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Vladimir et Estragons, immigrés en Normandie pour attendre Godot

Louis Mallié - 20.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Beckett - Caen - Absurde


La célèbre pièce de Samuel Beckett a trouvé une interprétation nouvelle - et inédite. La Comédie de Caen (CC) a dévoilé ce mardi une mise en scène de Jean Lambert-Wild (directeur de la CC), Lorenzo Malaguerra (directeur du Théâtre du Crochetan à Monthey en Suisse ), et Marcel Bozonnnet (ancien directeur de la comédie française). Ces derniers ont choisi de montrer Vladimir et Estragon comme deux immigrés. Une portée politique de la pièce évidente selon eux, indique l'AFP.

 

beckett

Cerulean5000, CC BY 2.0 

 

 

Les deux personnages principaux sont incarnés par les acteurs ivoiriens Fargass Assandé et Michel Bohiri. Pozzo, représentant cruel de l'humanité, est ici représenté en clown blanc, tenant en laisse Lucky dans un costume qui rappelle cette fois-ci un détenu d'un camp de concentration - thème récurrent dans les mises en scène de Jean Lambert-Wild. 

 

« Je pense qu'il s'agit d'un texte éminemment politique. Je me suis demandé qui sont Vladimir et Estragon. À partir du moment où on pense qu'ils pourraient être deux immigrés clandestins en attente d'un passeur, tout résonne autrement. Pour moi cette lecture politique est évidente », explique-t-il. Lui-même tient le rôle de Lucky, aux côtés de Marcel Bozonnet en Pozzo.

 

Nombre de spectateurs ont apprécié la dimension neuve que prenait l'oeuvre jouée par des comédiens ivoiriens. « C'est très intéressant d'avoir choisi des acteurs africains. Les phrases de Beckett ont un sens qu'elles n'avaient pas avant [le texte date des années 1952] , puisqu'on était dans notre petit monde à chapeau melon », a commenté Stéphane Gilbart, un critique luxembourgeois de l'association internationale de la critique de théâtre (AICT).

 

Mais la plus grande innovation de cette nouvelle mise en scène réside dans l'attention plus grande portée à Pozzo et Lucky - attention habituellement portée sur les deux protagonistes qui ouvrent et ferment la pièce. « Quand, dans une sorte de no man's land, deux émigrés clandestins voient arriver un clown blanc tenant en laisse un auguste à pyjama rayé… c'est la mémoire de l'Occident qui surgit tout à coup » a précisé le directeur.

 

Or, « Ça fonctionne », a estimé l'Américaine Wendy Rosenfield. Une mise en scène neuve donc, qui fait résonner le texte différemment en jouant sur l'origine des comédiens, et l'importance nouvelle des personnages souvent considérés comme « secondaires ». 

 

Le spectacle continuera de se jouer jusqu'au 28 mars à Caen, avant une tournée en France et en Suisse qui s'achèvera fin mars 2015.