Un Salon plus professionnel et plus international pour Paris

Clément Solym - 16.02.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon du Livre 2012 - Bertrand Morisset - Paul Otchakovsky-Laurens


À un mois de l'inauguration du Salon du Livre de Paris, le commissaire général Bertrand Morisset et l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, président de la commission pour l'avance sur recettes et de la SCELF, reviennent sur l'importance grandissante du Salon dans les relations commerciales entre éditeurs et producteurs. Et soulignent son aura qui s'étend désormais au-delà des frontières.


On n'écrira pas que Bertrand Morisset se rengorge, mais pas loin. En tout cas, il semble fier lorsqu'il souligne que l'on parle désormais du Salon du Livre de Paris à « Bologne, Londres et Francfort », là où les plus gros accords entre éditeurs et producteurs sont finalisés. Avec 1200 éditeurs et une quarantaine de pays représentés, le Salon du Livre vise désormais à maintenir une place incontournable dans les relations entre éditeurs et producteurs.

 

 

Pour la quatrième année consécutive, c'est un véritable « Salon à l'intérieur du Salon » que constituent les rencontres des droits audiovisuels de la SCELF (Société Civile des Éditeurs de Langue Française) : une sorte de « speed-dating des éditeurs et des producteurs » comme l'expliquent eux-mêmes Bertrand Morisset et Paul Otchakovsky-Laurens. Soit 30 minutes pour qu'une soixantaine d'éditeurs et une bonne centaine de producteurs « français ou francophones » fassent leurs petites affaires. Les éditeurs s'inscrivent préalablement sur le site de la SCELF, présentent jusqu'à cinq oeuvres et croisent les doigts pour parvenir à un accord.

 

Car la cession des droits dérivés représentent une véritable manne pour les auteurs et les éditeurs, qui dégagent « une marge très nette » dont la répartition varie mais tourne souvent autour du 50/50. Une mine d'or, à tel point que « certains auteurs dont la notoriété est suffisamment élevée se passent de l'éditeur pour céder leur droit » souligne Paul Otchakovsky-Laurens. Lucratif, le marché n'en reste pas moins mystérieux, puisque tous les chiffres sont cachés par les éditeurs, aussi bien ceux de l'adaptation que ceux de « l'opération inverse », c'est-à-dire la novellisation des oeuvres cinématographiques.

 

Et organisateurs, éditeurs et producteurs de rêver ensemble à un rendez-vous rendu international par cette ouverture d'esprit : on espère ainsi que les honneurs réservés au Japon (le pays invité pour 2012) pourront « changer le paysage » des éditeurs japonais, plutôt frileux à l'idée de céder leurs droits d'adaptation ou de numérisation au marché français.

 

 

Pour « ne pas s'enfermer dans la routine », Bertrand Morisset insiste sur les 5 axes programmatiques qui génèrent débats, rencontres et projections, alimentant les rencontres et l'émulation auteur/éditeur/producteur. Selon lui, là où « Londres, Francfort et Bologne dealent de manière sèche, font du commerce sans contenu, le Salon du Livre de Paris regarde à 360° ». Puis il détaille : Foenkinos, Morgan Sportès et Julien Rappeneau (entre autres) sur les interprètes du roman, le Marsupilami, Beigbeder « sans Libérati », Delphine de Vigan... Que du beau monde pour « intéresser le public » au détriment sûrement de la découverte : Foenkinos, Beigbeder et le Marsupilami ne sont pas les plus à plaindre en matière de promotion (une visibilité inversement proportionnelle à la qualité des productions, ajouteront les mauvaises langues).

 

Jouer le jeu de l'internationalisation oblige souvent à se compromettre : ainsi, l'accès aux rencontre SCELF est désormais payant pour les éditeurs, qui devront débourser 300€ pour une place, tout en restant gratuit pour les producteurs. Pour participer, « le passage par la SCELF est obligatoire », précise Paul Otchakovsky-Laurens, « et tous les membres de son administration sont présents ». À voir la liste, rien d'étonnant : Editis, Hachette, Albin Michel, Flammarion, Minuit, P.O.L... « L'Ile-de-France a pris une table, qui a été mutualisée pour plusieurs petits éditeurs, une solution envisageable » fait-on valoir. Jusqu'à présent, les cotisations des membres du SCELF, le soutien de la SOFIA (organisme public qui répartit les droits perçus sur les prêts en bibliothèques) et du Centre National du Livre suffisaient à couvrir les frais des rencontres.

 

Organisé par Reed, le Salon n'est « financé que par des fonds privés et ne reçoit pas de subventions » souligne Bertrand Morisset, tout en admettant que « l'affaire reste rentable ». On n'en doute pas, puisque 180000 visiteurs s'étaient rendus Porte de Versailles en 2011 : un bilan que l'organisateur compte dépasser en instaurant des « réflexes pavloviens pour se rendre au Salon ». Pour les créer, il mise sur les Assises du numérique, prévues le vendredi matin pour les professionnels, autant que sur les expositions ouvertes au grand public, consacrées à la Bit Lit, au manga Naruto ou, plus audacieux, à l'auteur Pierre Benoit (« notre petite polémique » sourit Bertrand Morisset) et aux maquettes des architectes de bibliothèques.

 

Le commissaire général promet également un forum rassemblant une vingtaine de philosophes européens, et souligne que la maison d'édition IMAZ « a choisi le Salon pour le lancement du nouvel album d'Iznogoud ». La partenariat avec la librairie Gibert Joseph a été reconduit, et la scène numérique sera présente avec Sony, de retour, Bookeen et surtout Amazon, qui disposera d'un stand proposant ses Kindle aux visiteurs. Google et Apple ont, eux, décliné l'invitation.

 

Bertrand Morisset nous prévient pour terminer : qu'on ne présente plus le Salon comme la « plus grande librairie de France » ! Qu'il se rassure, on l'a bien compris : l'objectif ouvertement affiché est l'ancrage commercial du salon, avec, toujours en ligne de mire, « un grand écart permanent ». Toutefois, gare au claquage.