L'altersexualité en littérature jeunesse, minoritaire et encore silencieuse

Nicolas Gary - 12.11.2019

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Par “altersexuel” on comprend toutes les alternatives à l’hétérosexualité — souvent désignées par l’acronyme LGBTQI+2. Dans le cadre d’un mémoire de Master 2, Marine Lafontaine s’est penchée sur la représentation altersexuelle dans l’édition jeunesse. « Des arcs-en-ciel pour nos enfants » brosse un portrait à date de ce qui est aujourd’hui proposé en lecture aux ados et plus jeunes.


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Que l’on parle de littérature jeunesse ou ado – parfois débordant sous l’appellation Young Adult – quelle est donc la représentation de l’altersexualité, qui provoque parfois de vives, voire violentes, levées de boucliers ? Depuis l’homosexualité encore taboue dans les années 80, le XXIe siècle semble avoir sorti du silence un sujet sociétal réel.
 

Refléter une société qui évolue


Ce qui ne signifie en rien que l’édition n’avait pas publié de titres évoquant l’homosexualité : l’exemple de Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, par Christien Bruel (Ed. Le sourire qui mord, 1976) fit cependant scandale. Dans ce texte, Julie dont les parents lui reprochent une attitude de garçon manqué va finir par douter de sa propre identité. En 2014, les éditions Thierry Magnier avaient réédité l’ouvrage, cette fois sans la polémique de sa première sortie. 

Entre l’apparition du PACS en 1999 et l’instauration du Mariage pour tous en 2013, la société a amplement évolué et la place laissée aux communautés LGBTQI+2 s’opère progressivement. Lentement, estimeront certains, mais c’est bien par les arts, et la littérature entre autres, que cette « question altersexuelle » peut avancer.

En parallèle, l’essor de la littérature jeunesse rendait propice l’ouverture à de nouveaux champs éditoriaux : leur dimension pédagogique autant que fictionnelle permet des explorations par lesquelles le lecteur devient plus susceptible « d’entrer dans la complexité du monde », comme l’indiquait la directrice du Salon du livre jeunesse de Montreuil, Sylvie Vassalo. (France Info, mars 2014)

À travers quatre axes développés dans le mémoire, l’édition est interrogée pour comprendre comment ces œuvres traitant de l’altersexualité sont perçues, reçues, et les effets qu’elles peuvent avoir sur la société. Marine Lafontaine le détaille auprès de ActuaLitté.
 

Le risque évident de ghettoïsation  


Le marché altersexuel est en plein développement, mais reste encore très ancré dans un schéma narratif préétabli dont il a du mal à s’éloigner. À mesure que les années s’écoulent, les acteurs de la chaîne du livre sont de plus en plus alertés. Ils ont conscience que le monde autour d’eux change et qu’il est de leur devoir de représenter l’ensemble de leur public, y compris leurs lecteurs LGBTQI+. 

Malgré tout, la production semble rester prisonnière de certains clichés dont elle a du mal à se défaire (la présence de l’alterphobie, le passage obligé du coming out, des intrigues centralisées uniquement autour de la quête d’identité du personnage principal…). De ce fait, les représentations de l’altersexualité ne tendent pas vers la normalisation du sujet.

 
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Des sujets parmi l’éventail de l’altersexualité sont délaissés. Il existe une infinité de genres et de sexualités. Pourtant, l’homosexualité masculine reste le motif de prédilection des auteurs, au dépit de beaucoup d’autres thématiques : l’asexualité, la transidentité, le polyamour, la non binarité... Et ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Certes, il est possible de trouver aujourd’hui des romans jeunesse qui peuvent traiter de ces sujets, mais cela reste une minorité.
 
La question des marges est inhérente à ce secteur éditorial. Ce dernier connaît un manque de visibilité qui l’empêche de se faire encore une place auprès du grand public. Certains libraires organisent parfois des tables qui mettent en avant la littérature altersexuelle, ce qui leur procure de la visibilité. Cependant, en faisant cela, on « ghettoïse » ces romans et ces albums jeunesse. 
 
L’économie de ce secteur demeure encore à ce jour très fragile. Ces dernières années, nombreuses sont les maisons d’édition ou les librairies spécialisées dans le domaine de la littérature altersexuelle qui ont dû fermer leurs portes. La production éditoriale jeunesse altersexuelle est encore très méconnue et entraîne généralement moins de profits que des romans et des albums qui sont centrés sur des relations hétérosexuelles entre des personnages cisgenres. 


Le mémoire, réalisé sous la direction de Judith Mayer, professeure certifiée de Lettres Modernes, est à consulter ou à télécharger ci-dessous :




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