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Interview : Marianne James devient Tatie Jambon dans "Tous au lit !"

Fred Ricou - 21.10.2016

Edition - tatie jambon - marianne james - livre-cd


Marianne James revient ! Dans un chouette album-CD que nous avons adoré et co-écrit par Valérie Bour, la chanteuse-comédienne-présentatrice-lectrice devient Tatie Jambon. Une nounou toute en formes, bonhommie et "rassurance". 

Publié aux éditions des Braques "Tous au lit !" va faire danser les p'tit bouts, les amuser mais aussi les charmer avec les dessins de Soufie. 

Presque-premiers pas dans la littérature jeunesse pour Marianne James, nous avons voulu lui poser quelques questions... 

 

 

 

Vous aviez participé à la lecture des Symphonies Subaquatiques (éditions des Braques) de Valérie Bour. Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce projet ? 

C'est de sa faute à Valérie (rire) ! Elle est venue voir pour la énième fois mon spectacle Miss Carpenter (NDLR : actuellement en tournée en France) et à un moment, je fais une impro, comme souvent, une scène un peu croquignolesque avec un comédien et je balance un gros « Viens faire un bisou à Tatie Jambon ! » en montrant ma joue. Et j'entends quelqu'un pouffer dans la salle et c'était Valérie. Et ça a fait tilt dans sa tête ! Comme on avait bien accroché sur Les Symphonies, elle m'a demandé si je voulais faire un album ou je ferais toutes les chansons avec Tatie Jambon. Je ne me serais jamais douté que la narratrice pourrait être cette  Tatie Jambon ! 

 

Qu'est-ce que vous, vous avez en commun avec Tatie Jambon ? 

Beaucoup de choses ! Elle n'a pas d'enfants et s'occupe beaucoup des enfants des autres. Tatie Jambon fait le tour du Monde. Tatie Jambon a toujours une nouvelle recette qui ne fonctionne pas vraiment et ça, c'est totalement le genre de chose que je peux avoir. C'est un bout de moi ! Elle fait partie de galerie de portraits de femmes que je vais interpréter toute ma vie, Ulrika Von Glott, Miss Carpenter, même quand je présente Prodiges, ce sont des morceaux de Marianne. 

 

Prendre part à l'écriture c'était important pour vous ? 

Aujourd'hui, quand on me présente un texte, à part si c'est du Shakespeare ou Mozart (et encore, je vais me mêler de la transformer…) il est extrêmement rare que je ne m'occupe pas de toucher à l'essence même de l'écriture dans les projets que j'aborde. Quand Valérie m'a apporté l'idée de Tatie Jambon, il n'y avait pas autant de sketches que sur l'album. Ils se sont imposés au fur et à mesure des chansons. Par exemple, dans la dernière chanson quand on passe la nuit au musée, où Tatie Jambon saute, valdingue de statue en statue, décroche les tableaux et fout le boxon, ce sketch là a été totalement inventé en studio. C'est à dire qu'à 11h du matin, il n'y avait rien, et à 11h30, il était fait… C'est ma part d'improvisation. J'aime bien parfois, il y a des fulgurances en studio et j'aime bien les capter. 

 

Comment vous êtes-vous partagé le travail sur ce livre CD ? 

Les séances de musique, avec Sébastien Buffet, le compagnon de Valérie qui est le papa du petit Adrien et de la petite Léonie que l'on entend dans l'album. Mais avant d'arriver à cette étape d'enregistrement, on s'est beaucoup rencontré, trois fois, c'est beaucoup… On a parlé de l'album et des titres, et quand on est tombé d'accord sur la couleur musicale, on a beaucoup improvisé. Tel refrain, tel couplet et comment finir le morceau. Après, nous avons fait une séance, Valérie et moi, la taiseuse et la bavarde, mais quand elle parle, Valérie, c'est toujours efficace, poum ! la direction change. C'est la force de ceux qui écoutent. Moi je suis dans l'instant, je suis une improvisatrice… 

 

Vous êtes donc auteur / lectrice / chanteuse sur Tous au Lit, c'est la première fois que vous vous aventurez dans l'édition, c'est une corde qui vous manquait ? 

