Théâtre : Les Petites Fêlures, de Claude Bourgeyx

Clément Solym - 16.05.2011

Culture, Arts et Lettres - Expositions - petites - fêlures - claude


Les Petites Fêlures, dont le texte de Bourgeyx est publié au Castor Astral, ne racontent pas une histoire, seulement des saynètes. Scènes de la vie quotidienne, avec un regard légèrement…décalé !

Ce regard c’est celui d’un homme, la soixantaine supposée, retraité et visiblement très seul. La pièce se présente comme un long monologue de ce personnage anonyme, en peignoir et affublé d’un bonnet d’aviateur. Il raconte ses souvenirs de l’armée, ses frustrations de CRS raté, une étrange rencontre dans un ascenseur, l’engagement bénévole et inattendu à son service d’une gouvernante dominatrice et d’un chauffeur sans voiture…


Loin de la longue récitation nostalgique, le monologue de Bourgeyx se joue tout en mouvements. Avec la mise en scène et l’interprétation de Yann Mercanton, il est parfois surprenant, souvent absurde et sur fond de rock alternatif soudain brisé par un silence pesant. Les jeux de lumières sont également remarquables : provenant d’une source unique, une petite lampe de chevet orientée de différentes manières en fonction de l’effet recherché. Ombres chinoises, contre jour, projection … c’est fou (et c’est le cas de le dire) ce que l’on peut faire avec si peu.

De bonnes idées, mais...

On a aimé quelques scène bien trouvées et curieusement prenantes, comme l’anecdote délicieuse de cette danse avec la mystérieuse jeune femme au couteau planté dans le dos ; ou encore celle où le chauffeur fou emmène son maître laver la voiture, à pied cela s’entend, dans le système de lavage automatique.

Pourtant, dans l’ensemble difficile d’accrocher ou de rentrer dans cet univers trop normal pour être fou et trop fou pour être acceptable. Bourgeyx se justifie en expliquant que « ce « je » faussement anonyme, […] est notre part d’inavouable ». Ainsi, en voyant ce personnage osciller sur la frontière du réel, on doit y reconnaitre notre propre absurdité. Car ce grand fêlé déambulant sur scène, « c’est vous autant que moi » nous dit l’auteur, « mais cela, il ne faut pas l’ébruiter, car on nous prendrait pour des fous. »

Au final, Les Petites Fêlures offre un spectacle intéressant mais difficile d’accès, avec même quelques longueurs alors qu’il ne dure qu’une heure à peine. Pourtant si l’on se laisse faire, on s’imprègne progressivement de son univers jusqu'à sincèrement l’apprécier sur la fin, mais tout de même, il faut faire preuve de bonne volonté.

Une nouvelle saison qui s'annonce bien, aux Déchargeurs

Le théâtre des Déchargeurs a profité de la représentation des Petites Fêlures pour annoncer la nouvelle saison qui débutera en août, « car on aime travailler quand les autres ne le font pas » a ironisé Ludovic Michel, le directeur du théâtre. Elle portera sur le thème de l’individu et fidèle à ses habitudes, le théâtre mettra en avant des écritures contemporaines dans des mises en scènes originales et favorisera également les auteurs débutants.

On aura donc le plaisir d’y voir une nouvelle mise en scène de Plume, de Michaux et une autre de Thomas Chagrin, de Will Eno. Les Déchargeurs retrouveront également des têtes connues, dont Bourgeyx présenté ci-dessus qui verra ses Petites Fêlures de nouveau sur scène du 16 août au 29 octobre, ainsi que le talentueux Pierre-Yves Plat, qui devrait repasser en août.