Un cœur Moulinex, de Simon Grangeat : l'amour électroménager

Auteur invité - 01.02.2018

Culture, Arts et Lettres - Théatre - cœur Moulinex Grangeat - électroménager foyer cuisine - Simon Grangeat théâtre


Oubliez un moment la comédie française, l’Odéon, et les théâtres des grands boulevards… et précipitez-vous au Théâtre de l’Opprimé voir la reprise de la pièce « Un cœur Moulinex » de Simon Grangeat entre le 21 et le 25 février. 

par Hervé Bel




 

Sans aucun parti pris (en tout cas visible), la pièce raconte, sur près d’un siècle, l’histoire passionnante de Moulinex, qui fut le fleuron de l’industrie française avant d’en devenir le désastre. Les comédiens se donnent à fond, jouant, à tour de rôle, et sans jamais se fatiguer, les ouvriers, le patron, les financiers qui ont fait ce groupe légendaire au cours du temps. Le tout est entrelardé de publicités de Moulinex qui ont bercé notre enfance.

On y joue aussi du piano, il y a même une interview de Pompidou, fortement instructive. Autant le dire, on rit pendant cette pièce, même si le rire est parfois assez grinçant…
 

Après le spectacle, je me suis d’abord dit que ceux qui ne connaissent rien à l’entreprise devraient assister à cette pièce afin de se faire une idée assez juste de l’économie. Mais cela ne ferait pas de mal non plus aux grands patrons, aux cadres et aux jeunes qui s’apprêtent à travailler. Ils y verraient par delà les chiffres ce qu’est une entreprise, ce qu’elle peut représenter pour les hommes qui la composent, et comment la mondialisation et la financiarisation la déshumanisent pour finalement la tuer. Au-delà des chiffres, ils toucheraient enfin la chair qui ressent, souffre et parfois meurt à cause de gens comme eux.
 

Au cours de la pièce, on nous explique les mécanismes du marketing, de la vente, des besoins bancaires, les acquisitions, sans que ce soit didactique… Et il revient aux spectateurs, dûment renseignés, de se faire une opinion qui, fatalement, ne saurait être tranchée. L’entreprise est nécessaire, elle fait vivre, mais autour il y a les vautours, la concurrence implacable, l’étranger qui fait baisser les marges.
 

Cette capacité à expliquer les mécanismes économiques par le biais de l’art théâtral, Simon Grangeat l’a déjà démontrée en 2012 dans sa pièce « TINA » (pour « There is no alternative ») où, à l’attention des béotiens, il parvenait à expliquer la crise des subprimes.
 

A la fin de « Un cœur Moulinex », les comédiens défilent devant nous en tenant chacun un appareil ménager des temps passés. On se rappellera, en les voyant, de plaisants souvenirs d’enfance passés devant la télévision, et l’émotion nous gagnera, parce qu’on aura fini par l’aimer cette Moulinex, un peu comme ces ouvriers désespérés qui quittent à jamais les locaux de leur usine. Et si les acteurs sont aussi bons, c’est sans doute aussi parce qu’ils se sont attachés, eux aussi, au presse-purée de maman.
 

Et puis, si votre cœur un peu gros vous en dit, après le spectacle, il vous sera possible d’aller boire un verre à la buvette du théâtre et discuter avec les acteurs. N’oubliez pas, cela se passe au Théâtre de l’Opprimé, jusqu’au 25 février.
 

Mise en scène Claude Viala / Scénographie Shanti Rughoobur / Musique Christian Roux / Costumes Ninon Gourichon / Lumières Tanguy Gauchet / Création sonore Nulle Part...Jamais / Avec Julien Brault, Lorédana Chaillot, Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Muller, Christian Roux, Pascaline Schwab.
 


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