Uchronie biographique : Zola antispéciste et polémiste sans visage

Auteur invité - 02.10.2020

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Avec l’aide de chercheurs spécialistes, ActuaLitté vous propose d’explorer ce que seraient devenues certaines grandes figures littéraires françaises si elles avaient vécu en ce début de XXIe siècle. Qu’aurait fait Voltaire avec un smartphone dans la poche ? Quels vers aurait écrit Rimbaud sur Tinder ? 

Aujourd'hui on vous propose un Zola plus écologique que naturaliste, bataillant contre Instagram et ses dérives. 

Par Eléonore Reverzy, professeur de littérature française du XIXe siècle à l'Université Paris-Sorbonne nouvelle, autrice de Portrait de l'artiste en fille de joie, La Littérature publique, Paris, CNRS Éditions, 2016.
 

 
 

Deux époques côte à côte 


Il est un peu artificiel de tenter d’imaginer les réactions d’un écrivain venu d’une période plus ou moins lointaine s’il se trouvait soudain plongé dans la société d’aujourd’hui. Le XIXe siècle, époque dans laquelle Zola est formé, exerce son métier de journaliste et d’écrivain, aime et enfante, est devenu pour nous en cinquante ans une sorte de siècle classique : le XIXe siècle a reculé dans le temps au point que le romantisme nous pose peut-être aujourd’hui les problèmes épistémologiques que le classicisme posait aux hommes de l’avant-dernier siècle.

Cependant le XIXe siècle est le siècle de la « civilisation du journal », selon une expression aujourd’hui consacrée. La révolution médiatique de1836 – qui voit la naissance du feuilleton-roman, le développement des annonces publicitaires en 4e page du journal, l’abaissement du prix du quotidien dont le prix de l’abonnement est divisé par deux – a pu être rapprochée de la révolution numérique. 

Face à l’accélération du temps induite par le développement de la presse, à l’industrialisation de la littérature, les auteurs et lecteurs du premier XIXe siècle ont éprouvé le sentiment que plus rien ne serait comme avant et que toutes les valeurs esthétiques et morales étaient en péril. Et surtout que tout allait beaucoup trop vite...

Zola, né en 1840 et donc après cette révolution du journal, s'inscrit quant à lui définitivement dans cette modernité. 
 

Ecologiste et progressiste 


Zola est résolument moderne et progressiste : rien de réactionnaire chez lui, pas de nostalgie d’un passé qui serait meilleur. N’imagine-t-il pas dans Travail en 1901 un ingénieur faisant fonctionner une vaste usine aux vitres claires à l’énergie solaire ?

Ce côté visionnaire de Zola pourrait conduire le lecteur d’aujourd’hui à voir en lui un écologiste avant l’heure, et ce d’autant qu’extrêmement soucieux de la cause animale, 

« Pourquoi la souffrance d'une bête me bouleverse-t-elle ainsi ? », écrit le naturaliste. « Pourquoi ne puis-je supporter l'idée qu'une bête souffre, au point de me relever la nuit, l'hiver, pour m'assurer que mon chat a bien sa tasse d'eau ? Pourquoi toutes les bêtes de la création sont-elles mes petites parentes, pourquoi leur idée seule m'emplit-elle de miséricorde, de tolérance et de tendresse? Pourquoi les bêtes sont-elles toutes de ma famille, comme les hommes, autant que les hommes ? »

Il conduit aussi à supposer un écrivain s’emparant des supports numérques et cherchant à en tirer le meilleur parti : animer un blog, publier des articles en ligne ne seraient sans doute pas choses jugées indignes par le romancier. Ce faisant Zola entendrait agir sur son temps, commentant l'actualité politique et sociale de son pays. 
 

Polémiste sans visage 


Zola théorise un modèle de littérature objective et référentielle, duquel la part du moi est a priori effacée. Sa correspondance d’ailleurs comporte peu de confidences. En tout, il est tenu et contrôlé. On peut donc supposer Emile horrifié face aux dérives narcissiques contemporaines et à leurs procédés (du selfie à la publication insta et aux followers pour le dire vite).

Le « quart d’heure de célébrité » (Andy Warhol), pour lui qui entend conquérir l’opinion publique de manière durable et faire une œuvre qui rivalise avec celle de Balzac et de Hugo, ne saurait avoir de sens.

En revanche il a un sens certain de la communication et connaît le poids de l’article pour lancer un artiste ou un sujet : de Manet dont il annonce la place au Louvre à Dreyfus qu’il défend dans un article prodigieux d’habileté rhétorique, il a fait la preuve de ses talents d’homme de presse. Aujourd’hui il confierait sans doute aux journaux en ligne la mission de promouvoir et défendre.

