Stefan Zweig, la famille, du vaudeville à la métaphysique

Audrey Le Roy - 03.07.2018

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Stefan Zweig théâtre - légende vie théâtre


Friedrich Marius est le fils de… Il est poète, comme son père. Ce soir, c’est son soir, une grande réception, les gens vont se déplacer pour lui, pour écouter ses vers… à moins que. Seraient-ils tous là en souvenir du père ?


Friedrich Marius est le fils de… Son père est mort alors qu’il n’avait que 11 ans.




 

De fait que sait-il de son père si ce n’est ce qu’on lui en a dit, ce qu’il en a lu ? Dont la biographie signée de la secrétaire de la maison, Clarissa Von Wengen. Petite liberté avec le texte original, oui mais l’important n’est pas là.

L’important c’est la pression sociale, la peur de ne pas être à la hauteur du père, de la légende d’une vie.

« Je ne suis certainement pas grand ».


Dans la salle, une dame : « c’est autobiographique ? », son compagnon : « non, je ne crois pas. » 


Ah bon ? 


Ne sommes-nous pas tous les enfants de ? Si Stefan Zweig s'est plutôt inspiré d’autres illustres (Hebbel, Wagner, Dostoïevski), si ce n’est vraisemblablement pas autobiographique, si tous ceux qui sont dans la salle n'ont pas des parents célèbres, tous ont, ou ont eu, des parents.

Le problème que pose Zweig est celui de notre légitimité face à nos géniteurs. Le cliché de « maman est la plus belle, papa est le plus fort » et moi, je suis où moi ?
 

Friedrich Marius Franck est le fils du célèbre poète Karl Amadeus Franck.

Fils d’un père que tout le monde (bourgeois) encense mais quand Clarissa Von Wengen apprend, quelque peu cynique pour ne pas dire aigre, à Friedrich Marius que son père n’était pas l’homme parfait que tout le monde met sur un piédestal, le « fils de » respire, le « fils de » se sent enfin plus proche de son père, de cet homme qui était en fait… faillible.

Faillible ? Comme moi ? Soulagement. 



© Oliver Mejanes

 

Dans une mise en scène épurée (deux personnages au lieu de sept, deux actes au lieu de quatre), l’accent est mis sur le « fils de », sur sa psychologie. Mais également sur cette société hypocrite du début du XXe siècle, celle où il faut paraître plutôt qu’être. Celle qui juge au lieu de balayer devant sa porte. Celle qui vous empêchait d’aimer ceux de la classe d’en dessous pour ne pas déshonorer son rang, ses parents… 
 

En 1 h 10, les deux comédiens, Caroline Rainette et Lennie Coindeaux, qui ont mis en scène cette pièce du génie Zweig, réussissent à retranscrire le snobisme de cette société vieillissante et réactionnaire du XIXe ainsi que l’envie d’émancipation de ses enfants, de ces filles et fils de. 

 

Légende d’une vie de Stefan Zweig – Adaptation et Traduction de Caroline Rainette – Mise en scène et avec Caroline Rainette et Lennie Coindeaux – Voix off : Patrick Poivre d’Arvor et Anne Duruyter

Au théâtre du Lucernaire jusqu’à 8 juillet du mardi au samedi à 18 h 30 et le dimanche à 15 h puis du 11 juillet au 26 août du mercredi au samedi à 18 h 30 et le dimanche à 15 h. 




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