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The Circle, quand la dystopie se traîne face à la réalité

Victor De Sepausy - 31.07.2017

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Tom Hanks Circle - Emma Watson réseaux - film adaptation dystopie


Annoncé en juin 2013, le film inspiré du roman du Canadien Dave Eggers, The Circle, est actuellement sur les écrans. Lauréat du National Book Prize 2012, le livre n’a pas véritablement cartonné – trop timide, trop mijauré, la dystopie est assez médiocre. Et pourtant, son sujet est d’autant plus douloureux que nous l’éprouvons quotidiennement. 



 

 

Tom Hanks en grand gourou de l’informatique, barbe et lunettes façon Steve Jobs, cela tient la route. Emma Watson en jeune femme désœuvrée, qui entre dans la plus grande société capitalistique – représentant une fusion de ce que Google, Facebook et Apple incarnent aujourd’hui – cela fonctionne. Mais de même que le livre laissait un goût de bof-bof, de même le film réunissait toutes les bonnes ficelles... pour n’aboutir qu’à un gros nœud fadasse. 

 

D’ailleurs, et juste pour l’anecdote, The Circle avait été consacré par un algorithme, comme le potentiel best-seller ultime. Ce dernier disposait en effet des clefs parfaites pour devenir un livre titanesque dans les librairies. Sauf que si les algorithmes étaient formels, le public, lui, était plus sceptique... En France, le livre en grand format et poche se serait vendu à près de 16.000 exemplaires (sortis respectivement en avril 2016 et juin 2017).

 

Autre signe, le film est sorti en France ce 19 juillet, et se retrouve déjà dans les petites salles des grandes chaînes de ciné.

 

Bon, bon, bon... Alors Emma Watson, alias Mae Holland, bosse pour un service client dans une sorte de call-center. Elle va être recrutée par The Circle, mégacorporation, pour faire la même chose, mais dans une approche totalement numérique. Rapidement engloutie par le monde numérique – The Circle demande sur une base de bénévolat que les salariés partagent TOUTES leurs informations personnelles – elle bascule dans l’enthousiasme, non sans avoir eu le temps d’émettre quelques réserves. 

 

Les produits développés par The Circle sont pour le moins très contemporains : des caméras sans fil qui broadcastent en permanence tout ce qui se passe, mais également des bracelets qui mesurent leur activité physiologique, et bien d’autres choses encore. Réticente à se faire ainsi absorber, en perdant toute forme de vie privée, le scénario fait accepter hâtivement la situation au personnage.  




 

Tout va vite, et pourtant le rythme est d’une effroyable lenteur : une linéarité irritante, qui aboutit à une fin des plus flasques. Peut-être est-ce dû, entre autres, à ce que le roman d’Eggers est bien plus sombre dans son final – la Happy End hollywoodienne passe nécessairement par là. Les autres différences notables avec le livre ne portent cependant pas grand préjudices à l’adaptation. De toute manière, le film est dans son ensemble assez passable. 
 

[Extraits] Le cercle de Dave Eggers


Si Emma Watson est exceptionnelle, dans la semi-médiocrité ambiante, elle ne peut, à elle seule empêcher l’écueil du mauvais film, dont le potentiel était grand. La surconsommation de réseaux sociaux, aujourd’hui, est au cœur du livre – à privilégier, de toute évidence, même si Mae Holland n’y est pas beaucoup plus exceptionnelle. 

Le problème est en effet que nous vivons dans un monde bien plus effrayant que ce qui est exposé dans le film – le principe des voitures autonomes y est exposé comme une technologie inexistante encore. Les mises en garde qu’il véhicule n’informeront en réalité personne. Mieux vaut se replonger dans La zone du dehors d’Alain Damasio : on y est plus oppressé, et averti...

 



 

Le cercle – Dave Eggers, trad. Emmanuelle Aronson et Philippe Aronson – Editions Gallimard – 9782070147427 – 25 €
Folio – 9782072733437 – 8,20 €
Folio ebooks – 9782072733444 – 7,99 €