Gallimard Jeunesse : le titre Petits contes nègres illustre “une démarche humaniste”

Antoine Oury - 04.05.2018

Edition - Petits contes nègres Blaise Cendrars - Blaise Cendrars raciste - racisme littérature jeunesse


C'est cette fois un titre qui crée la polémique : l'ouvrage Petits contes nègres pour les enfants des blancs, fut à l'origine publié en 1929 par Blaise Cendrars. Depuis réédité par Gallimard Jeunesse et en coédition avec Albin Michel Jeunesse et la Bibliothèque nationale de France, il a été pointé du doigt pour le mot « nègre ». Dans leur réponse, Albin Michel Jeunesse et Gallimard défendent une acception du terme semblable à celle que la négritude revendiquait.


Illustration de Jacqueline Duhême pour les Petits contes nègres de Blaise Cendrars, chez Gallimard Jeunesse

 

C'est sur le réseau social Facebook que la polémique est née, avant de grandir peu à peu : la page Décolonial News a publié deux photographies du livre de Blaise Cendrars, Petits contes nègres pour les enfants des blancs, dans l'édition de Gallimard Jeunesse, mis en vente à la Fnac de Valenciennes. Les clichés étaient accompagnés d'un texte : « Le conte negrophobe pour enfants remis en vente, les époques passent, mais le racisme lui perdure ! voilà ce que l'on trouve en 2018 sur les présentoirs de la Fnac de Valenciennes ! C'est comme ça en France que l'on inocule à des enfants la #negrophobie. »

 

La page avait tenté d'interroger l'équipe de la Fnac, qui avait refusé de s'exprimer sur le sujet, renvoyant d'abord les plaintes à l'éditeur avant de couper court en raison de la présence d'une caméra. D'après de nombreux commentaires publiés à la suite de ces posts, c'est bien le terme « nègre » du titre qui est visé, et non, a priori, les contes eux-mêmes. 

 

Sollicitée, la maison d'édition Albin Michel Jeunesse avait défendu le sens particulier du mot « nègre » contenu dans le titre : « Nous nous sommes interrogés sur ce titre, bien sûr, mais le terme “nègre” se range ici dans l'esprit de fierté et d'admiration qui est celui de la négritude et qui était déjà magnifié dans les années 1920 dans des revues et des anthologies. De plus, on ne réécrit pas un titre », nous expliquait Lucette Savier, responsable de la réédition des Petits contes nègres par Albin Michel Jeunesse et la Bibliothèque nationale de France, avec des bois gravés de Pierre Pinsard.

 

Les éditions Gallimard Jeunesse ont à leur tour réagi à la polémique, dans un communiqué de presse. « Nous voulons répondre à ceux qui nous interrogent sur ce titre ou remettent en question l’existence du livre dans notre collection Folio Cadet. Aujourd’hui, l’utilisation du mot “nègre” est choquante parce que péjorative. Mais il faut lire ces contes et connaître le contexte dans lequel Blaise Cendrars les écrit pour comprendre que rien n’est raciste dans ce livre », commence la maison.

 

« Blaise Cendrars est l’un des premiers, en France, à reconnaître la valeur littéraire des contes d’Afrique. En composant dans les années 1920 son Anthologie nègre puis ces Petits contes nègres, il a voulu faire valoir des traditions orales alors largement ignorées et rendre à l’art africain sa véritable place dans la littérature mondiale », explique Gallimard Jeunesse.

 

L’ethnologue Michel Leiris, qui a lutté sa vie durant contre le racisme et l’esprit colonial, co-fondateur de la revue Présence africaine, déclarera plus tard à propos de l’Anthologie nègre de Cendrars : « Plus qu’un livre, c’est un acte. » Un acte, en effet, qui préfigure ce que sera le mouvement artistique et politique de la Négritude développé par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas dans les années 1930. Ils détournent le mot « nègre » pour revendiquer l’identité noire, rejeter l’assimilation culturelle par l’Occident et s’approprier les drames de leur histoire. 

 

Pour Gallimard Jeunesse, « loin de trahir un quelconque racisme chez Cendrars, ce titre Petits contes nègres pour les enfants des blancs illustre au contraire la démarche humaniste de l’auteur ». Toutefois, la maison d'édition reconnaît le fait que le terme peut « donner lieu, en 2018, à de mauvaises interprétations et heurter certains » : pour y remédier, Gallimard Jeunesse s'engage à rappeler « le contexte historique et la démarche de l’auteur » dans l’ouvrage lors d’une prochaine réédition. « Une note explicative situera historiquement le texte de Cendrars, que nous défendons avec fierté depuis 1978 dans cette version illustrée par Jacqueline Duhême », indique l'éditeur. 

 

Édition : une réflexion sur les stéréotypes
dans les livres jeunesse et la BD

 

Qui ne se prive pas, malgré tout, de rappeler aux participants du débat que la lecture du livre reste incontournable : « Quant aux textes du recueil, si on prend la peine de les lire, ce sont ceux d’un poète amoureux de la langue, fasciné par les contes africains. En s’inspirant directement de cette tradition orale, en célébrant la puissance de cet imaginaire, Cendrars bouscule le langage et le récit pour créer la surprise, mêler le tragique et la farce, faire vivre dans un grand tout les animaux, la nature et les hommes… »

 





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