Superman chez le psy, dans le 'Superman Lives' annulé de Burton

Antoine Oury - 08.11.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Superman Lives cinéma - Tim Burton Nicolas Cage - psychologue annulation


Tim Burton avait abandonné la franchise Batman après Le défi, sorti en 1992, et en se contentant d'un rôle à la production. Mais le réalisateur allait s'intéresser à un autre héros, Superman, toujours en collaboration avec Warner Bros. Superman Lives devait sortir en 1998, avec Nicolas Cage en Clark Kent/Kal-El, mais les difficultés financières du studio auront raison du projet. Ainsi que le manque d'enthousiasme, probablement.

 


Photographies des essais costume de Nicolas Cage, en Superman

 

 

La production avait accordé tout le sérieux possible à Superman Lives, comme pour un autre blockbuster. Mais l'histoire de ce film, frappé d'une malédiction semblable à celle du Don Quichotte de Terry Gilliam, ne s'est pas véritablement déroulée comme prévu. Tim Burton avait entamé la réflexion autour du film avec trois points cruciaux : le scénario, le casting et le costume de l'homme de fer.

 

Premier choix contesté : Nicolas Cage dans le rôle-titre. Des essais sont réalisés pour le casting, et la cassette circule dans le milieu du cinéma, soulevant quelques sourcils. On y voit un Nicolas Cage vêtu d'un costume en latex moulant, ne laissant dépasser que sa tête, coupe mulet incluse. Les images ont refait surface en 2009, et ont à nouveau provoqué l'hilarité générale.

 

Difficile de savoir quelle apparence devait prendre Superman : sur les photos ci-dessus, Cage apparaît avec une apparence capillaire un peu plus conventionnelle. Le costume, lui, s'inscrit dans le design que Burton avait pu donner à celui de Batman, avec les abdos moulés. Le « S » sur le torse avait été redessiné, pour un résultat plus effilé.

 

Chris Rock, autre acteur habitué des blockbusters, à l'époque, devait incarner Jimmy Olsen, collègue de Clark Kent et aide occasionnelle pour Superman.

 

La Mort de Superman, scénario spectaculaire

 

Du côté du scénario, Tim Burton voyait grand, et surtout différent de l'autre incarnation habituelle de Superman, Christopher Reeves. Dans une des versions — on estime que 5 ont été écrites —, le film s'ouvre ainsi sur la thérapie de Clark Kent, qui n'a pas été prévenu par son père biologique de ses origines extraterrestres. Autrement dit, il a découvert ses pouvoirs, mais n'a aucune idée de la raison pour laquelle il les possède. Une version faisait également apparaître Loïs Lane à ses côtés, pour une thérapie de couple...

 

Comme dans nombre de ses films, l'aspect étranger de Superman intéressait particulièrement Tim Burton. Toutefois, il ne renonçait pas à l'aspect spectaculaire du film, et souhaitait s'inspirer du légendaire comics, La Mort de Superman, écrit par Dan Jurgens, Louise Simonson, Roger Stern, Jerry Ordway et Karl Kesel, paru entre octobre 1992 et novembre 1993.

 

Superman y affronte Doomsday, redoutable créature, qu'il tue finalement à l'issue d'un combat où il perd lui aussi la vie. Difficile d'imaginer plus dramatique. Burton et les scénaristes, Kevin Smith et Dan Gilroy, envisageaient de faire intervenir Lex Luthor et Brainiac, deux des ennemis les plus retors du héros, peut-être même sous la forme d'un mélange des deux, Luthiac.

 

L'Eradicator, artefact venu de Krypton sous la forme d'un humanoïde, devait ressusciter le super-héros, et lui fournir un moyen de vaincre définitivement Luthor/Brainiac. Batman, peut-être sous les traits de Michael Keaton, devait rendre visite à l'homme de fer, au cours du film...

 

La production s'est finalement arrêtée, alors que le scénario était toujours en cours d'écriture : « Warner Bros était en pleine hémorragie. Tous les grands films qui sortaient étaient des déceptions, et de véritables faillites, et, quand il a fallu financer le scénario, le studio n'avait plus suffisamment des fonds ou de volonté », déplore Dan Gilroy, qui reste convaincu que le Superman de Burton « aurait marqué toute une génération ».

 

Un documentaire sur le film avorté a été financé via Kickstarter, et devrait prochainement être diffusé dans des conventions, et probablement sur le Web.