Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un fonds d'urgence pour financer la sécurité des festivals littéraires (CNL)

Nicolas Gary - 08.10.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - sécurité salons littérature - payer auteurs salons - fonds soutien sécurité


La rémunération des auteurs dans les salons doit faire l’objet d’une clarification, ce point est désormais acté par tous. Dans le même temps, un nouvel enjeu, sécuritaire cette fois, apparaît dans les préoccupations des organisateurs de manifestation. Et tout cela, avec des budgets qui n’ont rien d’infiniment extensible.


Lire en poche 2017
Lire en Poche - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

En marge du salon de Gradignan, Lire en Poche, Vincent Monadé revient sur ces problématiques, essentielles. La rémunération des écrivains, intervenant dans les salons, peut s’opérer sous la forme de droit d’auteur, rappelle le président du Centre national du livre. « La circulaire de 2006 indique que tous les auteurs affiliés ou assujettis peuvent être payés de la sorte : or, tout auteur est assujetti dès lors qu’il publie un ouvrage. » L’affiliation, elle, n’intervient qu’à partir d’un montant annuel minimum de revenus — autour de 8000 €.

 

Le problème n’en restera pas moins entier que de parvenir à obtenir des auteurs les informations nécessaires pour réaliser ce paiement. Le directeur de Lire en Poche évoquait en effet « un suivi administratif complexe », pour y parvenir. Le temps et la pédagogie — et la patience — seront indispensables. Mais cette approche éviterait aux salons respectueux de cette rémunération d’avoir à constituer des contrats CDD d’une heure — et de supporter les coûts que cela implique. 

 

Pour autant, insiste Vincent Monadé, la circulaire n’est pas allée assez loin : « Nous devons poser la question de sa reprise, ainsi que le note Lionel Destremau, et avec lui plusieurs organisations d’auteurs. Un auteur devrait pouvoir être rémunéré en droit d’auteur dès lors qu’il parle de son œuvre, quels que soient son statut social — affilié, assujetti — et la forme de son intervention. » 
 

Pour rémunérer correctement les auteurs en salon, “l'État doit intervenir”

 

Autrement dit, repenser la circulaire pour aboutir à une mini-révolution « où l’on verrait des auteurs payés… en droit d’auteur ». Fallait-il oser l'envisager ? Dans les prochains temps, le sujet ne manquera pas d’évoluer. 

 

Une “rupture d'égalité” entre arts vivants et littérature
 

La question de la sécurité dans les manifestations littéraires est en revanche plus complexe. « C’est un vrai sujet pour nous », indique le président du CNL, rappelant la création « d’un fonds de soutien après les terribles attentats du 13 novembre. Or, ce dernier est réservé au spectacle vivant et totalement inaccessible aux festivals littéraires. Pourquoi ? »
 

Question délicate, mais qui trouve une réponse immédiate : « Je plaide officiellement pour que les festivals littéraires puissent accéder à ce fonds, ou à défaut qu’ils bénéficient de leur fonds propre : la sécurité n’est pas moins importante dans les salles de concert qu’à l’occasion d’un salon du livre », insiste Vincent Monadé. 

 

Et de poser simplement l’équation : « Pour le salon jeunesse de Montreuil, le coût est de 80 000 €, pareil pour Brives. À Nancy, on monte à 85 000 € et pour Angoulême, l’année qui a suivi immédiatement les attentats, 90 000 €. Autant de montants qui viennent grever les budgets, et s’opèrent au détriment de l’animation littéraire. » Or, si la sécurité représente un enjeu « vital et évident, force est de constater la rupture d’égalité entre les arts vivants et la littérature ».
 

La rue de Valois planche sur le sujet


Pour mémoire, le fonds dédié au spectacle vivant prendre en compte différents aspects, comme les surcoûts du renforcement de la sécurité, les reports de dates pour des concerts, les pertes de recettes liées à une diminution de la fréquentation, ou encore divers soutiens temporaires. Dans le cadre des festivals littéraires, il pourrait être piloté par le CNL ou les DRAC, de concert avec les villes.

 

Au ministère de la Culture, une réflexion sur le sujet est en cours : le précédent cabinet d’Audrey Azoulay avait renvoyé l’idée d’un fonds dédié au… CNL, alors même que le budget de l’établissement ne le permettait clairement pas. Si les équipes de Françoise Nyssen sont mieux disposées, difficile de ne pas en profiter.

 

Pour exposer le problème économique que posent ces questions de sécurité, il suffirait par exemple de chiffrer l’ensemble des dépenses effectuées par les 87 manifestations que soutient le CNL. Et de comparer les investissements en la matière avant le 13 novembre 2015 et par la suite. 

 

Bien entendu, on peut toujours s’interroger sur l’efficacité d’une équipe de sécurité tournant avec des chiens, matraques et lacrymos, face à des fous arrivant avec des armes lourdes. « On se retrouverait totalement démunis, évidemment », indique-t-on. « Ce n’est pas pour autant que l’on ne doit rien faire… »



Lire en poche, le salon de Gradignan dédié aux petits formats