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The Boys : quand les super héros ressemblent à des supers raclures

Florent D. - 30.07.2019

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - série super héros - comics anti-héros - violence drogue secrets


Stella, A-Train, L’homme poisson, Translucide, Raine Maeve, Black Noir et Le Protecteur : voici l’armada des 7. Des super héros clinquants, dont l’aura sacrée en a fait, aux yeux du public, des demi-dieux, voire de réelles divinités. Le tout, soigneusement orchestré par Vought Enterprises… parce qu’il n’y a pas de petits profits.


 

Tirée des comics de Garth Ennis et Darick Robertson, la dernière série de Prime Vidéo frappe très, très fort. The Boys rompt avec tous les codes des super héros — mais pas nécessairement avec le rêve américain. À l’image d’un Deadpool, personnage saugrenu, vulgaire et désabusé de Marvel, les 7 constituent une fine équipe, destinée à sauver le monde. Bons sentiments et politiquement correct exigés.
 

Il était une fois, l'envers du décors


À un détail près : que savons-nous des coulisses de ces organisations où se retrouvent les héros ? S’attend-on à devoir faire une pipe à l’un de ses futurs partenaires, sous prétexte que l’on est la nouvelle venue ? Et qu’est-ce que c’est que ces héros qui pulvérisent, sur le bord du trottoir, une innocente citoyenne ? Sans même s’arrêter…

Hughie travaille dans un magasin d’informatique et de high-tech. Froussard, veule et débonnaire, il vit chez son père et sort, presque malgré lui, avec Robin. Une nana extraordinaire, qui aura le malheur de se retrouver sur le chemin de A-Train, l’homme le plus rapide du monde. Qui va littéralement l’atomiser, alors qu’elle embrassait Hughie. 

De sa petite amie, ne lui restent que les deux mains qu’il tenait, le reste a volé en particules — séquence hémoglobine garantie…



 
Un super héros meurtrier, dont le crime restera impuni — mais plus encore, tout un monde qui s’effondre dans l’esprit de Hughie. Lui, de même que toute la population américaine, a été biberonné à l’idolâtrie : les 7 incarnent le bonheur, l’espoir, le salut. Et les produits dérivés, films, comics, parcs d’attractions, figurines, etc., s’occupent de meubler le reste de l’espace.
 

La chasse aux héros est ouverte : pas de quartier


Perdu, Hughie tente de comprendre : comment expliquer ce qui est arrivé à Robin ? Butcher, mercenaire parti en guerre contre les Super Héros et plus encore, la société Vought qui les emploie, va lui offrir le choix : pilule bleue ou pilule rouge. Le rêve éveillé, ou la sinistre réalité.

Dans le même temps, Stella, aka Annie, a travaillé dur : depuis qu’elle a ses pouvoirs, elle a œuvré, comme bien d’autres citoyens, pour intégrer les 7, suprême consécration. Et voilà : elle est retenue. Idéaliste et sensible, elle forme la recrue parfaite. Elle ne s’attendait probablement pas à devoir sucer l’Homme poisson (un goût de bouillabaisse dans la bouche ?) en guise de bizutage… Et pourtant.

Premiers pas dans un monde de super héros diablement policés, dont les secrets sont contenus par une solide équipe de communicants. Les super pouvoirs sont un business lucratif : la protection des villes, des citoyens, du pays… et pourquoi pas, l’intégration dans l’armée ? Mais pour ce faire, et protéger la respectabilité des héros, combien de victimes seront nécessaires ?
 

#MeToo, explosif


Les réalisateurs avaient déjà insisté sur l’influence du #MeToo dans leur production — l’épisode vécu par le personnage de Stella l’illustre de façon sidérante. Encouragés, les scénaristes ont rendu cet épisode essentiel, éclairant plus salement les phénomènes d’agressions que peuvent vivre les femmes. L’écriture s’est faite au plus fort des dénonciations qui ont suivi l’affaire Weinstein : impossible de passer à côté. 

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Et l'Amérique se prit une gifle retentissante


Avec lui, c’est toute la bien-pensance et l’hypocrisie américaines qui en prennent pour leur grade. Les gourous qui prêchent la parole du Christ, la société consumériste disposée à avaler toutes les couleuvres qu’on lui sert. Toute la grande tendance des films de super héros en prend pour son grade également : impossible de regarder un Spider-Man sans se demander s’il ne se masturbe pas depuis les hauteurs des buildings.

Les fans ont déjà remarqué que plusieurs points des comics originaux ont disparu — mais rien qui puisse contrecarrer la réussite de la série. Entre effets spéciaux, certes moins grandioses que ceux des Avengers, et retournements de situation, The Boys ajoute sa note de noirceur, de violence et de cruauté.

Tout est détourné, avec un cynisme qui frise l’extrême lucidité : dans une société du spectacle, comment ne pas profiter de véritables héros et de leurs pouvoirs pour accaparer l’attention du public ? Toute allusion à ce que sont devenus Marvel et DC Comics aujourd’hui pourrait n’être absolument pas fortuite. Et l’humour grinçant ne gâche rien du tout. Quant à la soundtrack, c'est un choix du meilleur effet... On souhaite le meilleur pour la saison 2, déjà commandée.

Au sein de l’écurie de Vought, qui compte 200 super héros sans cesse épiés, réduits à des statistiques de performances et de popularité, il faut agrandir les placards, tant ils comptent de squelettes. On dépasse, et de loin, l’impertinence des antihéros que nous a servis Marvel, ou encore Watchmen. The Boys, intelligent et rusé, prend le spectateur de court. 

Au point qu’il lui soit difficile de lâcher l’écran…


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