Six jeunes traductrices en travail à la Maison de la Poésie

Claire Darfeuille - 30.05.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - traduire - CITL - lecture


Les trois binômes de traductrices françaises et italiennes ont suivi un atelier au Collège International de Traduction Littéraire (CITL) d'Arles et à celui de Looren en Suisse. Leurs lectures sont mises en voix par Carlotta Viscovo et suivies d'une rencontre avec la romancière Hélène Lenoir et sa traductrice Francesca Bononi.

 

 

 

 

« À chaque lecture publique, je me rends compte de l'intérêt soulevé par le travail du traducteur. L'intérêt du public ne se limite pas au plaisir de la découverte du texte littéraire né de la traduction, mais porte aussi sur le parcours des traducteurs, le métier, la pratique et la question de savoir comment ça marche », explique Jörn Cambreleng, directeur du CITL d'Arles depuis 2009, lequel souhaite développer ce genre de manifestations en direction d'un public le plus large possible.

 

Les six traductrices rassemblées à la Maison de la poésie viennent d'achever une résidence de neuf semaines au CITL d'Arles et au collège de traducteurs de Looren en Suisse, membre partenaire du réseau de la Fabrique européenne des traducteurs avec les Pays-Bas, le Maroc, la Turquie et la Suède. Chacune a choisi l'œuvre et l'auteur qu'elles souhaitaient traduire et a été accompagnée par des tuteurs expérimentés selon le même modèle que les ateliers de traduction menés par le CITL depuis 2010. Le travail est réalisé en binôme, « dans une situation de bilinguisme idéal » selon Jörn Cambreleng, mais les couples franco-italiens ainsi formés peuvent évoluer au cours de la formation. « Il y a de l'échangisme », s'amuse Yvan Amar qui le recevait dans son émission La danse des mots sur RFI mercredi dernier.

 

Échanger et enrichir sa pratique

 

Échange d'idées, partage de sa culture, réflexion sur le métier, les ateliers permettent aux traducteurs de sortir de leur isolement et d'enrichir leur pratique par le regard de leurs collègues. Les textes proposés par les traductrices françaises sont Madre piccola de Cristina Ali Farah (Éd. Frassinelli) traduit, présenté et lu par Brune Seban. Il Lago dei sogni de Salvatore Niffoi (Éd. Adelphi) par Florence Courriol et L'Imperio de Federico De Roberto (Éd. Rizzoli) par Claire Pellissier. De leur côté, les traductrices italiennes ont  choisi L'Entracte de Hélène Lenoir (Éd. Minuit) par Francesca Bononi. Carthage, encore - Les ServiteursHollywood de Jean-Luc Lagarce (Éd. Les Solitaires intempestifs) par Daniela De Lorenzo. Max, de Sarah Cohen-Scali (Gallimard) par Giulia Palmieri.

 

Chacune a travaillé avec la comédienne italienne Carlotta Viscovo pour la lecture à voix haute qui sera suivie d'une rencontre entre Hélène Lenoir, auteur de plusieurs livres édités aux Éditions de Minuit, elle-même germaniste, et sa traductrice Francesca Bononi. Les tuteurs - Maria Baiocchi, Maurizia Balmelli, Lise Chapuis, Yamina Melaouah, Vincent Raynaud, Dominique Vittoz – intervenaient eux aussi en binôme.

 

Un journal de bord tenu par les intervenants et les participants sous forme de blog retrace ces neuf semaines de gestation. On peut y lire les étonnements, les découvertes au jour le jour des apprenties traductrices et leurs questionnements « Pourquoi n'existe-t-il pas de verbe pour strisciare en français ?», « comment on fait, à qui on propose, en serais-je capable ? », s'interroge Brune Seban pour livrer un peu plus loin « j'avais une vision un peu mystique de la traduction, je me disais que quelqu'un d'autre allait le faire mieux que moi. Maintenant je pense que pour bien traduire il faut surtout être passionné par ce qu'on traduit… et beaucoup bosser. Or aucun autre Français ne peut aimer Zerocalcare autant que moi, c'est évident ! ».

 

Prendre confiance en soi, aller de l'avant

 

Car, au-delà des techniques et du savoir-faire, c'est aussi la confiance en soi qu'apprennent ces jeunes traductrices auprès de leurs pairs. « Voici ce que nous ont appris à faire nos deux premières “tutrices” (le mot est réducteur) – Maria et Lise – à aller de l'avant, à prendre confiance en soi », témoigne Florence Courriol sur le blog. Une assurance qui seule permet de gagner en liberté. Jörn Cambreleng qui traduit de l'allemand, surtout du théâtre, se souvient « pour ma première traduction, j'étais timoré, je n'osais pas m'éloigner du texte original. La traduction est pour beaucoup une question d'autorisation que l'on se donne. L'autorisation de se servir des moyens de sa propre langue ».

 

Gageons que l'atelier sera un marchepied pour toutes ces jeunes traductrices passionnées, qui ont déjà « un pied dans le métier, pas encore les deux », selon le directeur du CITL qui asssure que 70 % des 84 traducteurs passés par la Fabrique des traducteurs ont publié depuis. Le prochain atelier français/chinois débutera en septembre, suivront "polonais", « portugais » et « coréen ».

 

Soirée "Encres fraîches" de l'atelier de traduction français/italien à la Maison de la poésie, lundi 2 juin à 20h."Freschi di traduzione" a aussi été présenté au Centro studi italo-francese à Rome le 29 mai.