Traduire Harry Potter et les autres : les enfants découvrent l'écriture

Claire Darfeuille - 06.12.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - Littérature jeunesse traduction - traduire Harry Potter - SLPJ


Grande fête de la littérature jeunesse, le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse donne aussi l’occasion de rencontrer des auteurs étrangers et de sensibiliser les jeunes lecteurs au travail des traducteurs sans lesquels même Harry Potter n’aurait pu franchir nos frontières. Deux joutes de traduction et un atelier « traducteur d’un jour » permettaient de s’initier au plaisir de la langue et de l’écriture avec des traducteurs professionnels.
 

Julie Sibony et Mona de Pracontal, traductrices littéraires, avec des élèves "traducteurs d'un jour" du collège François-Mtterrand de Noisy-le-Grand 

 

 

L’atelier commence par une devinette. Qui a écrit : « Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive avait toujours affirmé… » ? Dès les premiers mots, les mains se lèvent et le nom fuse : « JK Rowling ! ». Mona de Pracontal et Julie Sibony, traductrices littéraires, secouent la tête, désolées de décevoir la classe du collège François-Mitterrand de Noisy-le-Grand qui participe à cet atelier « Traducteur d’un jour » proposé par l’ATLAS, Association pour la promotion de la traduction littéraire. « Non, ce n’est pas la bonne réponse », reprend la traductrice, car J.K. Rowling a écrit : « Mr. and Mrs. Dursley of number four, Privet Drive, were proud to say… ». Une petite voix s’élève : « C’est Jean-François Ménard ». 

Surprise, l’une des élèves connaît le nom du traducteur ! « C’est une fan », explique leur professeure Fuzia Bouzaoui qui accompagne ses élèves de 4e. Ceux-ci vont à présent tenter de traduire un extrait de la série Apollon de Rick Riordan, aidés par Mona de Pracontal qui a également traduit l’ensemble des Percy Jackson.

 

Avant de passer aux travaux pratiques, les deux traductrices professionnelles donnent quelques informations essentielles sur le métier, ainsi Julie Sibony précise qu’il convient certes de bien connaître la langue étrangère, mais aussi la culture du pays. Elle insiste : « Ma plus grande compétence est l’écriture en français », puis détaille les avantages et les inconvénients d’un métier solitaire, qui demande une grande discipline, mais laisse beaucoup de liberté. « Je peux travailler partout, à Bali par exemple, et quand je veux », dit-elle, la nuit pour Julie, le jour pour Mona.

 

Les textes en anglais sont ensuite distribués, une traduction mot à mot est fournie par les traductrices, commence alors le travail de traduction, soit l’écriture dans un français agréable à lire, au plus proche du texte anglais. Réflexion, hésitation, concertation, puis éclats de rire lorsqu’il s’agit de traduire la réplique « you smell », pour laquelle de nombreuses variantes sont trouvées, depuis « tu dégages une mauvaise odeur » jusqu’à « tu pues du c** » qui permet à Mona de Pracontal d’aborder la notion de surtraduction.
 

 

Plusieurs interprétations d'un même morceau


Après une heure d’échange, dans le brouhaha du salon peu propice à la concentration, l’atelier touche à sa fin et démonstration est faite qu’il n’existe pas une unique « bonne traduction », mais plusieurs choix de traduction possibles, de même « chaque musicien interprète une partition donnant naissance à plusieurs interprétations d’un même morceau », reprend Julie Sibony qui avait déjà utilisé cette métaphore dans son introduction.

Avant de se séparer, Mona de Pracontal précise à ceux qui seraient tentés de devenir traducteur, « c’est un travail passionnant, mais c’est aussi un métier de l’ombre, il ne faut pas s’attendre à une grande reconnaissance ». Une dernière affirmation démentie en fin d’atelier par les élèves qui lui réclament… un autographe.

 

Sur la scène Décodage, d’autres élèves étaient aux prises avec un texte inédit en anglais de la Canadienne Susin Nielsen, en la présence de l’auteure. Les élèves bilingues de la section internationale du lycée Camille Sée (Paris Xe) avaient soigneusement préparé leur traduction pour participer à la joute organisée par l’Association des Traducteurs Littéraires de France. Sur le ring, deux traductrices, Nathalie Bru et Nathalie Peronny confrontaient leurs deux versions de ce texte, attentivement suivies par Valérie Le Plouhinec qui a traduit la plupart des ouvrages de Susin Nielsen en français.

Après une heure de confrontation, force est de constater qu’en traduction, difficile d’avoir un champion. Toutes les propositions ont vaillamment été défendues et sont légitimes à monter sur le podium.
 

Les Orphelins Baudelaire, un modèle du genre

 

Le lendemain, une nouvelle joute opposait Mathilde Tamae-Bouhon et Isabelle Perrin autour d’un texte de la romancière Anne Fine. Au même moment, dans la salle Certeau du CNL, Rose-Marie Vasssallo, traductrice historique des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, intervenait devant les stagiaires de l’École de traduction littéraire du CNL – Asfored sur le thème de la traduction de la littérature jeunesse.

Trois heures d’exercices autour des pièges de traduction tendus par la série littéraire de Lemony Snicket, un modèle du genre.

 

Devant les traducteurs de l’ETL, encore en début de carrière, Rose-Marie Vassallo témoigne d’un temps où les éditons Castor poche publiait une bio de l’auteur, de l’illustrateur et du traducteur, lequel avait même droit à une page pour parler du livre. « Je retrouvais ma prose dans la critique littéraire, sans être citée », se souvient-elle, « mais cela m’était égal puisqu’ils faisaient passer ce que j’avais voulu dire ! » 
 



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