Gommer toutes les différences de traitement entre littérature jeunesse et adulte

Fred Ricou - 02.10.2017

Edition - littérature jeunesse Assises - rémunération auteurs jeunesse - relation auteurs éditeurs


Ce lundi avaient lieu les premières assises de la littérature jeunesse. Sous la houlette du SNEJ et de son président Thierry Magnier, c’est l’occasion pour le monde de l’édition jeunesse de « mettre à plat les problèmes de chacun ». C’est une première donc, mais certainement pas la dernière… 

 

Gilles Bachelet, au dessin, s’amusait toute la matinée à représenter les éditeurs en gros chats et les auteurs en petites souris. 


 

Un peu de retard ce matin pour ces premières Assises de la littérature jeunesse qui se déroulaient à la Bibliothèque Nationale de France.  Beaucoup d’acteurs de cette branche étaient présents : une grande majorité de maisons d’édition, des auteurs – surtout représentés par la Charte –, quelques libraires et autres associations ainsi que des journalistes spécialisés.
 

Créativité, inventivité et découverte


Les premiers discours, avant de réellement démarrer les discussions, saluent la tenue de ses assises à l’instar de Laurence Hegel, la présidente de la BNF, qui trouve ici « un très beau signe vers un pan entier de l’édition française » et assure que la Bibliothèque nationale travaille avec les différents acteurs du secteur et assure avec une certaine modernité que celle-ci ne craint pas de mêler « livre papier et livres numériques ».

 

Représentant Françoise Nyssen, qui n’avait pas pu être présente ce matin, Nicolas Georges de la DGMIC s’est voulu rassurant devant les professionnels. Il a rappelé que l’engagement de la ministre de la Culture sur la littérature jeunesse et que ces Assises faisaient ainsi la part belle à création. Le tout en saluant les éditeurs qui n’hésitaient pas à s’engager. L’ouverture des bibliothèques le dimanche fut également évoquée, en tant qu’elle permettra aux jeunes de se familiariser avec la lecture. De même, il faudra y revenir, la mise en place de formation des animateurs dans les centres de loisirs autour de la littérature jeunesse.

 

Par la suite, Pierre Dutilleul, le directeur général du SNE, a tenu à expliquer en quelques chiffres cette « littérature en mouvement » qui a fait 364 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016. Le secteur représente tout de même 13,5 % de parts de marché avec l’an dernier 16.500 nouveaux titres. « Imaginez la créativité que cela suppose », indique-t-il.

 

Thierry Magnier, président du groupe jeunesse au SNE, intervient enfin, assurant qu’après ces premières assises, « d’autres se tiendront ». Il importe qu’elles réunissent en effet l’interprofession autour d’un « duo central : l’auteur et son éditeur ». Ainsi, chacun peut « mieux se connaître, pour mieux travailler ensemble ».

 

Entre éditeurs et auteurs, en amont

 

La première table ronde commençait sur le thème « Du projet à l’objet » modéré par Brigitte Leblanc, directrice éditoriale Gautier Languereau et Hachette Jeunesse. Trois participants : l’auteur et illustrateur François Place, Jean-François Saada, directeur artistique chez Gallimard jeunesse et Alix Willaert, chef de fabrication chez Albin Michel.

 

François Place, narrant un rendez-vous avec son banquier où il expliquait ses difficultés financières, a permis de resituer l’enjeu et l’origine de ces Assises : « Soit j’ai une bourse du CNL, soit je vends ma maison pour continuer mon projet. » Commentaire de Brigitte Leblanc, modératrice/éditrice : « Oui, nous travaillons avec de tout petits budgets. » Dont acte.

 

Les différents participants se sont ensuite entendus sur le fait que le travail de l’éditeur en général est de trouver une cohérence avec ce qu’a voulu faire l’auteur. C’est là que, souvent, les visions se confrontent. Alix Willaert de pointer que les « exigences du marché » étaient aussi à prendre en compte. Que le métier est « une somme de choix, mais aussi une somme de 1000 non-choix ».

 

À la question posée dans le public sur « Qu’est-ce qu’un bon éditeur ? » c’est toujours Brigitte Leblanc qui répond que c’est avant tout l’amour et le respect de son auteur. Quelques rires entendus dans la salle indiquaient que tout le monde ne publiait donc pas chez Gautier Languereau ou Hachette…

 

... et en aval...

 

La seconde table ronde de la matinée portait sur les relations auteurs/éditeurs. La partie chaude de l’actualité : la plupart des participants de cette journée étaient venus pour ce sujet... explosif.

 

De gauche à droite, sur une grande table face à la scène. Le modérateur, Thierry Magnier en personne. Jeanne Benameur, auteure qui avoue connaître « Thierry Magnier depuis… 25 ans ! », Emmanuel Beulque, directrice éditoriale des éditions Sarbacane, Samantha Bailly, auteure, mais également actuelle présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, ainsi que Magali le Huche, auteure et illustratrice.

 

Chaque auteure s’est présentée en évoquant ses échanges avec leurs différents éditeurs. Ainsi Jeanne Benameur qui, elle a très peu d’éditeurs et est très attaché aux siens, affirme que cette relation est très importante pour « que nos livres vivent dans le temps ». Chacune reconnaît alors qu’il « est aussi important de dire que l’on n’est pas d’accord ! »

 

Samantha Bailly explique que si elle a dizaine d’éditeurs différents c’est pour éviter la prise de risque de travailler sans rémunération et pointe : « L’exclusivité se construit. »

 

De l'amour du risque


Thierry Magnier, à la fois dans le rôle de juge et arbitre, revenait alors sur les risques financiers encourus par les auteurs. Il pointe, soutenu par Emmanuelle Beulque, que plusieurs éditeurs connaissent et pratiquent cette prise de risque. La directrice de Sarbacane de rajouter que pour l’éditeur, c’est à chaque livre : « Même pour des livres auxquels on croyait très fort ! ». Et d’indiquer : « On signe le contrat avant que le travail ne soit fait. On fait une avance, un à-valoir. L’éditeur n’est pas un passe-plat. On cherche à faire le livre le plus réussi possible. »

 

Dans le public, Valentine Goby, vice-présidente de la Charte finira par poser l’une des questions qui fâchent : pourquoi une différence de rémunération entre auteurs jeunesse et leurs confrères « vieillesse ». Thierry Magnier ne répond pas directement, il esquive un peu en assurant que, même parmi les éditeurs, la « littérature jeunesse » et la « littérature adulte » n’étaient pas très proches et qu’il luttait depuis son arrivée à la tête du SNEJ pour ainsi essayer de gommer les différences. 
 

« Il faut que l’on fasse reconnaître ses différences ! », pointe-t-il, et ce, même dans les médias, où la littérature jeunesse passe souvent au second plan. Carole Trébor, ex-présidente de la Charte, s’empare alors du micro : « Tout est lié. Si l’on ne traite pas les auteurs jeunesse de la même manière que les auteurs adultes, la visibilité ne sera pas la même… » Personne ne l'a contredite.
 

Une matinée doucement agitée. On attend les prochaines éditions...



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