Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le Grimoire d'Arkandias au cinéma. L'interview de son auteur, Eric Boisset...

Fred Ricou - 22.10.2014

Edition - grimoire d'arkandias - eric boisset - magie


Approximativement paru en même temps que Harry Potter en France en 1997, la série d'Éric Boisset, La trilogie d'Arkandias (Éd. Magnard jeunesse), a eu une très belle vie sur papier avec plus de 350 000 exemplaires vendus. Elle a été remise en place en librairie quatre fois en 15 ans et a eu de multiples réimpressions.


Aujourd'hui sort Le Grimoire d'Arkandias au cinéma avec Christian Clavier dans le rôle-titre. Une nouvelle vie, donc, pour ce roman où la magie et l'humour sont ultra présent…


Eric Boisset est dans le monde de l'édition depuis 1993 et écrit pour les jeunes lecteurs depuis la sortie du premier tome d'Arkandias. C'est la deuxième fois que le cinéma adapte l'un de ses livres, le premier étant Nicostratos sorti en 2011, une histoire d'amitié entre un jeune pécheur et un pélican.

 

La rédaction du site Les Histoires Sans Fin a contacté l'auteur pour qu'il réponde à quelques questions…

 

Le Grimoire d'Arkandias est paru il y a une quinzaine d'années, est-ce que cela vous a surpris d'apprendre que l'on voulait l'adapter en France au bout de tant de temps ?

Cela m'a surpris qu'on songe à l'adapter tout court. La littérature jeunesse fourmille de bonnes histoires. Pourquoi la mienne plutôt qu'une autre : mystère et confitures !  Le projet a d'ailleurs ressuscité d'entre les morts, sans doute grâce à une recette de magie rouge. Initialement, c'était Jean-Marie Poiré qui devait le tourner, avec un autre scenario.

 

 

Que pensez-vous du résultat ?

Alexandre Castagnetti et Julien Simonet ont livré leur interprétation du grimoire d'Arkandias. Chaque lecteur est libre de rêver à sa guise. Je ne me suis pas du tout formalisé des libertés prises avec l'histoire. L'essentiel était que soit respecté l'esprit du roman. La trilogie d'Arkandias fait la part belle à l'humour. Je craignais que l'adaptation soit trop sérieuse et axée uniquement sur le fantastique,  les effets spéciaux un peu vains... Heureusement, ce n'est pas le cas ! Lors des avant-premières, les rires que j'ai entendus dans les salles ont achevé de me décontracter.

 

Est-ce que vous pensez que les fans de la première œuvre vont s'y retrouver ?

Les fans seront déconcertés, comme nous le sommes tous lorsque nous voyons l'adaptation au cinéma d'un livre que nous avons aimé. C'est une constante, il n'y a pas moyen de contourner cet obstacle. Tout change, quand on passe de la page à l'écran. Ayant été coscénariste d'une première adaptation au cinéma avec mon roman Nicostratos, j'ai dû me confronter à  la nécessité d'aménager une intrigue pour lui donner un rythme différent. Ce n'est pas par bêtise ou sadisme que les réalisateurs désossent nos romans.

 

 

Est-ce que, et si oui, comment avez-vous pris part au film ?

Je n'ai pas du tout collaboré avec l'équipe du film. Ils ont écrit le scénario dans leur coin, puis  me l'ont fait lire après m'avoir administré un soporifique vétérinaire. Yves Marmion, le producteur des Films du 24, a eu la délicatesse de m'inviter sur le tournage. J'y ai rencontré les sympathiques réalisateurs, engoncés dans des tenues K-Way qui leur permettaient de survivre aux rigueurs de l'automne belge (notre hiver en plus mouillé).  J'ai été bluffé par le naturel des enfants et la maîtrise d'Agénor-Clavier, qui est capable de jouer une scène huit fois de suite en inventant à chaque prise.

 

C'est votre deuxième œuvre adapté après Nicostratos, est-ce que, pour l'auteur que vous êtes, c'est toujours une crainte de se faire adapter ?

Une crainte, sûrement pas. La position de l'auteur adapté est très confortable. Si le film est raté, ce n'est pas de sa faute. S'il est réussi, on pense qu'il y est pour quelque chose et il tire les marrons du feu. Dans tous les cas, les puissants projeteurs du cinéma éclairent son travail. Comme par magie, les enfants franchissent alors le seuil des bibliothèques et des librairies…

 

Est-ce que vous pouvez nous dire le bonus que le spectateur aura en lisant le livre par rapport au film et inversement, le bonus qu'aura le spectateur du film par rapport au livre ?

En lisant le grimoire d'Arkandias, le spectateur aura accès aux pensées des personnages, ce qui est impossible au cinéma, à moins de recourir à une pesante voix off. Dans les réflexions que se fait Théophile à lui-même, j'ai distillé une bonne part de l'humour qui a fait le succès de la trilogie.

Au cinéma, le lecteur découvrira des personnages nouveaux, un rythme plus soutenu et trois sorcières  modernes aussi bêtes que méchantes, interprétées avec beaucoup de férocité distanciée par Isabelle Nanty, Anémone et Armelle.

 

Les éditions Magnard jeunesse ressortent la trilogie dans une intégrale, précipitez-vous dessus et comparez !

 



Les histoires sans fin