Le Domaine des Dieux : La potion magique d'Alexandre Astier

Valériane Cariou - 27.11.2014

Edition - asterix - alexandre astier - adaptation


La BD a son propre langage, c'est ce que l'on apprend dès qu'on nous en met une dans les mains. L'adaptation d'une BD est donc une gageure : respecter l'œuvre originale, donner vie aux personnages, codes graphiques et gags tout en respectant la subjectivité et l'implicite que chaque lecteur place dans les blancs entre les cases. Que penser alors du travail d'Alexandre Astier ? Que du bien ! Le défi était de taille, les attentes des fans énormes et le résultat offre 82 minutes de bonheur !

Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur.

Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s'imposer par la force, c'est la civilisation romaine elle-même qui saura séduire ces barbares Gaulois. Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains : « Le Domaine des Dieux ». Nos amis gaulois résisteront ils à l'appât du gain et au confort romain ? Leur village deviendra-t-il une simple attraction touristique ? Astérix et Obélix vont tout faire pour contrecarrer les plans de César.

 

Alors que l'adaptation cinématographique est en salles, nous aurions aimé questionner longuement Alexandre Astier sur ce travail. Comment a-t-on l'idée d'adapter en 3D un album de ce petit gaulois qui fait partie du patrimoine depuis 1959 ? En 1959, René Goscinny et Albert Uderzo ont eu à créer un personnage original issu de la culture française et ont eu 3 semaines pour ce faire. En 2014, on découvre le fruit de 4 ans de travail d'une association audacieuse, entre un ex-Kaamelott (le sieur Alexandre Astier) et un ex-Pixar (Louis Clichy), qui a eu l'idée un peu folle de donner la vie au personnage de BD le plus emblématique de la culture française.

 

L'adaptation filmique d'un album de BD nous renvoie à la question de la transposition médiatique d'une œuvre littéraire. Une adaptation réussie devrait respecter quelques points fondamentaux comme le texte source, le ton, le style tout en visant à toucher un public d'une autre époque et certainement encore plus large via l'écran. Le Domaine des Dieux est sorti en 1971 et s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires. Souhaitons à Astier le même nombre d'entrées !

 

L'élément le plus fascinant du film est évidemment la 3D Relief. Voir enfin toutes les dimensions, caractères et expressions des personnages ajoute un supplément d'émotions pour les plus « vieux » fans au moins. Les plus jeunes y verront un film 3D sans la dimension affective de personnage de BD auquel vous êtes attaché depuis que vous savez lire…

 

On peut se demander pourquoi on choisit de réaliser en 2014 une nouvelle adaptation filmique d'Astérix ? D'abord parce que le public l'apprécie énormément ! Ensuite parce que chacun, novice ou lecteur assidu pourra y voir un mélange judicieux de répétition, de différences, de familiarité, de nouveautés. Regarder l'adaptation d'une œuvre connue provoque – à la manière d'un rite – un sentiment de confort avec la connaissance de ce qu'il va se passer et une compréhension plus profonde de l'œuvre source.  Alexandre Astier a certainement voulu créer une adaptation digne du grand modèle offert par Goscinny et Uderzo – d'où la présence d'Uderzo tout au long du tournage en observateur – tout en ajoutant de ci de là, ses propres mots et références.

 


ASTERIX- Le Domaine des Dieux - Bande Annonce par LesHistoiresSansFin

 

Que peut-on penser du travail d'Astier en regard de l'œuvre originale ? Les points clés à nos yeux : le respect de la violence « stylisée » par Goscinny et Uderzo, l'actualisation de l'humour et des références de Goscinny. Le « je vous ai compris », le romain « travailler plus pour gagner plus » ou l'adaptation des dialogues du numide, Duplicatha, sont des exemples frappant « d'Astierismes ». Les adultes se régaleront par ailleurs de reconnaitre certaines voix de la série Kaamelott.

 

On peut s'interroger sur les ajouts et modifications scénaristiques et on espère un Master Class avec Alexandre Astier pour qu'il nous explique tout ! Le film ajoute en effet un supplément d'âme à Obelix qui s'occupe du jeune Applejus ; tend à rendre Astérix un peu défaitiste face à l'évènement très grave qui se produit dans sa forêt et au manque de cohésion des membres du village ou  encore offre des dialogues à n'en plus finir entre le centurion Oursenplus et le jeune architecte Anglaigus ou les légionnaires.

 

Les allusions sociales, écologiques et politiques sont bien là ! Elles étaient recherchées par Goscinny à l'époque, elles sont remises au gout du jour par Astier. Pour la tendresse, il faut noter la présence de Roger Carel, la voix d'Astérix est intacte et c'est un bonheur.

 

Ce film nous offre un nouveau regard sur l'œuvre et donne une dimension incroyable à une BD de 1959. Visuellement, c'est une claque ! Sentimentalement, c'est réussi. Et comme divertissement ? Et bien, comme le dit si bien Duplicatha (ses dialogues sont divins !) « La motivation est intacte, et ça c'est formidable. » A bientôt pour un autre album en 3D Monsieur Astier !




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