Toutes les héroïnes de romans noirs ont le visage de Lauren Bacall

Antoine Oury - 13.08.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Lauren Bacall décès - film noir romans policiers - Âge d'or Hollywood


Ceux qui n'ont rien compris au Grand Sommeil, et ils sont nombreux, n'ont pas pu passer à côté de l'actrice qui donne la réplique à Humphrey Bogart. Lauren Bacall a tiré sa révérence hier, à l'âge de 89 ans, d'un accident cardio-vasculaire dans son domicile de New York. Elle reste associée à l'Âge d'or d'Hollywood, qui se mariait bien avec les adaptations de romans noirs.

 


 

 

Élevée par sa mère dès son plus jeune âge, née à New York le 16 septembre 1924, Lauren Bacall, ou plutôt Betty Joan Perske, de son vrai nom, est façonnée par son entourage pour devenir l'archétype de la star. Sa mère l'inscrit rapidement à des cours d'arts dramatiques, mais sa carrière commence en tant que mannequin pour plusieurs magazines.

 

C'est ainsi que le magnat du cinéma Howard Hawks repère la jeune femme : depuis quelques mois, il cherche une femme capable d'être aussi mystérieuse et sexy que sa propre épouse, Slim Hawks. Les débuts de Bacall, sous la direction de Hawks, sont donc simples : il s'agit simplement d'imiter Mme Hawks. À 19 ans, la jeune femme assure qu'elle aurait préféré jouer avec Cary Grant pour son premier film, Le Port de l'Angoisse, adapté d'En avoir ou pas de Ernest Hemingway.

 

Ce sera finalement Humphrey Bogart : intimidée, et finalement sous le charme de l'acteur, la jeune femme ose à peine lever les yeux de temps à autre. Cela lui vaudra le surnom de « The Look » (le regard), et une romance avec Bogart. Et sa renommée est faite avec la fameuse réplique sur l'art de siffler.

 

 

 

 

Elle devient la coqueluche du cinéma hollywoodien, et forme avec Bogart un couple légendaire jusqu'à la mort de l'acteur en 1957. Les films s'enchaînent, dans un Hollywood qui s'inspire à tour de bras de la littérature américaine moderne : Agent Secret, en 1945 (adapté de Graham Greene), Le Grand Sommeil l'année suivante (adapté de Raymond Chandler - Hawks lui-même n'aurait rien compris au scénario), Les Passagers de la Nuit (adapté de David Goodis) ou encore Key Largo (d'après une pièce de Maxwell Anderson).

 

À chacune de ses apparitions, Bacall incarne peu à peu l'archétype de la femme du film noir : à sauver et protéger, certes, mais capable de le faire elle-même et de trahir à l'occasion le héros du film... généralement incarné par son propre mari, indissociable des débuts de sa filmographie.

 

À partir des années 1950, ses partenaires à l'écran se diversifient : Kirk Douglas (La Femme aux Chimères, d'après Dorothy Baker), Gary Cooper (Le Roi du Tabac, d'après Foster Fitzsimmons)... Sa filmographie aussi, puisqu'elle apparaît en couleurs dans la comédie Comment épouser un millionnaire de Jean Negulesco en 1953.

 

 

Betty Grable, Lauren Bacall, Marylin Monroe dans Comment épouser un millionnaire

 

 

Elle intéresse l'international, avec le film La Toile d'araignée de Vincente Minnelli, sorti en 1955 : un jeu amoureux délétère, dans un hôpital psychiatrique, qui apporte un peu plus de prestige dans sa filmographie. Toutefois, cette dernière s'endort quelque peu, et ne retrouvera un souffle qu'à travers les hommages que lui rendront des cinéastes de la génération suivante, dans les années 1970.

 

Elle incarne ainsi Harriet Hubbard dans Le Crime de l'Orient-Express, adaptation du plus célèbre roman d'Agatha Christie par Sidney Lumet et apparaît dans Le Dernier des géants de Don Siegel, dernier western de John Wayne. Elle figure également au générique de Rendez-vous avec la mort, qui signe la dernière fois de Peter Ustinov en Hercule Poirot. Le crépuscule des idoles...

 

L'actrice avait publié deux autobiographies, Par moi-même, aux éditions Stock et Seule chez Michel Lafon, qui permettront d'explorer plus en détail sa carrière, où le film noir à la plus grande aura.