Turin veut débarrasser son salon du livre d'Altaforte, éditeur fasciste

Nicolas Gary - 09.05.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon livre Turin - Italie éditeur fascisme - politique apologie fascisme


La présence d’un éditeur dont le responsable se déclarait ouvertement fasciste avait provoqué une tempête médiatique autour du Salon du livre de Turin. Altaforte, maison originaire de Lombardie, n’était pas invitée : elle avait payé son stand. Mais plusieurs auteurs, comme Zerocalcare, avaient manifesté leur refus de participer dans ces conditions.

Ambiance salon du livre de Turin
Salon du livre de Turin - ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (photo d'illustration)
 

Proches du mouvement politique d’extrême droite Casapound, Altaforte Edizioni, fondées par Francesco Polacchi, avaient provoqué une intense polémique. Pour le Parti démocratique de Turin, la maison n’était qu’un symptôme et lui interdire d’être présente ne réglerait rien : le Parti démocratique interpellait ainsi Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, pour demander que Casapound soit dissout. 

Mimmo Carretta, responsable local, soulignait que s’indigner était une chose, mais que seule la loi devait prévaloir. « Les partis et groupes qui soutiennent et invoquent le fascisme doivent être déclarés hors-la-loi. » En attendant, depuis quelques jours, les commentaires pleuvent, et la maison de Polacchi était sous le feu des projecteurs médiatiques comme jamais.
 

Apologie du fascisme : sanction immédiate ?


Tout semblait très mal engagé : les organisateurs du Salon revendiquaient une position démocratique, la maire de la ville, Chiara Appendino, assurait que Turin était une ville antifasciste. Mais les protestations fusaient de toutes parts. 

Or, à la veille de l’inauguration qui intervient ce 9 mai, le bureau du procureur de Turin vient d’ouvrir un dossier d’enquête concernant justement Francesco Polacchi. Outre son statut d’éditeur, ce dernier revendiquait un rôle de coordinateur pour la branche lombarde de Casapound. Une plainte a été déposée par les avocats de Turin et de la région du Piémont, dénonçant les propos de l’éditeur sur le fascisme. 

« Je suis un fasciste […] et Mussolini fut un grand homme d’État », voilà qui ne pouvait pas passer. Le parquet se voit donc demander d’examiner les propos et de vérifier s’ils n’entrent pas en violation de la loi Mancino, qui punit les déclarations publiques concernant le fascisme. 

En parallèle, la municipalité et la Région — qui comptent parmi les fondateurs de la Foire — ont demandé aux organisateurs de résilier le contrat de vente du stand. Le président de la Région, Sergio Chiamparino, et la maire de Turin ont fait part dans un communiqué de leurs vives préoccupations quant à la présence d’un pareil exposant. 
 

Le plus grand événement littéraire d'Italie


« Il est nécessaire de protéger le Salon du livre, son image, son empreinte démocratique et le développement serein d’un événement suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes. » Dans les faits, l’édition 2018 avait attiré plus de 175 000 visiteurs…
 


L’occasion rêvée pour l’organisation : ce 8 mai, une longue réunion de concertation a regroupé toutes les parties concernées par le Salon. D’autant qu’était prévue une conférence d’une certaine Halina Birenbaum, témoin de l’Holocauste, dans la programmation de la manifestation. Totalement incompatible avec le révisionnisme d’Altaforte. 

Elle avait de toute manière déclaré que cette conférence ne pourrait pas avoir lieu et qu’elle n’entrerait pas dans le Lingotto. « C’est une chose très grave. Avec les fascistes, on plaisante, et en général, on meurt. […] Dans cette manifestation, il y a une maison d’édition d’extrême droite et moi, à 90 ans, dernière rescapée des camps d’extermination, je préfère ne pas entrer », déclare-t-elle au Corriere.
 

Le fascisme contre-attaque


Francesco Polacchi n’entend pas se faire déposséder de la sorte : « Si le contrat est rompu, nous les poursuivrons en justice avec les meilleurs avocats en droit civil d’Italie », promet-il. « Nous sommes prêts à toute forme de dialogue et de confrontation : notre action en justice sera irrévocable. » Et d’ajouter : « Nous allons les traîner devant les tribunaux, et nous allons gagner. » 

Un précédent dans le secteur des salons du livre ne présage pas du meilleur pour les organisateurs du Salon du livre de Turin : fin 2018, les organisateurs de la Foire du Livre d'Anvers n'avaient pas obtenu gain de cause face à une maison d'édition d'extrême droite flamande, Egmont Uitgeverij, qu'ils souhaitaient bannir de l'événement.

Pour l’instant, il reste le grand vainqueur du bras de fer : le principal livre mis en vente, un entretien mené par une journaliste avec Matteo Salvini, s’écoule amplement. Et dans le même temps, le ministre de l’Intérieur se défend de toute proximité : « Je fais un entretien, je ne suis pas payé, je ne sais pas qui est l’éditeur. Est-ce interdit ? Non. Alors où est le problème ? », déclarait-il sur La7.

Et quand on lui expose une photo où il se trouve avec Francesco Polacchi, la réponse fuse : « Je fais des centaines de photos tous les jours, je ne demande pas la carte d’identité des gens. » Implacable. 

Le procureur a donc ouvert un dossier pour apologie du fascisme, répondant aux enjeux politiques de cette présence dérangeante. Le salon doit ouvrir ses portes ce soir, et pour l’heure, aucun élément juridique n’est venu s’opposer à la présence de l’éditeur. 


mise à jour, 15h :

Le président de Torino Città del Libro, qui organise la manifestation, Silvio Viale vient d’annoncer l’exclusion de la maison d’édition, considérant que leur structure et leur ligne éditoriale n’avaient pas leur place. « Chaque décision a été prise de manière réfléchie, en évaluant au mieux tous les risques et les avantages », assure-t-il.

« Toutes les institutions ont pris les décisions qui s’imposent : la superficialité n’a pas sa place ici, au Salon, et nous en sommes fiers. »


Commentaires
Par contre pour AMAZON ça dérange personne ? Parceque perso les plus fascistes entre CasaPound qui fait beaucoup de bla bla bla (j'ai véçu à Rome je sais de quoi je parle) et amazon qui rend en esclavage ses employées c'est plutôt amazon le mal absolue du monde de l'édition et du livre exclaim exclaim exclaim exclaim faudrait peut être redevenir patriote et boycotter les multinationales au profit d'éditeur pour nous français et pour eux italiens ! Et du coup les éditions d'ultra gauche ca dérange personne ? Pourtant Staline à fait + de mort que Hitler et les Brigades Rouges ont fait pas mal de mort aussi en Italie ! exclaim
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