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Stanley Kubrick : 2011, l'Odyssée intérieure

Clément Solym - 08.06.2011

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - stanley - kubrick - films


Une exposition Stanley Kubrick se tient pour la première fois à la Cinémathèque française du 23 mars au 31 juillet. Cet événement majeur sera l’occasion de pénétrer enfin l’univers d’un des cinéastes les plus secrets au travers d’archives mêlant correspondances, livres annotés, carnets, découpages techniques, dessins, esquisses et photographies. Outre ces documents, l’exposition fera la part belle aux décors et aux objets techniques qui ont jalonnés la carrière du réalisateur.


2001, l’Odyssée de l’espace
, Shining ou Barry Lyndon sont autant de films qui ont marqué l’histoire du cinéma, révolutionnant au passage les genres dans lesquels ils s’inscrivaient. Kubrick ne s’est pas contenté de faire de bons films, il a chaque fois inventé de nouvelles façons de procéder aussi bien sur le plan narratif que technique.


C’était d’ailleurs son ambition comme en témoigne une lettre à propos de son projet de film sur Napoléon qui n’a jamais vu le jour. Le 20 octobre 1971, Kubrick écrit à un destinataire inconnu : « Il m’est impossible de vous dire ce que je vais faire si ce n’est que je compte faire le meilleur film jamais réalisé. »

Ce projet avait acquis une importance considérable dès la fin des années 60 et il constitue paradoxalement une porte d’entrée originale au cœur de la méthode Kubrick, basée sur la minutie des recherches et la collecte patiente de milliers de documents relatifs aux décors, aux costumes, à la période historique abordée. Parmi les premières notes relatives au casting, on apprend notamment que Jean-Paul Belmondo était pressenti pour jouer un rôle lors du tournage en France.


Ce que montre l’ensemble de ces documents, c’est que chaque film mobilisait Kubrick des années durant. Il supervisait également la production et les aspects techniques, pouvant passer des mois à la recherche d’un objectif capable de capter la lumière de bougies pour Barry Lyndon. Il trouvera son fameux « Zeiss, F 0.7 », présenté à la Cinémathèque, auprès de la NASA…

Adapté du roman de Thacheray, ce chef-d’œuvre fait figure de substitut au Napoléon qu’il ne parvient pas à monter. Sorti en 1975, il constitue un véritable voyage dans le temps et signale l’intérêt de Kubrick, non pas pour les romans d’action, mais au contraire, pour la vie intérieure des personnages. Shining, à l’affiche cinq ans plus tard et adapté de Stephen King, va plus loin encore dans les méandres de la vie intérieure puisqu’il aborde la folie d’un écrivain qui, peu à peu, confond rêve et réalité, passé et présent. Les décors et l’architecture y ont valeurs de métaphores, le labyrinthe figurant à lui seul l’esprit dérangé, paranoïaque et psychotique de Jack Torrance, double maléfique de Jack Nicholson.


Kubrick a imaginé une multitude d’univers qu’il est parvenu à figurer à l’image. 2001, l’Odyssée de l’espace, film datant de 1968, en constitue peut-être la somme, mêlant au sein d’une même matière l’immensité de l’espace à la puissance humaine. Il a su avant tout faire croire aux possibilités infinies du cinéma.


Crédits photo
Stanley Kubrick et Jack Nicholson sur le tournage de Shining, face à la maquette du labyrinthe figurant la folie du personnage de Jack Torrance.
©Warner Bros. Entertainment Inc. / Crédit : (GB/USA 1980)

Le fameux éclairage à la bougie voulu par Kubrick dans Barry Lyndon, film pour lequel il a emprunté un objectif à la NASA.
©Warner Bros. Entertainment Inc. / Crédit : (GB/USA 1973-75)

Sur le tournage de 2001, l’Odyssée de l'espace. Film somme où Kubrick mêle science-fiction et méditation philosophique.
©Stanley Kubrick Estate / Crédit : (2001: Space A Odyssey, GB/USA 1965-68)