Julien Martinière : le trait critique

Auteur invité - 06.09.2019

Edition - Julien Martinière - édition jeunesse - album auteur


PORTRAIT – Julien Martinière a grandi à Châtellerault dans les années 80, une ville marquée par son histoire industrielle. Dans le café-restaurant de ses parents, il y a toujours du monde. On y parle de tout et de rien, sûrement de politique, sans doute des espoirs déçus et de la crise économique. À l’écoute de ces conversations, le jeune garçon s’imprègne des préoccupations sociales des adultes.


Le lampadaire © Julien Martinière

 
Mais son enfance, ce sont aussi des souvenirs de solitude, celle d’un fils unique qui « pour s’occuper » lit beaucoup, surtout des BD, se raconte des histoires et dessine. Au sortir du bac, il s’inscrit à l’École supérieure de l’image de Poitiers pour y apprendre le cinéma d’animation. Il réalise deux films pour les besoins de son diplôme, mais c’est en marge de cette formation qu’il développe les projets les plus personnels. L’édition d’un fanzine avec des amis étudiants lui ouvre les portes des salons, le conduit dans les librairies. 

À « La belle aventure », à Poitiers, il découvre la richesse et la diversité de l’édition jeunesse. Ce lieu, sa libraire, son ambiance lui donnent envie de cultiver « ce champ des possibles ». Il sort de l’école avec deux albums achevés. L’un au nom imprononçable, Krochnouk Karapatak, l’autre au titre programmatique, Exister ! Voilà qui n’est pas simple, en effet, pour un illustrateur à ses débuts. Après deux autres titres chez des éditeurs à la notoriété bien installée, les livres se font plus rares. Ses interlocuteurs changent, les projets n’aboutissent pas toujours...

Julien Martinière reconnaît une « période de flottement », qui ne rime cependant pas avec abattement. Jeune papa, il s’essaie à différents métiers puis devient professeur d’arts appliqués dans un lycée de la métropole lilloise. « C’est un compromis intéressant, j’aime partager mon expérience et transmettre .»
 
Et voici que, dans cette vie aux apparences tranquilles, débarque Blaise. Avec son tracas. Employé déprimé par son travail et rongé par la routine, Blaise se transforme progressivement en ours sous l’œil indifférent de ses collègues. Cette histoire, écrite par Raphaële Frier, l’a immédiatement touché.

« Elle met le doigt sur des angoisses qu’on entend très clairement s’exprimer aujourd’hui : qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que je cherche ? » Pépite d’or à Montreuil en 2018, Le Tracas de Blaise est une étape importante dans un parcours discret et singulier. « C’est un des livres où j’ai été le plus honnête. J’ai l’impression d’avoir atteint une certaine maturité. » 

Très inspirées du quotidien, les images de Julien Martinière suscitent souvent un subtil sentiment d’étrangeté. Les détails qui fourmillent sous la plume de l’illustrateur régalent autant les enfants que les parents et disent son goût pour le dessin. Admirateur de l’estampe japonaise, il rend hommage à cette influence dans son dernier livre, La Voie du renard, version nippone du Roman de Renart écrite par Jean-Baptiste Bourgois. 

Pour l’avenir, les projets ne manquent pas, dans l’édition jeunesse, mais aussi dans la BD, une manière de renouer avec sa passion d’enfance, et de continuer, comme toujours, à ne jamais s’ennuyer. 

site de Julien Martinière
 
Clotilde Deparday 
 



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