Sri Lanka : la littérature comme processus de réconciliation politique

Clément Solym - 22.03.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - Samadhana - Cinghalais - Sri Lanka


Et si la littérature pouvait aider des peuples en proie aux guerres à faire la paix ? C'est l'idée du Samadhana Benefit Reading Series (SBRS) qui a pour objectif d'encourager les Sri Lankais, Tamouls comme Cinghalais, à dialoguer et se réunir autour de la littérature sri-lankaise, après plus de trente ans d'une guerre civile qui s'est achevée en 2009 par bilan très lourd : plus de 70.000 victimes et 800.000 déplacés.

 

« Le premier pas est d'apporter un semblant de bon sens, en se parlant les uns et aux autres », explique Nadesan, bénévole pour l'événement.  Nadesan est né au Sri Lanka, il a vécu en Inde puis en Oman avant de s'installer à Toronto en 1997. Bien qu'il ait de nombreux amis cinghalais, il ne parlait jamais politique avec eux de peur que « les conversations se terminent en insultes », et de peur que ses amitiés se tarissent.  

 

 

 

Organisé à Toronto, l'événement a pour programme la lecture de nombreux ouvrages d'auteurs sri lankais, et sera marqué par la présence des auteurs canadiens d'origine sri lankaise Shyam Selvadurai et Koom Kankesan, et de l'auteur américain d'origine sri lankaise Mary Anne Mohanraj.

 

« C'est une occasion pour notre communauté de partager notre histoire, alors que certaines histoires pourraient bien mourir dans des journaux intimes », poursuit Nadesan.

 

La littérature présentée ne prend pas parti, mais évoque plutôt les souffrances et les traumatismes engendrés par le conflit des deux côtés. Elle devient ainsi le moyen de créer des ponts entre les peuples, alors que la linguistique fut l'une des principales sources du conflit opposant les Tamouls et les Cinghalais. En effet, les Tamouls furent très offensés quand le gouvernement fit du cinghalais la langue officielle et unique en 1956, voyant cela comme un handicap pour trouver un travail, ou accéder à l'éducation. Un acte qui fut révoqué en 1987.

 

L'événement prévoit de lever des fonds pour financer des programmes d'alphabétisation dans les écoles les plus défavorisées au Sri Lanka et au Canada. Il est soutenu par Sri Lankans Without Borders, une ONG située à Toronto qui encourage les jeunes canadiens sri lankais à mener des projets pour promouvoir le dialogue, la réconciliation et la paix.