Stephen King s'attire les critiques de la fille d'un serial killer

Julien Helmlinger - 03.10.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Stephen King - Tueur en série - A Good Marriage


En ses romans, l'écrivain Stephen King s'amuse souvent à évoquer la part sombre susceptible de sommeiller au fond de l'âme humaine, et parfois de se réveiller. S'il a inventé toutes sortes de monstres très imaginaires, l'auteur s'est également intéressé à des histoires vraies. C'est notamment le cas dans sa nouvelle A Good Marriage, Bon Ménage en français, tout juste adaptée au cinéma, qui s'inspire de la vie de famille du tueur « BTK », Dennis Rader, arrêté en 2005. La fille de ce dernier accuse King d'exploiter les crimes de son père.

 

 

 

 

Publiée initialement dans le recueil de nouvelles Full Dark, No Stars (en français Nuits Noires, Etoiles Mortes), la nouvelle A Good Marriage raconte l'histoire d'un couple de prime abord normal, incarné à l'écran par Anthony LaPaglia et Joan Allen, sous la direction de Peter Askin qui a co-écrit le scénario avec Stephen King. Tout se passe bien jusqu'au moment où la femme comprend qu'elle est mariée avec un tueur en série...

 

L'écrivain prolifique, et recordman incontesté des adaptations sur écrans, ciné comme TV, explique avoir choisi cette nouvelle notamment en raison de sa taille, 100 pages, ne nécessitant pas de coupes drastiques au moment de pondre le script. Mais également pour son point de vue féminin, qui se prêterait mieux à créer une atmosphère d'angoisse, celle d'un protagoniste central plus faible, physiquement, que le « vilain ».

 

« Je voulais explorer l'idée voulant que la plupart des gens dorment avec un inconnu », explique King, marié quant à lui depuis 43 ans, ajoutant que les individus ont souvent une part secrète. Pour ce faire, il se sera inspiré de l'histoire sordide de Dennis Rader, arrêté en 2005 et purgeant actuellement une peine de prison qui le verrait théoriquement habilité à la liberté conditionnelle à partir du 26 février 2180, donc très probablement jamais.

 

Ce tueur en série du Kansas s'était lui-même surnommé BTK dans des courriers anonymes qu'il adressait alors à la presse pour évoquer ses meurtres et autres fantasmes macabres, pour Bind, Torture and Kill, soit Ligoter, Torturer et Tuer. Ces courriers le perdraient, permettant à la police de remonter jusqu'à lui. Selon la plaidoirie de l'accusé au moment de son jugement en août 2005, entre 1974 et 1991 il aurait assassiner non moins de dix personnes, dont presque toute une famille.

 

Vendredi dernier, la fille du serial killer, Kerri Rawson, qui n'a appris que son père était un tueur que par le FBI après l'arrestation, s'est confiée au Wichita Eagle. Elle explique que la médiatisation du film de Peter Askin l'avait contrainte à sortir d'un silence de 9 ans, pour adresser courriers non seulement au célèbre écrivain, mais également aux médias pour expliquer que sa famille se sentait exploitée, et que Stephen King « ne devrait pas profiter de la douleur que son père a causée ».

 

Stephen King n'a pas tardé à lui répondre, en adressant un mail à l'Associated Press, expliquant notamment qu'aucun des meurtres n'était porté à l'écran et que le film indépendant n'avait pas vocation à rapporter beaucoup d'argent. « Je maintiens que le thème à la fois du roman et du film - la façon dont certains hommes sont capables de garder leurs secrets même de leurs relations les plus proches - est valable et mérite une exploration », ajoute l'auteur.

 

L'adaptation ciné sort en salles obscures américaines ce 3 octobre, la date de sortie française n'est pas encore annoncée. Ci-dessous, la bande-annonce du film :