On a chopé la puberté : et si l'interprétation des adultes faussait tout ?

Nicolas Gary - 04.03.2018

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Depuis quatre jours déferle sans s’atténuer une vague de protestation et de colère dirigée contre un livre : On a chopé la puberté. Publié aux éditions Milan, l’ouvrage est injurié — et certainement sans même avoir été lu — et les auteures, comme l’éditeur subissent de violentes attaques. La maison, tentant de calmer l’agressivité ambiante, diffuse un nouveau communiqué : l'ouvrage ne sera pas réimprimé.




 

Une pétition qui a réuni plus de 142.000 signatures en trois jours demande le retrait du livre, considérant les « clichés et l’image dégradante que cela véhicule des femmes ». La maison, prise de cours par la violence de ces attaques avait tout d’abord cherché à dédramatiser : le livre « est un ouvrage documentaire au ton volontairement décalé et humoristique destiné à dédramatiser une période souvent difficile à vivre à l’adolescence. C’est un livre avec un message positif : “tout va bien se passer”. Il faut le lire en entier pour en comprendre le message ».

 

Auteure du livre, Anne Guillard, avait également répondu, pour déplorer les comportements « incroyablement agressifs, comme à chaque lynchage sur les réseaux sociaux : on appelle au retour de l’autodafé, sans avoir ouvert les bouquins et d’après des extraits hors-sol ». Et avant tout originaire des réseaux sociaux.
 

Avec un peu plus de distance, et de sens critique, il semble bien que le principal reproche à adresser au livre soit de faire passer les adolescentes pour des créatures futiles, intéressées uniquement par les cosmétiques et les chaussures à talon — à présent qu’elles en ont l’âge. Sauf, soulignait l’illustratrice, qu’à côté de son personnage immature, on trouve une fille passionnée par la littérature, et une autre qui défend les causes féministes et écologiques. « Ça s’appelle la diversité, parce que toutes les filles ne sont pas des clones. »

 

L'aveugle tribunal des réseaux sociaux
 

L’éditeur a une fois de plus diffusé un communiqué de presse, soulignant que l’extrême violence sur les réseaux « nous amène à nous questionner de nouveau sur la manière d’aborder ces problématiques adolescentes, sur le parti pris humoristique adopté, mais surtout sur l’interprétation que peuvent en avoir les adultes ».

 

Et de préciser : « La volonté de ce livre est de se positionner à hauteur d’enfants, sans jugement ni préacquis moraux. Néanmoins, dans un contexte où il semble impossible d’avoir un débat serein, nous entendons les craintes et les interrogations. C’est pourquoi, dans un souci d’apaisement, nous avons pris la décision de ne pas réimprimer cet ouvrage, aujourd’hui en rupture de stock. »

 

La maison réaffirme sa volonté de travailler, comme elle le fait depuis plus de 30 années, dans l’accompagnement des enfants, à travers leurs différents questionnements. Et dans le même temps, s’engager « en faveur de l’égalité des sexes dans un esprit laïque, moderne, d’ouverture et de mesure. Nous remercions nos auteures, qui ont toujours eu à cœur de parler vrai à leurs lectrices et lecteurs, ainsi que tous ceux qui nous ont soutenus ».


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Séverine Clochard , Mélissa Conté, Ill. Anne Guillard - On a chopé la puberté - Milan - 9782745986634 - 11,90 € 
 



Les histoires sans fin

Commentaires

Je suis toujours attristée de voir ce déferlement de haine. Je pense qu'il y a des combats plus important dans l'équité homme femme et cette bande dessinée n'en fait pas partie selon moi. Après chacun ces idées. Mais je ne pense pas que les auteurs et la maison d'édition mérite cet acharnement.
Elline,



Je suis tout à fait d'accord avec toi. C'est navrant et usant !
Bonjour, j’avoue que je n’ai pas lu ce livre dans son entièreté mais que j’ai signé la pétition pour un extrait qui a lui seul m’a semblé véhiculer un message dangereux pour les adolescentes : le passage ou un personnage s’aperçoit que ses tétons pointent à travers son débardeur et que c’est qualifié d’un peu « dégueulasse » (ou un autre terme au sens approchant) et que la prochaine fois elle mettrait deux tee-shirts l’un sur l’autre pour qu’on ne les voit plus. Et pourquoi pas une burka tant qu’on y est ?! A une époque ou certaines adolescentes se voilent pour ne pas être traitées de salope et harcelées par les garçons dans le quartier, je trouve ça grave. Pas vous ?
Chère Madame, Leebaby... Je ne sais pas si vous avez vous-mêmes des filles entrant ou vivant actuellement la puberté. Quoi qu'il en soit, mes propres filles ne sont absolument pas en décalage avec les propos de ce livre. Elles découvrent leur nouveau corps et ne savent pas quoi en faire. Parfois elles s'en moquent, parfois elles le cachent. Il n'y aucun mal à décrire ces tranches de vie de (pré) adolescentes.
N'aurait-il fallu pas leur expliquer plutôt que ça n'a pas d'importance, que c'est passager et qu'il n'y a rien à cacher ?

De faire en sorte qu'elles soient bien dans leur corps plutôt que de les faire se sentir mal ?

Que ce ne sont pas elles les problèmes mais le manque d'éducation des autres ? Le but du questionnement n'est il pas d'y apporter des réponses au lieu de les enfermer dans des stéréotypes ?
Entièrement d’accord avec vous, les enfants ne vivent pas dans une bulle de pureté, insensibles à toutes sortes d’influences ou à leurs propres questionnements. Ce seul passage incriminé, le seul que j’ai pu lire puisque l’accès à la totalité de l’ouvrage m’a été interdit par la censure, est une bonne base de discussion pour aborder ce type de question avec ses ados. L’interdiction de ce livre est une stupidité.
Pour ma part, je ne vois ni le mérite, ni l'intérêt de ce pseudo-féminisme. Oui, nous, en tant que femmes, subissons, dans notre quotidien, partout dans le monde, des violences. Que certaines s'imaginent que celles-ci cesseront par le simple pouvoir de la censure d'un livre pour enfant ou par un hashtag sur Twitter me semble assez révélateur de toute la démagogie, de l'hypocrisie, de l'inculture et du goût de la facilité de notre époque... J'ai deux filles adolescentes et moi non plus, je ne vois effectivement pas beaucoup de décalage entre ce qu'elles vivent tous les jours et les pages de cet ouvrage, qui ne mérite clairement pas tout ce lynchage médiatique. A dire vrai, entre les propos qui y sont tenus et cet aveugle tribunal des réseaux sociaux, je sais ce qui me fait le plus craindre pour leur avenir...

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