Taxée de racisme, une tragédie antique est annulée à la Sorbonne

Victor De Sepausy - 30.03.2019

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Suppliantes Eschyle - Sorbonne théâtre blackface - racisme théâtre pièce


Ce 25 mars, à la Sorbonne, devait se jouer une pièce du tragédien grec, Eschyle, Les Suppliantes. La mise en scène opérée par Philippe Brunet, directeur de la compagnie du théâtre antique Démodocos, a rencontré un accueil glacial. En effet, la représentation a été perturbée par un groupe dénonçant le racialisme de son projet théâtral. Le public n’a pu entrer dans la salle, de même que les comédiens, qui n’ont pu entrer pour se préparer.
 

“Censeur autoproclamé”


Prévue dans le cadre du festival Les Dionysies, cette pièce met en scène les Grecs Argiens et les Danaïdes, filles de Danaos venues d’Égypte, rappelle la présidence de l’Université. Et ce, fidèlement aux pratiques théâtrales antiques, respectivement par des actrices et acteurs portant des masques blancs et des masques noirs tels que d’usage à l’époque.
 


« Si le blackface est une pratique condamnable, en ce qu’il a pour objet d’humilier les “Noirs”, en l’espèce, les motivations de la compagnie ne relèvent ni de ce projet ni de cette pratique », note de son côté l’Observatoire de la liberté de création (émanant de la Ligue des Droits de l’Homme) dans une réaction à cette annulation forcée.

Et d’ajouter : « Personne ne peut s’ériger ainsi en censeur autoproclamé. Si certains considèrent que la pièce est raciste, le recours légal, ce sont les tribunaux, lesquels n’ont pas été saisis. »

Le metteur en scène avait tenté d’apaiser les esprits, quelques jours auparavant : « Il y a une différence d’ethnie géographique, pas de race. Aucun racialisme là-dedans, aucun racisme encore moins de notre part. L’an dernier, ne disposant pas de masques, nous avons maquillé les peaux blanches des comédiennes européennes ou asiatiques. Sinon, l’opposition dépeinte par le texte d’Eschyle n’est pas manifeste. »
 


 

Outrage ou Incompréhension 



La ligue de défense noire africaine, qui avait porté cette manifestation vient d’ajouter : « Pour nous le problème n’est ni Eschyle ni les Suppliantes mais le metteur en scène qui sous couvert d’antiracisme voulait grimer ses actrices en femmes noires, puis ensuite leur faire porter des caricatures de masques totémiques qui n’avaient de remarquables que leur laideur. » 

Les ministres Frédéric Vidal et Franck Riester (Enseignement supérieur et Culture), ont également condamné cette « atteinte sans précédent à la liberté d’expression et de création dans l’espace universitaire ». Pour les ministres, les accusations portées contre la pièce « sont incompréhensibles : Les Suppliantes est une œuvre qui porte en son cœur la notion de dépassement des conflits. En ayant empêché cette pièce d’être jouée au nom d’une idéologie militante, ces perturbateurs font le jeu de la discrimination et de l’exclusion qu’ils prétendent combattre. » 

Tous deux ont souhaité que la représentation puisse d’effectuer malgré tout dans les semaines prochaines — et cette fois, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. De son côté, L’Observatoire se propose pour organiser un débat, qui permette, au terme de la pièce, de pouvoir discuter démocratiquement du sujet et du traitement scénographique choisi. 

« Empêcher, par la force et l’injure, la représentation d’une pièce de théâtre est une atteinte très grave et totalement injustifiée, à la liberté de création. C’est aussi un procès d’intention et un contre-sens total contre lesquels Sorbonne Université s’élève avec la plus grande fermeté », avait affirmé l’établissement au lendemain des faits. 


 
 



Commentaires
Certains coeurs battent plus vite et plus fort que d'autres, parce que leurs nuits sont peuplées de cauchemars où une meute de cavaliers aux masques triangulaires armés de torches les poursuivent sans relâche avec des cris de singe jusqu'au petit jour.
Je n'en reviens pas qu'on en arrive à ce niveau d'absurdité dans le politiquement correct... Il s'agit simplement d'un costume de théâtre ! De quel droit une association peut-elle censurer ainsi la Sorbonne ? Où est la liberté ici ?
S'il y'a liberté d'expression il y a liberté d'impression.
Ces censeurs stupides feraient mieux de défendre les noirs assassinés chaque année par dizaines aux USA, pays leader du politiquement correct par des policiers blancs systématiquement acquittés. Les Grecs appelaient barbares tous ceux qui ne partageaient pas leur culture. Le « gang des barbares » ça ne vous rappelle rien ? Pauvre Eschyle, pauvre Sorbonne, pauvre monde ! Décidément l’ignorance est un luxe.
Quelques jours après cette triste annulation (au nom de la bêtise), c'est Hervé Di Rosa qui est menacé de censure : demande de retrait d'un tableau signé de lui, sur un mur de l'Assemblée nationale.Les instigateurs en sont deux professeurs étatsuniens, l'oeuvre peint illustre l'abolition de l'esclavage de 1794, accroché depuis trente ans. Il n'a pas l'heur de plaire à ces deux compères, au nom de l'anti-racisme...HDR a déclaré : "Quel que soit le prétexte, toute volonté de censure d'un genre artistique et poétique est inacceptable".
Bien triste et dangereux !Où conduisent l'inculture, l'absence de réflexion, et surtout l'opinion et le jugement par personnes (ou groupes) interposés ?Dire que masque se dit en grec : "persona" !!
Affligeant ! et, oui, dangereux.
Toujours fascinant de voir comment certaines personnes, sous couvert de liberté d'expression, cherchent à ôter toute humanité à ce groupe ethnique, toujours le même groupe ethnique. Vous me direz, les Noirs déshumanisés afin d'amuser la galerie Blanche, ça ne date pas d'hier et ça n'est pas près de s'arrêter. Bref.
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