantha Bailly, alors présidente de la Charte.
 

Quels livres envoyés aux jurés ?


Interrogé par ActuaLitté, Guillaume Nail, actuel président de la Charte, rebondit sur ces données : « Ce constat s’opère également dans le monde de la littérature jeunesse, et bien entendu, nous déplorons le manque de transparence en amont. » 
 
En effet, insiste-t-il, « il serait certainement significatif, pour mieux comprendre ces disparités, de savoir quelles sont les sélections réalisées par les maisons d’édition, qui soumettent leurs ouvrages aux prix littéraires. Existe-t-il une discrimination qui aboutit à ce que ces prestigieuses récompenses ne retiennent qu’une immense majorité d’ouvrages écrits par des hommes ? »

Le constat s’opère année après année, la presse s’en faisant régulièrement l’écho. Anne-Marie Garat, membre du prix Femina et lauréate elle-même de la récompense, le soulignait d’ailleurs chez France Culture en évoquant les rencontres de programmes littéraires.

« C’est à “l’insu de leur plein gré”, sûrement ! Il y a quelque chose de tellement ridicule lorsqu’on fait un pas en arrière et qu’on regarde ces statistiques et ce qu’elles trahissent. [rires] Ils devraient avoir honte. Il y a quelque chose quand même de notre culture, de notre civilisation, de notre société, qui ne fonctionne pas bien ! C’est l’homme blanc quinquagénaire qui règne en maître dans les jurys comme ailleurs. » 

L’exemple du Femina 2019, loin d’être à brandir comme un absolu, montre qu’il est au moins possible d’inverser les tendances, décriées depuis des lustres.


Commentaires
Voici une lecture qui peut peut etre en interesser certain, sur le sexisme dans l'art et le fameux pretexte du TALENT :http://haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_rapport_inegalites_dans_les_arts_et_la_culture_20180216_vlight.pdf

la question serait : a-t-on envie que les curseurs bougent et si oui, on fait quoi pour que "ça bouge" ?
Je ne comprends pas trop le raisonnement : il faudrait enlever certains auteurs de la sélection d'un concours, uniquement pour le prétexte qu'ils sont des hommes, pour y faire figurer d'autres auteurs, peut-être moins talentueux, uniquement parce qu'il s'agirait de femmes ? La sélection doit être faite sur la qualité de l'oeuvre, pas sur le sexe de son auteur. Faire autrement serait tout, sauf féministe.
Oui, merci, on le sait que "la sélection doit être faite sur la qualité de l'oeuvre, pas sur le sexe de son auteur" et que "faire autrement serait tout, sauf féministe" mais là, il ne s'agit pas de ça. Lisez tous les travaux des chercheurs qui bossent sur le sujet et vous comprendrez peut-être pourquoi les femmes sont exclues des concours et prix car votre logique simpliste laisse penser qu'elles sont moins aptes à produire une oeuvre de qualité. Et ça, ce n'est pas très "féministe", c'est même carrément sexiste.
"un gars" Magnifique raccourci que vous faites, qui discrédite complètement votre propos
Qui sont ces mystérieux "chercheurs qui bossent ( = travaillent ?) sur le sujet" ? grin
Cher Nicolas Gary,



Vous écrivez, dans le titre de votre article apparaissant en page d'accueil, que les femmes sont des "exclues", pour ensuite sous-titrer qu'on en compte pourtant 76 (soit 40%).

Il me semble bien que les mots ont un sens, et celui d'exclu est précisément "À qui l’on interdit".

N'y voyez-vous pas une contradiction ?



Quant à la question de considérer une œuvre plus que son auteur, je crains hélas qu'ici ne soit guère le lieu pour ce genre de considération littéraire.



À toutes fins utiles, pour un site censément consacré à la "littérature" :

https://www.littre.org/definition/exclu



Bien cordialement,



Arnaud.
Vous avez tout dit, je crois.Avec 40% d'oeuvres écrites par des femmes, on n'est pas si loin de la parité, et il ne peut être question d'exclusion.

Un peu marre aussi du sempiternel couplet sur l'homme blanc quinquagénaire responsable de tous les maux de la terre... (Virginie Despentes, membre de l'Académie Goncourt, est sans doute un bon exemple d'homme blanc quinquagénaire hétérosexuel régnant sur les prix.)
« à l’issue de leur plein gré » : bravo pour une lauréate du Femina. Au cas où elle l’ignore, on dit « contre son gré » !

