"Une poésie génheureuse avec la générosité comme source de bonheur"

La rédaction - 27.05.2015

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Valérie Rouzeau - Saint-Malo


Quand Guy Chambelland publiait Valérie Rouzeau pour la première fois en 1989, le prix Robert Ganzo n'existait pas. Le prix Apollinaire, oui, depuis bien longtemps. Ces deux prix, consécration dans la carrière d'un(e) poète, ont été attribués à Valérie Rouzeau. Le prix Apollinaire en 2012, le prix Robert Ganzo, l'a été lors du week-end d'Etonnants Voyageurs à St Malo ce 24 mai. Retour sur le cours d'une carrière bien remplie en plus de 25 ans.

 

 

Valérie Rouzeau Saint Malo 2015 prix poésie

Valérie Rouzeau, CC BY SA 2.0

 

De l'eau sous les ponts…

 

Guy Chambelland avait appelé sa maison d'édition « Le Pont sous l'eau », quel beau présage pour un poète qui commence à publier que cette promesse de longévité et de débordement à la fois. Plus de trente ouvrages, huit traductions de l'anglais (Sylvia Plath, Ted Hughes, William C. Williams), de nombreuses participations en anthologies, revues, etc., quelques paroles de chansons pour le groupe Indochine… Bref, une carrière bien remplie pour une auteure qui démarrait donc chez Chambelland, dans l'insouciance de ses vingt-deux ans, avec un recueil intitulé Je trouverai le titre après

 

Et bien le titre, Valérie Rouzeau le trouvera bien quelques années plus tard. Ce sera en 1999 Pas revoir, édité chez Louis Dubost (autre grand passeur de poésie et découvreur de poètes), sans doute parmi les plus belles et émouvantes pages de la littérature pour écrire la mort et l'absence du père. Ce magnifique ouvrage, aujourd'hui réédité depuis 2010 à la Table Ronde, a été un grand succès de librairie (pour un ouvrage de poésie contemporaine) avec plus de 10 000 exemplaires vendus.

 

Puis pendant plus de dix ans, Valérie Rouzeau va poursuivre son travail de déconformisation de la langue et de ses rythmes avec des ouvrages comme neige rien (Unes), va où mais aussi récipients d'air ou bien quand je me deux (Le Temps qu'il fait) ou encore mange matin (L'Idée bleue). Vous l'aurez compris Valérie Rouzeau aime jouer avec les mots, sans propos intellectualiste, qui découragerait d'emblée tout nouveau lecteur découvrant la poésie.

 

Comme de nombreuses femmes poètes, elle explore les sens et recherche l'émotion et c'est cela qui nous touche dès la première lecture, avec un style qui n'appartient qu'à elle, fait de liberté, de télescopages et de décomplexions et de générosité. On ne pourra pas dire qu'elle n'y met pas du sien dans ses livres. Ses amours, ses amis, ses états d'âme, ce qu'elle vit, ce qu'elle voit, ce qui va ou pas (quand je me deux). Son enfance et ses trafics de rêves, la rue Gabriel Péri, les petits instants anodins, ses auteurs d'amis, et puis Robert et puis Fallou. Une poésie génheureuse avec la générosité comme source de bonheur…

 

Vrouz, le fleuve revisité

 

En 2012, à la Table Ronde, est publié Vrouz s'ouvrant sur un « bonne qu'à ça ou rien » tout en la modestie dont fait preuve Valérie Rouzeau, mais qui montre bien que la poésie occupe toute la place dans sa vie. Vrouz biographie dans la « forme sonnée », donc sonore, du sonnet. Mais un sonnet aux rives revisitées par Valérie Rouzeau. Il y avait le sonnet selon Jacques Roubaud, il faudra désormais compter sur celui façon Rouzeau. Antoine Emaz évoque un « poème qui n'a pas pour objectif d'être un pur travail de la langue ; il est là pour porter une vie ». Et Vrouz est bien cet autoportrait d'une vie loin des fleuves tranquilles à la fois « vie mal possible » et pointes d'espoir (« et ton rêve tient debout tout seul même quand tout tremble »).

 

La même année, le 74e prix Apollinaire, considéré comme le Goncourt de la poésie a couronné cet ouvrage. Valérie Rouzeau s'inscrit dans un palmarès qui compte tous les plus grands poètes français des 20e et 21e siècles. Peu après, la une du Matricule des Anges lui est consacrée. Son nom commence à se faufiler dans les mémoires des libraires et des bibliothécaires, puis des lecteurs. Yvon Le Men utilise même l'expression « vrouzer la langue » pour parler du style de Valérie Rouzeau. Vrouz comme une accélération d'un bateau qui commence à faire sillage…  

 

Ou la rive azurée

 

Dernière étape de ce périple fluvial en compagnie de Valérie Rouzeau, Saint-Malo (et sa rive non pas azurée de l'anagramme mais plutôt émeraude et ensoleillée en ce jour…) où ce 24 mai elle reçoit le prix Robert Ganzo après Dominique Sampiero, Serge Pey, Marie-Claire Bancquart pour ne citer que les plus récents. Ce prix est attribué par un jury de poètes présidé par Alain Borer et en présence de Margarita Perez-Ganzo et Manuel Vich-Ganzo, fille et petit fils du poète vénézuélien. Il veut récompenser « un poète d'importance, un aventurier du verbe et de la vie, un passeur d'émotions et de défis, un arpenteur de grand large et d'inconnu ».

 

C'est avec une grande émotion que Valérie Rouzeau a reçu ce prix sous les « applaudissements qui nourrissent », selon les mots d'Alain Borer, président du jury. Alors, vers quelles contrées, quels nouveaux rivages nous embarquera Valérie Rouzeau pour les vingt-cinq prochaines années ?

Denis Heudre

 

 

Pas revoir suivi de Neige rien, La Table Ronde, collection la petite vermillon

Va où, La Table Ronde, collection la petite vermillon

Vrouz, La Table Ronde, collection vermillon

 

En savoir plus sur le prix Robert Ganzo

Accéder au site du festival Etonnants Voyageurs