Comment Amazon vend les livres que les librairies n'ont pas (ou trop peu)

Nicolas Gary - 28.02.2019

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Les chiffres ont cela de têtu qu’ils fournissent des informations difficiles à contredire. Avec dans l’idée de comprendre comment ses ventes s’opéraient, une maison d’édition jeunesse s’est lancée dans un savant calcul : observer les canaux de vente et les mettre en perspective. Et en conclure qu'en cas d'absence en librairie, c'est internet qui rafle la mise.


crédit Editions MIjade

 
La tendance est connue : sur internet, et plus spécifiquement sur Amazon, se vendent des livres dont la mise en place en librairie est plus rare. Un éditeur de littérature blanche nous le confirme : « Il faut faire attention à la nature du livre : plus le sujet est spécialisé, plus il remontera dans les listes d’Amazon. C’est d’ailleurs vérifiable pour beaucoup d’ouvrages de type non fiction, avec un thème fort. »

Mais dans le cas présent de la littérature jeunesse, loin d’être spécialisée, on n’aurait pas mis un euro dessus.

Michel Demeulenaere, fondateur des éditions Mijade, n’en revenait pas : la hausse des ventes en ligne prenait pour lui des proportions considérables. « Nous sommes désormais à 23 %, en prenant Amazon et Fnac.com en considération. Mais pour certains de mes confrères, cela peut monter jusqu’à 50 % de leur activité », indique-t-il à ActuaLitté.
 

L'impact d'internet dans les ventes


Ces 23 % sont pourtant dans la norme, indiquent les données vérifiées auprès d’autres maisons et de diffuseurs. Dans le cas d’éditeurs qui tournent autour de 50 %, cette commercialisation compense toutefois la visibilité plus modeste, donnée à leurs titres. 

Fichier Excel en main, voici le détail opérationnel que l’éditeur retrouve, pour les ventes en ligne, avec un cumul Fnac.com et Amazon : 
• Albums : 16,9 % 
• Petits Mijade (collection petit format et albums 3-6 ans) : 31,41 %
• Romans et ZoneJ (lecteurs de 9-15) : 59 %

« Je me garderai d’affirmer que ce qui va suivre s’applique à tous les éditeurs pour la jeunesse », indique Michel Demeulenaere avec prudence. Cependant, on imagine traditionnellement que, au moins dans le cas des best-sellers, voire plus globalement, « la notoriété du livre est la source de nombreuses ventes en ligne ». 
 

Un effet bouche à oreille intéressant


Mais pour ce qui est de la maison jeunesse, les chiffres indiqueraient tout autre chose : l’internaute achète en réalité des ouvrages qu’il ne trouve pas en librairie. Et graphiques à l’appui, de nous préciser : « Les ventes des éditions Mijade sur Amazon sont inversement proportionnelles aux nombres de libraires qui acceptent les offices de ces collections. »

Une observation qui se confirme tout particulièrement avec la collection de romans pour préados et ados, ZoneJ, qui frôle les 59 %. « Elle est destinée au monde scolaire en Belgique, sans avoir trouvé sa place en librairie. Elle semble pourtant appréciée, en collège, et les enseignants, sur leurs blogs, en font régulièrement état », poursuit l’éditeur.

Si les albums de la maison sont « bien présents dans les librairies françaises, et merci à elles pour cela, les Petits Mijade ne rencontrent pas un franc succès ». Et d’évoquer un taux de 69,5 % pour l’office. « Certains libraires me le même disent assez franchement : “C’est une question de marge et d’ailleurs même vos albums sont trop bon marché.”. » Qu’en conclure ?
 

La nature a horreur du vide


Eh bien, que les lecteurs, eux, se précipitent sur la toile pour se procurer lesdits ouvrages, vendus entre 5,20 et 9 €, sans peine. « Le chiffre d’affaires cumulé des livres à petit prix vendus en ligne dépasse de 38 % celui des éditions plus chères », relève Michel Demeulenaere. 

D’autant qu’avec les cas du best-seller, Maman, dans la collection Petits Mijade, et d’un long-seller, La Chenille, en Album, les observations sont les mêmes. Le premier approche des 10 % de ventes sur internet, quand le second frôle les 20 %. Et ce, rappelons-le, alors pour les Petits Mijade, le commerce en ligne pèse pour 31,41 % et pour les Albums, 16,9 %. 

Or, le livre d’Hélène Delforge et Quentin Gréban, meilleure vente 2018 a été bien plus largement diffusée en librairie, avec pour conséquence de faire diminuer de moitié les achats sur la Toile. Idem, pour le titre d’Éric Carle : aux mêmes causes, les mêmes conséquences.


Commentaires
Certains peuvent le déplorer, mais force est de constater qu'Amazon pallie le manque de visibilité en librairie des livres publiés par les "petites" maisons d'édition. Petit éditeur, je fais le même constat que Michel Demeulenaere et je me réjouis qu'une alternative nous permette d'exister et ne pas disparaître.
C'est l'éternel problème des librairies physiques : le manque d'audace. J'aimerais voir les librairies prendrent plus de risques, nous surprendre davantage. Au lieu de ça, nous voyons trop souvent, à côté des classiques, les nouveautés qui cartonnent et une littérature plus confidentielle mais trop germanopratine.



