SILA : quand l'Algérie accueille la France, autour des livres

Cécile Mazin - 28.10.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Algérie livres - Fleur Pellerin - édition jeunes


Le Salon du livre d’Algérie a fait de la France le pays invité d’honneur pour sa 20e édition. Une grande première, pour la manifestation qui doit se dérouler du 28 octobre au 7 novembre. Elle a pour thème phare la littérature jeunesse et les jeunes publics. Et cette année encore, on attend plus d’un million et demi de visiteurs, venus à la rencontre de 500 exposants. 

 

Le commissaire de la 20e édition du SILA, Hamidou Messaoudi

 

 

« L’invitation de la France participe à la professionnalisation d’un secteur algérien en expansion et aux échanges intellectuels que l’Ambassade de France, à travers son Bureau du livre, et l’Institut français accompagnent depuis de nombreuses années », assure l’Institut français. Ce dernier a collaboré avec son homologue algérien pour assurer une programmation d’envergure. 

 

L’agenda de la ministre de la Culture sera chargé : d’abord un entretien avec le Premier ministre, Abdolmalek Sella, puis on coupera le ruban rouge vers 15 h pour l’inauguration officielle. Fleur Pellerin abordera avec ses interlocuteurs les différents aspects prioritaires de la coopération bilatérale de la France et de l’Algérie en matière culturelle (livre, patrimoine, etc.) et de la communication (cinéma, médias, etc.).

 

Pour l’occasion, la ministre est d’ailleurs accompagnée d’une importante délégation de professionnels du secteur du livre. Elle doit également échanger avec des éditeurs algériens et français à l’occasion de la première journée franco-algérienne des métiers de l’édition. Selon l’ambassade de France en Algérie, « le déplacement de Mme Pellerin mettra à l’honneur la densité des liens culturels entre la France et l’Algérie ». 

 

Ainsi, Anne Tallineau, Directrice générale déléguée de l’Institut français, Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Édition, et Vincent Monadé, président du Centre National du Livre seront présents à Alger pour cette occasion. 

 

Le SILA traduit l’attachement des Algériens au livre en général et à la littérature en particulier. Ce territoire représente le plus gros marché potentiel au Maghreb pour l’exportation de livres français avec ses 38 millions d’habitants et son pouvoir d’achat plus élevé que dans les autres pays de la zone.

 

Un pays, une édition, des évolutions

 

Le Commissaire général adjoint, Mohamed Iguerb, a d’ailleurs profité des prémices du Salon pour réaffirmé que le secteur éditorial algérien était en plein essor. Pourtant, les lecteurs se raréfient : un problème qui n’est pas à imputer au prix de vente des livres, mais bien à la difficulté de passer à la caisse. Simplement parce que le livre est concurrencé, comme ailleurs, par des sollicitations numériques grandissantes. À ce jour, l’Algérie compte 290 maisons d'édition, précisait-il à l’antenne de la radio Chaîne III.

 

D’ailleurs, des évolutions législatives introduites plus tôt cette année devraient porter leurs fruits. Certes critiquées, elles visent cependant à imposer aux collectivités des achats de livres auprès des éditeurs et librairies de leur région. Notons également qu’un prix unique, pour les livres publiés en Algérie, est désormais appliqué.  

 

Ces solutions doivent « relancer le secteur de la culture et le doter d’un texte juridique à même de renforcer les efforts de l’État en matière de livre et organiser le marché du livre, étant une source élémentaire de la connaissance », assurait le ministre de la Culture, Azzédine Mihoubi, en juillet dernier.

 

Dans le même temps, le SILA se heurte à des choix d’ouvrages : en décidant d’écarter certaines parutions, la manifestation voit régulièrement revenir les accusations de censure. Pour le commissaire, ce n’est pas le cas : il y a « des titres sur lesquels on émet des réserves, comme ceux qui font l’apologie de l’islamisme et de l’intégrisme ou ceux qui portent atteinte à l’unité nationale ». 

 

Et toute parution qui serait susceptible de porter atteinte au pays est alors écartée. Pour exemple, « un livre qui porte le titre Le printemps arabe, jusqu’à quand, avec une couverture provocatrice d’anciennes personnes à l’origine des massacres », n’aurait pas sa place. Toutefois, sur les 30.000 ouvrages présentés, les organisateurs n’exprimeraient des réserves que pour une centaine d’entre eux. En tout, ce sont précisément 126 titres qui ont été interdits, parce qu’ils portent atteinte « aux symboles de l’État et faisant l’apologie du terrorisme, de la violence et du racisme ». 

 

L’année passée, le Salon avait accueilli une foule de 1,5 million de personnes, mais le bilan restait en demi-teinte. On redoutait en effet que la manifestation se change en foire du livre. Et pour l’occasion des 20 ans, on demandait aux organisateurs de faire en sorte que la manifestation devienne un rendez-vous en mesure de rivaliser avec les salons internationaux. 

 

Avec un budget réduit de moitié, du fait de la crise économique alimentée par la baisse de revenus liés au pétrole, le SILA fera de son mieux.