Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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“Un salon doit travailler la médiation : ce ne sont plus des livres sur des tables”

Nicolas Gary - 30.04.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - salon livre Geneve - Genève maison francophonie - livre lecture médiation


Le soleil brillait doucement sur Genève, alors que s'achevait la 31e édition du salon du livre et de la presse. Isabelle Falconnier, présidente de la manifestation et Adeline Beaux, directrice, préparent déjà le prochain rendez-vous. Retour sur l'aventure de 2017, qui n'a pas manqué de belles réussites.


stand du Québec
stand du Québec - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

« Nous avons cette année eu la confirmation de tendances qui sont dans l’air du temps : par exemple les nouveaux auteurs, venus du web, suscitent un grand intérêt », analyse Isabelle Falconnier. « C’est ce que nous souhaitons incarner et mettre en évidence auprès des visiteurs. » Des figures comme Emma Verde ou Lolywood ont en effet rencontré un incontestable succès, particulièrement bien canalisé par les auteurs, justement.

 

L’affluence aux tables rondes de Jean-Christophe Ruffin face à Dany Laferrière ou Tariq Ramadan en débat avec Pascal Bruckner, sont quelques autres indicateurs. « Les grandes figures littéraires parviennent à mobiliser l’attention des lecteurs, et attirent beaucoup de visiteurs. C’est la même chose pour Marc Levy, dont la séance de dédicace fut particulièrement longue. »

 

Le grand écart entre les auteurs peu connus et les stars du livre se ressent alors plus fortement — on compte alors sur la curiosité pour attirer l’attention ailleurs. Ce fut notamment le cas après l’intervention d’Alexandre Jollien, philosophe suisse, qui connaît aujourd’hui un retentissement francophone (voir Éloge de la faiblesse, Ed. du Cerf, 1999).
 


Danny Laferrière et Jean-Christophe Ruffin - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Remarquable également la conférence de Kamel Daoud sur la scène Philo, qui fut un moment fort de la journée de samedi. « Cette scène était un défi quand nous l’avons montée, et pourtant toutes les rencontres proposées ont facilement trouvé leur public. » Orienté autour de débats de sociétés sur la spiritualité, l’espace a particulièrement questionné la place de la religion dans la société.
 

Stand by me : le salon du livre de Genève en 9 petites folies

 

Les intellectuels qui s’y sont succédé — Rachid Benzine, Luc Ferry ou Thomas Guénolé — sont des « personnes dans un questionnement constant. La vie de cet espace implique une animation forte, mais la personnalité des écrivains fait que le public est au rendez-vous », poursuit Isabelle Falconnier. 

 

Travailler de nouvelles médiations autour du livre
 

« Nous avons la chance d’avoir un public généreux, attentif et curieux », ajoute Adeline Beaux. « Et surtout, respectueux des intervenants, ce qui est essentiel : la qualité de ces rencontres découle aussi de ce que chacun se sent en sécurité. »

Année après année, Genève explore des solutions de médiations qui encourageront les gens à découvrir les espaces. Et du côté des exposants, cette démarche s’impose : « On ne peut plus se contenter de venir avec des livres. Tout ce que nous faisons va dans cette direction et nous souhaiterions que la réflexion soit portée et partagée. »


Kamel Daoud
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

C’est ce qui a par ailleurs pu se dérouler avec les Assises professionnelles de l’édition francophone et suisse. « Les participants étaient visiblement heureux des thématiques abordées et du réseautage proposé. Cela dit, ici pas plus qu’ailleurs, nous n’avons de baguette magique résolvant toutes les interrogations », note isabelle Falconnier. La bascule vers un système proposant trois ateliers au cours de l’après-midi dynamisait en effet les échanges. « L’important est que chacun reparte riche de nouvelles informations et d’idées. »

 

Les autres grands espaces thématiques n’ont pas démérité non plus : l’espace Young Adult avait intégré la Romance. « L’an prochain, il est probable que nous étudierons justement une nouvelle approche pour développer la médiation dans ce domaine. Des acteurs comme Bragelonne, Hugo et Cie ou Harlequin ont une communauté de lectrices fidèles. La création d’une scène est possible, car nous aimerions en faire davantage. »
 

Inédit : retrouvez le premier ping-pong littéraire


D’ailleurs, soucieux de faire progresser la manifestation, les organisateurs ont sollicité auprès de Bertrand Morisset de l’agence Tome 2, un audit de l’événement. « La difficulté de grands salons aujourd’hui réside dans le renouvellement de leur stratégie, et le développement de leur attractivité », expliquait l'ancien commissaire général du Salon du livre de Paris à ActuaLitté. « Genève dispose d’un très beau potentiel. » L'audit devrait être remis dans le courant du mois de mai : à partir de ces conclusions, de nouvelles pistes pourront être envisagées.
 

"La maison de la francophonie"


Reste alors l’invitation du Québec cette année : « L’action du Salon vers la francophonie se consolide chaque année : c’est de toute manière une évidence à nos yeux, tant pour les auteurs des pays arabes, africains que du Québec. » Les échanges avec la délégation, particulièrement satisfaite des ventes réalisées durant la manifestation, « sont tout bonnement fantastiques. Ils reviendront l’an prochain, et notre relation avec les auteurs n’en est que plus fructueuse. Et les visiteurs de Genève ont pris l’habitude de rencontrer les auteurs au cours de ces années : certains sont très attendus ».

 

Des programmes d’échanges entre éditeurs suisses et québécois sont en cours de réflexion, pour profiter mutuellement de dynamiques. « Le salon de Genève, c’est la maison de la francophonie, et à ce titre, nous aimerions développer la présence de Wallonie Bruxelles. C’est une région dont nous pourrions faire mieux connaître la littérature — d’autant qu’elle a de nombreux points communs avec la Suisse romande, en tant que minorité linguistique d’un pays. »

 

Ouvrir la porte aux auteurs et éditeurs belges, permettrait d’ailleurs de pallier une situation étrange, « la littérature du Québec est presque plus connue que celle de Wallonie Bruxelles ». L’an prochain, ce sera le canton du Valais qui sera mis à l’honneur, bien plus proche de Genève. L'an passé, l'édition avait fermé ses portes avec près de 95.000 visiteurs : deux heures avant la fermeture, on enregistrait plus de 89.000 visiteurs.

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