Quand je cherche un livre, je suis systématiquement obligé de le commander. Malgré ça, je préfère encore le faire en librairie plutôt que sur Amazon.
L'audace commerciale quand le taux de rentabilité d'une librairie n'est que de 1,5% (l'un des plus faible parmis les commmerces de détail) c'est parfois un peu compliqué.

Amazon a la force de l'espace et des finances, la librairie doit naviguer entre les désirs de sa clientèle et les pressions des groupes éditoriaux qui tiennent les cordons de la bourse. Pas toujours évident.
Ah merci !!!!!!!! Voici un très bon résumé de la situation ! Pas les seules explications mais bien posées en peu de mots ! Merci !
Bonjour ! Mais l’audace est là dans beaucoup de librairies ! Mais il faut aussi qu’elle rencontre celle du lecteur ! 😉 et ce duo là met du temps parfois à se constituer !!!
Cela fait belle lurette que les libraires ne sont que des hangars à livres.

Les stocks situés dans les librairies n'appartiennent pas aux libraires mais aux éditeurs, grâce à la fameuse règle des retours. Autrement dit, la seule chose qui finalement compte chez un libraire, ce sont les mètres carrés.

Or, il est difficile de pousser les murs.

Chez amazon, l'espace de vente est virtuel, il n'y a aucune contrainte d'ordre matériel puisque tout est dématérialisé.

Dés lors, comment rivaliser?
Bonjour à vous ! Des hangars à livres 😱 mais non enfin ! Mais pas du tout ! Mais quelles sont les librairies que vous fréquentez ? La loi du retour ? Non plus ! Le MÉTIER de libraire est bien plus complexe que cela ! Plein, et de plus en plus, de contraintes mais pas fini !!!!!!! Oh non !
Je trouve les commentaires assez injustes envers les libraires : travaillant dans une petite librairie indépendante, mes collègues et moi devons faire des choix dans les livres que nous proposons à nos clients. Et justement, nous mettons un point d'honneur à nous démarquer de nos concurrents GSS en sélectionnant des ouvrages de maisons plus confidentielles.

Evidemment, nous avons aussi le best-seller du moment car nos clients ne comprendraient pas de ne pas le trouver en librairie.

Mais dans la mesure où l'éditeur propose des conditions viables pour le libraire et que ses livres sont de qualité, nous soutenons les livres que nous aimons avec la même ferveur quelle que soit la maison d'édition (voire plus pour les petits éditeurs).
🤘💪👊 oui ! Nous sommes d’accord ! Belle journée à vous et toute l’équipe !!
Vrai. On commande sur Amazon les livres qu'on ne trouve pas chers les libraires, trop bien pensants, trop convenus; hors la littérature est révolutionnaire et hors conventions.
Bonjour ! Dans quelles librairies allez-vous ? Allez chez de nombreux indépendantes, il y a de la différence, des tentatives, de l’audace ! Je pourrai vous citer certains lieux magiques pour ça ! Et posez-vous aussi la question des raisons des choix des libraires : elles sont complexes !
Je trouve les commentaires très surprenants. Beaucoup de ces derniers ne connaissent absolument pas le monde du Livre de la librairie. savez-vous quel est le nombre de nouveautés qu'il y a chaque année? savez-vous le nombre d'éditeurs qu il existe ? Lorsque je lis que les livres appartiennent aux éditeurs et pas au libraire parce qu'il y a ce fameux droit de retour je suis assez etonne de la meconaissance de la realite. Ce n'est pas un depot il y a bien une facture au départ et un traitement des retours très long. La toile permet de combler un vide mais une commande chez votre libraire peut mettre le meme temps que sur une marketplace. Et si ce nest pas le cas 1jour de plus est-ce dramatique ? Quel avenir pour nos commerces de proximités.
Un début de collecte de chiffres qui seraient intéressant d'analyser autrement que superficiellement car attention aux corrélation hasardeuses : "l’internaute achète en réalité des ouvrages qu’il ne trouve pas en librairie" pourrait bien être "la clientèle cible de cette collection n'est pas clientèle de librairie" ou "dans ce secteur d'autres concurrents ont davantage de succès et sont choisis préférentiellement par les points de vnet ou "dans ce secteur mes remises sont moins intéressantes que celles de mes concurrents et les libraires limitent les mises en place et réassorts" ou " dans ce secteur ma force commerciale est moins efficace pour place certaines collections chez les libraires car ils ne prennent pas les opés sur le fonds de telle collection"... . Pour analyser vraiment il faudrait voir par circuit de vente le taux de rotation de la collection en question quand elle est placée en magasin, et regarder le taux des autres articles du même segment, et voir aussi la politique de réassort (quelle remise par rapport aux autres éditeurs du même segment?), et pourquoi pas commander à l'observatoire du SLF une analyse pour cibler la raison du manque d'engagement des libraires sur cette collection? Bref, le tout début d'une analyse fort intéressante. J'espère qu'on aura la suite...
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