Tout à fait d’accord avec Djiss : le seul critère doit être la qualité de l’œuvre et non pas l’asservissement à des statistiques. La dictature des chiffres 50/50 ? Alors dans ce cas, quel pourcentage, proposer : X% pour les hommes, X% pour les femmes, X% pour les lesbiennes, X% pour les gays, X% pour les transsexuel(le)s, etc. comme dans certaines toilettes publiques américaines ?

« Les auteures EXCLUES des prix littéraires » Pleurons à l’unisson !! : exclues serait 0
"Marginalisées" serait un terme plus adéquat, qui donnerait moins de grain à moudre aux chantres de l'homme blanc quinquagénaire victime de toute la méchanceté du monde (voir ci-dessus).

Avec mes salutations, M. Gary,

Harmony
Inutile (et un peu facile) de renverser ce que j'ai écrit. Je ne considère pas "l'homme blanc quinquagénaire victime de toute la méchanceté du monde". Mentionner systématiquement l'homme blanc de plus de cinquante ans est cependant devenu une espèce de réflexe conditionné de tout discours féministe ou intersectionnel peu étayé. Cela ne sert pas la cause défendue (non plus que ce mauvais article d'ailleurs).
Titre d'article hélas mensonger, mais la putacliquerie a encore de beaux jours devant elle.

Dire que les femmes sont sous-représentées dans la sélection des prix littéraires serait plus juste et concordant avec les chiffres avancés.



Néanmoins cela soulève une question chez moi: quelle est la proportion homme/femme dans la rentrée littéraire de cette année?

Si le résultat s'approche des 60/40 alors rien d'étonnant à retrouver la même chose dans les prix littéraires. En revanche, une différence flagrante serait un argument utilisable.



Au final, je trouve que cet article sert fort mal son propos.
Tout à fait d'accord avec vous.
En réponse à jp (son message posté le 19 octobre): la lauréate du Fémina Anne-Marie Garat n'a pas dit: «à l'issue de leur plein gré» mais «à l'insu de leur plein gré» !

C'est la correction qui ici est erronée...

Non les femmes ne sont pas «exclues» des prix littéraires -les mots ont un sens -mais «minoritaires» (et majoritaires dans un cas comme l'expose l'édito de Nicolas Gary).

Question très difficile que celle de l'équité dans les prix,celle qui devrait correspondre à une parité des sexes !

Le talent des auteures/autrices/auteurs et celui des auteurs mâles (parfois de moins de cinquante ans donc inattaquables...Ne voyez-vous pas le ridicule de ces considérations systématiques qui reviennent en boucle ?) et la valeur des oeuvres sélectionnées ne se plient pas à des soucis féministes ou d'équité.

Mais je suis incapable de juger s'il s'agit de critères de valeur réelle seulement qui sont pris en compte dans les palmarès des concours...ou s'il existe une véritable injustice discriminant encore les femmes (quelle que soit la couleur de leur peau et leur âge,merci, de grâce...).

Le milieu de l'édition,même au plus haut niveau,est fortement féminisé et on sait qu'il y a plus de lectrices que de lecteurs que de romans en tout cas.

CHRISTIAN NAUWELAERS
Tout à fait exact, c'est "à l'insu" et non pas "à l'issue" de son plein gré (erreur de frappe de ma part). Cela étant , on ne dit que "à son insu" ou "contre son gré".
Mais avec un peu de mémoire, et aussi d'acuité visuelle permettant de repérer les guillemets, on replace cette citation ironique à l'origine attribuée à un cycliste découvrant qu'il s'était dopé ainsi : "à l'insu de son plein gré".
Pour être plus précis, cette expression a été inventée et utilisée par les guignols de l'info wink
Cher Nicolas Gary,



Si cela vous est possible, pourriez-vous mettre à notre disposition:



1) Les données des principaux chercheurs qui étudient ce thème et le titre de leurs publications; les lire serait utile pour tous;



2) L'opinion des lauréates mêmes - desdits prix littéraires - sur la question. Leurs voix manquent au présent concert, non?



Merci de lire ce commentaire.



Cordialement,



Jujube
Pas un mot sur les prix du Premier roman et celui de la FNAC ? Pourtant bien sexistes aussi, ces deux-là, avec respectivement 10 et 4 femelles contre 3 et 0 (oui oui, zéro) mâles.

Ont-ils une explication satisfaisante ?

Sinon, au moment où les prix seront décernés, une parité bien comprise devrait aboutir à autant de titres primés chez les mâles et les femelles. Les jurys ont-ils pensé des modalités d'organisation ?
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