Existe-t-il une place pour la lecture entre les enfants et les écrans ?

Nicolas Gary - 13.10.2018

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On les accuse de tous les maux, possiblement à raison : les enfants et les écrans, l’histoire d’amour tourne au vinaigre pour les parents. Alors qu’une richesse éditoriale réelle est proposée dans la littérature jeunesse, comment lutter contre l’attractivité des tablettes et autres smartphones ? 


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Brad Flickinger, CC BY 2.0

 

 

À l’occasion de la journée professionnelle du salon Lire en Poche à Gradignan, Laurent Audoin, illustrateur, et Mélanie Decourt, éditrice chez Nathan, étaient invités à débattre. Sylvie Nerisson (IUT Métiers du livre à Bordeaux Montaigne) animait la rencontre. 

 

Le livre numérique et l'écran : une impasse 
 

Le sujet du numérique, en tant qu’exploitation d’une œuvre, est rapidement écarté — trop peu de revenus liés, ou l’impossibilité de rendre la richesse et l’originalité du livre objet. Mélanie Decourt note toutefois que la relation du livre aux écrans passe avant tout par l’exploitation audiovisuelle.

 

« Nous disposons d’un service pour la cession de droits étrangers, mais il reste rare de parvenir à les vendre. Ce sont des heures de négociations et d’aller-retour entre éditeur, producteur et auteur. » Un travail considérable. Les droits de traduction sont plus aisés à négocier, et interviennent dans l’équilibre économique de la maison. « Sans ces ventes, une maison ne gagnerait pas sa vie. C’est presque une obligation. »

 

Pour l’auteur Laurent Audoin, le principe de l’adaptation audiovisuelle a « des effets pervers dans l’esprit des parents. Il l’envisage comme un produit dérivé. Or, mon travail n’est pas de faire du dessin animé : ce qui m’anime, ce sont les livres, et que les enfants les lisent ».

 

Et de poursuivre : « Pour moi, c’est une catastrophe que d’envisager des versions numériques : comment faire en sorte que sur une tablette, toute la diversité des formats de livres fabriqués puisse exister ? » De toute manière balaye l’éditrice, le marché ne représente pas d’attrait économique pour les albums jeunesse. « Contractuellement nous produisons, parce que l’auteur pourrait céder ses droits à une autre maison. Mais faire un PDF ne présente pas grand intérêt et une application coûte terriblement cher. Le numérique, en jeunesse, c’est uniquement pour les romans ados ou Young Adult. Et encore… »

 

Une décharge de dopamine durant la lecture ?
 

Mais alors, ces écrans ? « Je comprends très bien, pour des romans classiques, le confort que cela représente, que d’avoir des versions numériques. Et la liseuse est une option intéressante », reprend Laurent Audoin. En revanche, le smartphone est un poison. « C’est une occupation permanente, il représente une activité constante, et quand il ne se passe rien, on vérifie tout de même, presque inquiet de n’avoir pas de notification. »

 

L’éditrice ajoute : « Les études nous montrent que la génération Digital native dispose d’une rapidité d’analyse et d’une disposition au multitasking. » Or, dans le même temps, les principes de notifications des réseaux nourrissent l’égo et le corps en dopamine, du fait du retour immédiat qu’ils apportent. « C’est le modèle de récompense du jeu vidéo, que le livre n’apporte pas. Lutter dans ces conditions est difficile. »


Sylvie Nerisson, Laurent Audoin, Mélanie Decourt
Sylvie Nerisson, Laurent Audoin, Mélanie Decourt et Vincent Monadé, président du CNL
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Des opérateurs comme Kobo ont bien tenté de mettre en place dans leur liseuse des outils de récompenses, quand on finit un livre ou selon les comportements de lecture. Mais la passerelle est encore lointaine, et plus réservée au noir.
 

Adapter le rythme de parution, se rapprocher de Netflix

 

Quant à écrire des livres qui seraient lisibles en trois minutes, « il n’en est pas question », se révolte Laurent Audoin. « Il est pour moi plus important de travailler sur les couleurs pour solliciter l’œil et l’esprit », explique-t-il. Mélanie Decourt renchérit : « Nous essayons de jouer avec les codes graphiques du jeu vidéo, notamment en illustrant des romans pour 8/13 ans — c’est le cas de la série Les chevaliers des Gringoles. »

 

Pourtant, les nouveaux écrans — entendons les nouveaux usages, type streaming pour les séries — incitent l’édition à revenir vers d’anciennes pratiques. « Le rapport aux séries et à la boulimie de consommation nous apporte des indices. On va tenter de reproduire leur rythme, comme le proposaient les feuilletons du XIXe siècle dans la presse, pour se rapprocher de cette “addiction” que l’on a dans notre rapport aux séries. » Et donc, de moduler le rythme de publication avec une approche plus serrée.

 

Quant au travail audio ? Outre-Atlantique, le groupe Hachette collabore par exemple avec Amazon autour de l’enceinte Écho pour produire des adaptations de livres jeunesse en audiobooks lus par Alexa. Pour l’heure, Nathan n’en est pas là : « Nous avons des versions audio, notamment pour une collection destinée aux enfants dyslexiques, et d’autres expérimentations qui ont eu cours. » 




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