Vargas Llosa, un Nobel de littérature récompensant plus que des livres

Clément Solym - 08.10.2010

Culture, Arts et Lettres - Salons - jury - candidat - présidence


 C'est « une reconnaissance de la littérature latino-américaine et en langue espagnole » a déclaré l'écrivain à la radio colombienne RCN. « Cela doit tous nous réjouir » a-t-il ajouté.

À première vue, Mario Vargas Llosa est un homme humble. « Je ne pensais même pas être parmi les candidats », fut ainsi sa première réaction depuis New York, son lieu de résidence.


L'homme est né le 28 mars 1936 à Arequipa au Pérou. Il est ensuite placé, à l'âge de 14 ans, à l'Académie militaire Leoncio Prado de Lima. Un mauvais souvenir, que l'on retrouve tout au long de son œuvre, en particulier dans La Ville et les Chiens (1966, La Ciudad y Los Perros). Il étudie par la suite à l'Université San Marcos de Lima. À côté, il est correcteur, puis participe aux chroniques de certaines revues littéraires (El Comercio).

C'est à ce moment que la politique entre dans sa vie, sous la forme d'une branche étudiante du Parti Communiste péruvien. Il s'en détourne, déçu par la ligne staliniste observée sur les arts et la littérature. La révolution cubaine le fait un temps revenir vers le Parti, avant qu'il ne quitte ses idéologies de jeunesse définitivement.

Il finit ses études à Madrid, avant de publier son premier ouvrage, un recueil de nouvelles remarqué, les Caïds (1959, Los Jefes). Il s'envole ensuite pour la capitale parisienne. C'est à partir de ce moment qu'il devient une figure du « réalisme magique » latino américain, mouvement qui sévit durant les années 1960-1970. Citons La Maison Verte (La Casa Verde, 1965), Pantaleon et les Visiteuses (1973, Pantaleon y las visitadoras) une critique des intolérances religieuses et militaires.

Il rencontre un succès de taille pour La Guerre de la fin du Monde (1981, La Guerra del Fin del Mundo), une épopée politique dans le Brésil de la fin du XIXe. Il est ensuite candidat à la présidence du Pérou en 1990. Candidat de centre droit, il soutient alors un programme libéral.

L'insoumis

Une seconde vie politique, bien plus médiatisée, commence alors. Vargas Llosa publie des colonnes d'opinions en Amérique latine comme aux États-Unis. Il y fustige les mouvements progressistes, le Pérou et l'Amérique latine en général. Il écrira, à propos de l'Argentine : « c'est une pseudo-démocratie où à chaque élection quelques factions et bandes péronistes se disputent et se répartissent le pouvoir face à la pitoyable impuissance de l'opposition pygmée » (El Païs). En 2010, il démissionne de son poste de président du Musée de la Mémoire péruvien, et attaque le président Alan Garcia dans une lettre ouverte.

C'est ce caractère de rebelle éternel (l'homme a 74 ans) que le jury du prix Nobel a récompensé. Très exactement, c'est "pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses représentations incisives de la résistance, de la révolte et de la défaite de l'individu". Il est le troisième écrivain latino américain récompensé, après le Mexicain Octavio Paz en 1990, et le Colombien Gabriel Garcia Marquez en 1982.

Faire un tour...

Alors que les pressentis devaient être à l'affût, Mario Vargas Llosa, un nom qui revient pourtant souvent pour le Nobel, est passé complètement à côté de l'événement : « j'ai cru que c'était une farce. On avait fait à Alberto Moravia (écrivain italien, ndlr) cette blague perverse ». Pas chamboulé pour un sou, il n'en a plus l'âge, le septuagénaire est déjà tourné vers l'avenir. Au sujet de l'annonce de l'attribution du prix Nobel, il a déclaré que c'était « une bonne manière de commencer une journée new-yorkaise ». Avant de terminer sur un désinvolte « J'ai envie d'aller me promener à Central Park ».