Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Partir en livre : les éditeurs “de plus en plus attentifs” aux auteurs jeunesse

Antoine Oury - 24.07.2017

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La ministre de la Culture Françoise Nyssen a effectué une session de rattrapage pour l'inauguration de Partir en Livre, qu'elle avait manqué la semaine passée. De passage au parc d'attractions littéraires mis en place à Pantin, la ministre a évoqué l'importance de cet événement pour la promotion de la lecture auprès des plus jeunes, alors que les auteurs et illustrateurs des ouvrages pour la jeunesse voient leur situation économique s'aggraver depuis quelques années.


Françoise Nyssen - Partir en livre
Françoise Nyssen au parc d'attractions littéraires de Pantin (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Chaque année, Partir en Livre revient et, chaque année, quelques mois plus tard, les auteurs et illustrateurs de la littérature jeunesse montent eux aussi leur opération. En novembre 2016, à l'occasion du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse avait proposé, dans une campagne, de « se mettre dans la peau d'un auteur jeunesse ».

 

Ces derniers gagnent en effet moins que leurs collègues qui signent de la littérature « pour la vieillesse » comme s'en amusent certains. Ils perçoivent en moyenne 7 %, contre 10 à 12 % pour les auteurs de littérature générale. « Un auteur de littérature “adulte” pourra toucher 12 à 14 % une fois la barre des 80 000 livres vendus franchie, ce qui n'est pas le cas en jeunesse », nous expliquait l'auteure Carole Trébor, alors présidente de la Charte. « Cette différence de rémunération est le fait d'usages, et non d'une quelconque légitimité économique. »

 

Interrogée sur ce sujet, Françoise Nyssen est catégorique : « Soutenir les auteurs, c'est évident », explique-t-elle. Cela passe notamment, selon les premières lignes de son programme, par plus de résidences d'auteurs, sur le modèle de Créations en cours. Mais... c'est à peu près tout : « Les auteurs sont dans une relation avec un éditeur et je pense que les éditeurs ont tendance à être de plus en plus attentifs, d'autant plus que le Syndicat national de l'édition accompagne les bonnes pratiques », explique la ministre.

 

Il y a quelques semaines, fin juin, alors qu'éditeurs et auteurs s'accordaient sur un nouvel accord pour gérer leurs relations, la ministre se félicitait d'un secteur du livre qui se régulait lui-même. Peut-être en cette occasion, mais d'autres discussions sont plus houleuses. Et les auteurs et illustrateurs ne voient pas vraiment leur situation changer, depuis plusieurs années.

 

Pour Françoise Nyssen, des événements comme Partir en Livre sont l'occasion de sensibiliser à la lecture, donc aux livres, et donc aux auteurs. « Après, quand un livre se vend de moins en moins, ça fait effectivement de moins en moins de revenus pour l'auteur et c'est effectivement un souci. Et en même temps, c'est parce qu'il y a une belle diversité. Tout cela c'est un écosystème, il faut qu'il se soutienne très bien pour que la chose ne fasse que s'amplifier plutôt que rétrécir. Il faut être attentif à ce que les éditeurs puissent accompagner les auteurs, que les auteurs puissent continuer à écrire et que les libraires puissent continuer à défendre leurs livres, les bibliothèques aussi... Que l'ensemble de la population soit soucieux de cela, que nos enfants aillent plutôt vers cela qu’uniquement vers leurs téléphones et leurs jeux vidéo », souligne la ministre de la Culture.

 

Le partage de la valeur est au cœur des questions que la ministre souhaite aborder au cours de son mandat, comme ses prédécesseures rue de Valois, et il fait partie des grands soucis des industries culturelles traditionnelles, de l'édition de livres à celle de musique. Mais, attention, d'éventuels accords sur le partage de la valeur concernent uniquement les plateformes numériques, pas les éditeurs : « Je ne pense pas qu'il y ait des comportements [dans l'édition] comme ceux des tuyaux, qui diffusent et qui ne sont pas éditeurs. Le problème de ces tuyaux, c'est qu'ils ne se sentent pas responsables par rapport au contenu, ils captent la valeur, souvent off shore [rappelons ici le cas Jacques Glénat, cité dans l'affaire des Panama Papers, NdR] et non dans des conditions de partage social cohérent, et en plus ils ne prennent pas le risque éditorial, c'est totalement différent. »

 

Le 2 octobre prochain, les Assises de la littérature jeunesse seront l'occasion d'aborder à nouveau les questions relatives à la rémunération des auteurs et des illustrateurs, et la présence de la ministre est d'ores et déjà très attendue.
 

MàJ 25/07 10:25 :


Le présidente de La Charte des auteurs et illustrateurs, Samantha Bailly, a signalé à la ministre de la Culture que la situation était vraisemblablement plus complexe que ce que Françoise Nyssen suggérait :




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