Crédit photo : Emile Zola - Domaine public 

Dossier - Uchronie biographique : les figures littéraires du passé plongées dans un monde moderne
 


Commentaires
Et pourquoi diable dans les seuls journaux en ligne, les «pure players»,

cette «mission de promouvoir et défendre» (sans précision ici, la fin a-t-elle sauté, cela peut arriver)?

Il reste des articles, chroniques et tribunes qui font beaucoup de bruit,parfois vraiment retentissantes, dont les débouchés demeurent la presse papier à ne pas enterrer trop vite.

Ou pas du tout...

Certains se battent pour la presse papier comme Frank Annese ou Fottorino, parmi d'autres !

Oui à l'ouverture au numérique, en commençant par ce site qui est indispensable et fait avancer le débat souvent.

Tout en étant une mine d'informations que je ne trouve pas toujours dans les journaux et périodiques classiques.

Une certaine bigoterie autiste (périssologie !) du dogme cybernétique, non.

J'ai besoin de mes journaux et périodiques physiques, non remplaçables par l'écran qui leur est complémentaire.

Et des livres papier, qui sont évidemment un domaine de prédilection, bien que non exclusif, d'ActuaLitté.

Et d'autre part, je me permets de rappeler que selon certains qui se croient éclairés mais pas à la lampe à huile (!), l'écologie dont Zola fut sans doute un annonciateur est une doctrine anti-«progrès» parfaitement réactionnaire: voir la grande polémique grave actuelle autour de la 5G !

Et certains propos méprisants venus de Très Haut contre les détracteurs de la 5G,ou ceux qui invitent au minimum à une prudence environnementale et sanitaire que l'on passe par pertes ou plutôt profits pharaoniques: coronavirus le Mal, mais pour le reste on fonce, ruée vers l'Or(dre numérique), bandeau sur les yeux !

Quant à moi, je crois à la vraie écologie et au respect de la gent animale.

Tant pis si des imbéciles estiment qu'il s'agit de politiquement correct...

Pour le progrès: à chacun d'en définir les composantes et ingrédients à promouvoir, justement !

Zola aurait fait ses choix, en 2020.

Oui au vrai progrès, non à la modernisation technolâtre qui avance comme un tank, avec des thuriféraires et aficionados avançant en même temps au pas de charge et au pas de l'oie en voulant embrigader tout le monde.

«Science sans conscience n'est que ruine de l'âme»: une citation d'un Rabelais pour une fois très sérieux et loin de toute foucade littéraire abracadabrantesque, pour saluer un autre président décédé il y a un peu plus d'un an (ce qui vient de passer presque inaperçu, curieusement).

Zola aurait «accusé» certains...

En dépit du titre du recueil de ses chroniques journalistiques publié chez Fasquelle en 1956: «La République en marche Chroniques parlementaires» (réédité chez Grasset en 1967 avec titre raccourci «La République en marche»)!

CHRISTIAN NAUWELAERS
Puisque Emile vivait "au siècle de la civilisation du journal" (et qu'il devait sans doute apprécier ce média), dessinait vraiment pas mal et théorisait en conservant "sa part du moi a priori effacée", voici comme je le vois occupant son temps libre, au XIXe:



Chaque mercredi matin, de 10 à 11h30, il descendait au square voisin pour alimenter les canards du petit étang. Il partageait avec eux ses tartines, croquait les palmipèdes dans son carnet gris souris et leur confiait - en secret - ses bonheurs et ses peines. Il promettait toujours de revenir.



Et il revint:



Aujourd'hui, Zola n'écrit plus de bouquins mais s'est lancé dans la BD. Il s'est fait construire une jolie villa en province, avec un petit étang artificiel pour ses six couples de canards et une piscine pour lui tout seul (quand il reçoit des invités, il leur suggère d'aller nager dans la salle de bain). Masqué, cette fois, il a repris ses croquis et dialogues secrets avec ses oiseaux.



Chez Casterman, il a déposé " Cancans de Coincoins", des BD en 15 volumes, qui seront publiées seulement après sa deuxième mort. Les protagonistes: des canards et leur père adoptif. On y débat politique, gastronomie, musique, ornithologie, foot et psychanalyse. Très belles couleurs, dialogues en prose et en vers, selon les thèmes.



Emile dort beaucoup, mange bien, parle peu et se protège contre le virus.

La belle vie, quoi!
Colette aussi eût été antispéciste et végane aujourd'hui wink
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