Un distributeur pour le film de Rushdie, Les enfants de minuit

Clément Solym - 09.10.2012

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Les enfants de minuit - Salman Rushdie - cinéma


Depuis le mois dernier, la réalisatrice du film adapté de l'oeuvre Les enfants de minuit, publié par Rushdie en 1981, ne parvenait pas à entrer dans le marché indien. Du fait de la fatwa, de l'insolence des Versets sataniques, toujours interdits dans le pays, mais également à cause de pressions politiques, aucun distributeur ne se présentait pour diffuser le film en Inde. 

 

 

 

 

« Salman, a souvent dit que ce livre était une lettre d'amour adressée à l'Inde. Je pense que le film reflète cet amour. Quel dommage que des politiciens apeurés privent le peuple indien de la possibilité de se faire sa propre opinion sur ce qu'il veut ou ne veut pas dire », déplorait Deepa Mehta, réalisatrice du film. (voir notre actualitté) 

 

Eh bien, c'est la fin du calvaire pour la production, puisque la société PVR Pictures a acheté les droits de diffusion. Et son directeur, Kamal Gianchandani, tient à apaiser les craintes : « Nous cherchons à diffuser le film pour le mois de décembre. Nous sommes en train de décider de sa date de sortie. » 

 

Selon le journal Live Mint, la présence à peine déguisée d'Indira Gandhi, représentée de manière telle qu'elle rappelle Voldemort, tout aussi menaçante, ne manque pas de choquer, dans un pays où la famille Gandhi est encore très présente. Kamal est confiant : « Après tout, le film a souvent été décrit comme une chanson d'amour pour l'Inde », alors aucune raison de redouter quoi que ce soit. « Le film sera distribué et commercialisé comme un grand film d'Indian Hollywood », ajoute-t-il. 

 

Avec le temps, Rushdie a cristallisé les haines et les colères, et s'est imposé comme une figure de bouc-émissaire, polarisant les controverses, souligne l'un des acteurs du film, préférant rester anonyme. Ainsi, la sortie du film en Inde ne mettra pas fin à cette folie autour de lui ; c'est probablement le contraire. Pourtant, si le film a trouvé un distributeur, il lui faut encore recevoir le certificat des autorités de censure du pays - et à partir de là seulement, les salles de cinéma pourront le projeter pour le grand public.

 

Il avait d'ailleurs été question que le romancier intervienne en voix-off, justement pour la version Indienne, mais la production avait finalement rejeté cette idée, craignant  que ce soit mal interprété.

 

Histoire générationnelle 

 

L'écrivain confiait : « La génération sur laquelle j'écris est la mienne, la première génération d'enfants libres nés en Inde en 200 ans. C'est une génération importante d'abord pour cette notion de liberté, mais aussi parce que c'est une génération transitionnelle. Nous en savons assez sur le colonialisme pour comprendre que celui-ci ne s'arrête pas le jour où les colonialistes s'en vont. Nous avons vécu cette période intéressante entre le passé qui se fanait et le futur qui s'annonçait prometteur. »

 

On y suit la destinée du fils d'un musicien sans le sou qui se retrouve élevé au sein d'une riche famille, après avoir été échangé avec un autre bambin par une infirmière. Une aventure dans laquelle les enfants nés la nuit de l'indépendance sont dotés de pouvoirs magiques... Pour l'adaptation du roman, Rushdie a dû renouer avec son oeuvre de jeunesse à l'âge de 65 ans. Et d'un livre de 600 pages initiales, il en a condensé un script d'à peine 120. Un exercice, qui selon lui, lui aura permi de se confronter « à une jeune version de lui-même ».

 

Les deux partenaires sont fier d'avoir pu composer pour le film un casting indien, comprenant notamment des acteurs comme Shriya Saran, Rahul Bose, Soha Ali Khan, Siddharth Narayan, Anupam Kher, Shabana Azmi, Seema Biswas ou encore Shahana Goswami.

 

A noter que PVR, distributeur du film en Inde, prévoit également de diffuser The Reluctant Fundamentalist, une adaptation de l'oeuvre littéraire du Pakistanais Mohsin Hamid, dont la date de sortie indienne est prévue pour le mois d'avril de l'année prochaine.