Syrie : l'art en armes et la création sous les bombes

Antoine Oury - 20.01.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - SyriArt - Institut du monde arabe - ventes aux enchères


Plongée dans un état de guerre avancé depuis le début de l'année 2011, la Syrie reste sous le coup de la répression de Bachar el-Assad, soupçonné d'avoir eu recours à des armes chimiques contre les Syriens. Syrie : l'art en armes revient sur deux années de résistance par la création, en rassemblant quelques oeuvres marquantes, sélectionnées par Delphine Leccas.

 

 

(photos : @MaureenBarruel)

 

La salle de concert du Point Ephémère a beau être petite, Delphine Leccas ne ménage pas ses allers-retours, disposant ou accrochant les oeuvres des artistes syriens qui apparaissent dans Syrie : l'art en armes, sur fond de musique typique. « J'ai vécu en Syrie entre 1998 et août 2011, longtemps étudiante à Damas » explique la jeune femme, qui a depuis travaillé, entre autres, au sein du Centre culturel d'art de Damas en tant que responsable de la programmation. 

 

Ses premiers contacts avec le milieu artistique en Syrie remontent à 2009 : avant la révolution, avant la guerre, mais déjà sous le couperet permanent de la censure qui les oblige à être sans cesse en mouvement. En mars 2011, Delphine Leccas commence un travail d'archivage, via... Facebook : « J'accumulais, j'enregistrais, je visitais des pages... Les artistes se sont vite dirigés vers le réseau social pour s'exprimer », explique-t-elle en échangeant 2-3 mots d'arabe avec Akram al Halabi.

 

Après l'organisation d'une exposition à Rotterdam pour le Visual Art Festival Damascus, les artistes syriens et Delphine Leccas reçoivent les honneurs d'un article notable du Monde, signé Jacques Mandelbaum. La raison pour laquelle Le Monde figure comme partenaire sur la couverture du beau livre édité par La Martinière : « L'article de Jacques Mandelbaum, en préface du livre, a fait naître l'idée de réaliser ce projet de livre, c'est donc en toute logique que Le Monde est devenu également partenaire pour cette publication » explique Sophie Giraud, attachée de presse chez La Martinière.

 

 

Photo de la série Visual Writing, par Akram Al Halabi

 

 

 

La publication du livre a été voulue comme un moyen de conserver ces oeuvres, plus ou moins promises à la disparition, et en tout cas en manque de visibilité dans le monde occidental. Delphine Leccas a souhaité garder « ce côté collectif, anonyme, ce qui est particulièrement courageux dans un pays où il est difficile de se faire reconnaître en tant qu'artiste. » Pour le moment, l'exposition suit la même logique : aucune étiquette, aucun nom n'entourent les accrochages. Recevant quotidiennement des nouvelles de ses amis restés en Syrie, l'auteure nous assure que « tout le monde veut rester coûte que coûte à Homs, ils ne quitteront pas leur pays ».

 

En synchronisation avec la publication du beau livre, 61 artistes ont mis à leur disposition 66 oeuvres pour une vente aux enchères, à l'Institut du Monde Arabe (IMA). Faisant écho à la récente exposition de l'Institut du Monde Arabe sur l'art contemporain arabe, le catalogue de la vente aux enchères fait souffler un vent de rébellion et de résistance face aux crimes du régime dictatorial. Le résultat de la vente ira à l'association locale Nadja Now, l'Union des organisations syriennes de secours médicaux, Médecins du Monde et la Fédération internationale des Droits de l'Homme.