Non, moi j'ai l'impression qu'aujourd'hui les artistes… dans la mesure où l'on est artiste, nous avons toutes les cordes. Cette corde était là depuis longtemps. J'écris mes spectacles, j'ai fait un album de chanson en 2006, écrire, je l'ai toujours fait, c'est le fait de l'avoir imprimé cette fois-ci. 

Maintenant, pour faire des shows cases dans les librairies ou les médiathèques, j'ai un look Tatie Jambon avec des petits moutons, c'est l'emblème du sommeil… 

 

 

Est-ce que vous avez un lien avec la littérature jeunesse actuelle ? Que ce soit pour les plus jeunes comme ce livre CD ou peut-être des livres pour les plus grands ? 

Pas grand-chose. Moi j'ai un lien avec l'image et j'aime beaucoup l'écriture artistique. Tout ce que Pixar a fait pour les enfants, même si je pense que c'est fait beaucoup pour les grands, je ne les loupe jamais. L'écriture cinématographique de Là-Haut m'a tiré des larmes. De même que Wall-E, beaucoup de films avec de vrais acteurs devraient s'inspirer de ça…

 

C'est le côté intergénérationnel qui vous intéresse… 

Oui. J'ai vu ça en concert, vendredi dernier. Les grands riaient et applaudissaient à certaines choses tandis que les petits étaient fascinés par d'autres… Il y avait en permanence du premier et du second degrés. Les gens puisent ce dont ils ont besoin. Je suis comme un terreau, mon boulot à moi c'est d'être la plus riche possible en voix, en présence, incarner Tatie Jambon, mais musicalement être fin et retraduire l'esprit de l'album. On s'est bien marré en le faisant et j'espère que ça s'entend… 

 

Ha oui, c'est certain, ça s'entend !

Donc, voilà, l'univers pour enfant c'est comme ça que je l'entends… 

 

Cette expérience, ça vous a donné envie d'en faire d'autres ? 

Ha, mais il est commandé déjà ! Tatie ne va pas s'arrêter là ! Ça ne fait que commencer… Il y a une série qui va arriver !! 

 

Avec tout ce que vous faites depuis Maria Ulrika Von Glott en 1989 jusqu'à aujourd'hui Tatie Jambon, voyez-vous un lien ?

Absolument. Un lieu assumé. Même aujourd'hui avec Miss Carpenter, avec Ulrika Von Glott ou encore Cassandra Chostakovitch (que je faisais sur TF1, il y a une dizaine d'années…), Tatie Jambon, c'est toujours la même personne, un mélange d'autorité, une certaine puissance à la Lino Ventura, physiquement très présente. Je fais 1m81, je suis ronde et je l'offre à mes personnages… Juste une anecdote, dans les tout premiers dessins de Soufie, Tatie Jambon avait un manteau qu'elle gardait tout le long, elle était pied nu et même quand elle s'endormait, elle gardait son manteau, un peu comme si elle avait froid ou qu'elle ne voulait pas rester. La première chose que j'ai faite quand j'ai vu les dessins de Soufie, que j'ai adoré, j'ai demandé : « Pourquoi a-t-elle un manteau ? », elle m'a fait comprendre, en gros, de très loin, que c'était pour « éviter les rondeurs ». J'ai fait « Quoi ? Mais non, je veux voir son popotin, je veux voir ses seins, je veux voir sa bouche quand elle danse ! Parce qu'une nounou toute ronde, comme ça, ce n'est pas une nounou toute maigre ! » Un personnage rond n'amène pas la même sympathie, la même rassurance… Et ça, je l'ai réclamé ! 

 

Pensez-vous que justement, un personnage rond comme Tatie Jambon peut faire changer le regard de certains enfants sur les personnes rondes ? 

Mais bien sûr ! Quand je vois les gens qui étaient enfants et qui regardaient La Nouvelle Star (entre 2004 et 2007) quand ils tombent sur moi, ils sont en larmes, on a l'impression qu'ils viennent de rencontrer Casimir. Vous savez ce qu'ils veulent ? Ils veulent un gâté (ndlr : Un câlin dans le sud de la France), ils veulent mes bras. La maigritude ne ferait pas cet effet-là… 



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