Frisson, la collection millionnaire terrifie les enfants depuis trente ans

Nicolas Gary - 15.11.2018

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#SALONLIVREMTL18 – Fondée en 1968, Éditions Héritage a accompagné des générations de jeunes lecteurs au Québec. Quand Jacques Payette se lance dans la littérature jeunesse, c’est avec un projet familial. Lui-même fils d’imprimeur, ses huit enfants seront passés dans l’entreprise de leur grand-père. Et aujourd’hui, c’est Sylvie Payette qui tient la boutique. 


Heritage - Dominique et Cie
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Depuis ses premiers temps, Héritage propose des textes pour les enfants de 0 à 14 ans : beaucoup de fiction, peu de biographies, mais surtout un sens aigu des collections. « On garde l’esprit de famille », souligne Sylvie Payette. « Nous aimons ces séries qui s’intègrent dans le catalogue et qui agrandissent la famille, justement. » 

 

Aujourd’hui, le fonds compte 1000 titres, et 120 nouveautés par an — et se prolonge l’exigence littéraire, autant que le souci de l’illustration juste. Leur plus ancien titre, Surreal 3000 de Suzanne Martel, est aujourd’hui toujours réédité, « à la demande des libraires qui savent nous informer quand il leur en manque ». 

 

Mathilde Singer, directrice littéraire de la maison, précise : « C’est une époque où l’on ne faisait pas beaucoup de livres pour les enfants au Québec. C’était plutôt des importations de titres européens. Suzanne Martel écrivait pour ses enfants, et son livre, de la science-fiction en réalité, est devenu un symbole pour nous. » L’ouvrage fut publié originellement en 1963, avant d’intégrer Héritage par la suite.

 

« Aujourd’hui, je dirais que 85 % de notre fonds continue de vivre, parce que nous nous y employons. Quand un auteur a créé un livre, nous cherchons toujours à le pousser, lui donner plus de souffle. C’est un principe de continuité que nous avons ancré dans notre maison », reprend Sylvie Payette. 

 

Frisson, plus d'un million d'exemplaires venus

 

Mais la maison Héritage est aussi connue des lecteurs pour sa collection Frisson (marque déposée). Débutée dans les années 90, elle compte une centaine de livres, essentiellement des traductions avec en figure de proue des auteurs comme RL Stine. « Nous avons vendu plus d’un million d’exemplaires de cette collection, mais avec le temps, elle a forcément vieilli », s’amuse Sylvie Payette. « Nous avons sollicité les fans, les anciens lecteurs, écouté les bibliothécaires qui nous demandaient plus de littérature… »

 

Et la collection a rejailli : en 2015, un renouveau s’installe. « Il fallait moderniser les textes : le fil d’un téléphone coupé, aujourd’hui, ça n’a plus vraiment de sens. On a repris les traductions, et apporté des éléments plus contemporains — comme des SMS. Toute une actualisation pour être plus raccord avec le public adolescent d’aujourd’hui », continue Mathilde Singer. 


Heritage - Dominique et Cie
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Le travail entamé, c’est une vingtaine de livres qui a été reprise. Les livres, auparavant publiés en poche sortent en grand format, pour produire un objet plus significatif. Le chapitrage est plus court, avec une approche cinématographique marquée. « Ce sont des histoires qui font peur, mais ne versent pas dans l’horreur sanguinolente. » Et dans le même mouvement, la collection se ramifie avec Sang pour sang québécois, des titres « d’auteures québécoises, qui étaient lectrices de Frisson quand elles étaient plus jeunes ».

 

Gagner les nouvelles générations de lecteurs implique également de pouvoir « évoquer leurs questionnements. Les auteurs ont un style plus naturel, presque oral. Et on ne plonge jamais dans le fantastique : tout pourrait être réel, et même si l’imagination des personnages les pousse vers des fantasmes et de l’horreur, les actions restent ancrées dans le réel », insiste Mathilde Singer.

 

Des frissons pour garçons et filles
 

Et pour compléter le panorama, est venue Mini-Frisson, pour les 9 ans et plus, avec sept titres écrits par des auteures québécoises, dont Nadine Poirier, Carolyn Chouinard, Carole Tremblay. « Chacune a inventé un univers, et puise des modèles de narration de quoi provoquer ces petits frissons. »

 

Fait notable, les livres mettent en scène tout aussi bien des garçons que des filles, et si seules des auteures comptent dans la collection Mini-Frisson, il ne s’agit pas d’une démarche volontaire, se défend Sylvie Payette. « Des livres écrits par des hommes arrivent prochainement. Et cette mixité des héros et héroïnes, c’est que les petites filles aiment aussi se faire peur : ce n’est ni une question d’âge ni de sexe. Plutôt de goût et de maturité ! » 

 

La seconde particularité de ces textes est de se développer dans un lieu du Québec, chaque auteur proposant son propre regard. 

 

Pour se lancer et découvrir, les deux romans de Stéphanie Gervais sont probablement les plus significatifs. Route 175 a déjà vendu 3000 exemplaires depuis avril, avec l’histoire d’un covoiturage qui vire à l’angoisse quand, traversant une grande forêt, les deux voyageurs se disent que quelque chose les guette…

 

L’autre, Le village, joue sur une ville fantôme, héritage du début du XXe siècle au Québec, quand les usines de pâte à papier ont fermé. Des villes entières se sont retrouvées vidées. C’est justement dans cet endroit que Gabrielle décide de passer un week-end de camping avec Alexis. Mais quelqu’un lui a définitivement tendu un vilain piège…


Heritage - Dominique et Cie
Mathilde Singer - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Jouer à se faire peur, un plaisir
 

« Les histoires de Frisson ne sont pas porteuses de messages sociétaux, d’enseignement pédagogique ni rien de la sorte. En revanche, ce sont des livres où les héros font de mauvais choix et en subissent les conséquences. Des enfants sages, qui ne prennent pas de drogue ni d’alcool, mais jouent avec le feu », conclut Sylvie Payette.

 

Pourtant, les ouvrages se prêtent bien à l’étude : Stéphanie Gervais, elle-même enseignante, a produit des fiches pédagogiques pour accompagner les professeurs qui souhaiteraient utiliser ses livres. « Les livres de nos auteur.e.s parlent de ce qui intéresse les ados : à eux, ensuite, de tirer les conclusions qui s’imposent », reprend Mathilde Singer.

 

« En fait, nous sommes souvent étonnés de découvrir l’âge de nos lectrices et lecteurs, parce que nous exerçons un regard d’adulte. Les enfants, les jeunes ados, savent que l’on est dans de la fiction et de la littérature. La dimension frissonnante de cette collection, c’est parce que l’on aime tous jouer à se faire peur. » Avec le sourire, évidemment.

 

 

Au Québec, Heritage (ainsi que sa filiale Dominique et Cie) assure sa propre diffusion, la distribution étant prise en charge par la Socadis. Pour la France, c’est Pollen qui se charge de l’ensemble de la diffusion/distribution.




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