Taleming, start-up française : “ Netflix de la lecture pour enfants de 6 à 10 ans”

Camille Cado - 24.04.2019

Edition - Taleming projet histoires - accessibilité livres - édition inclusive 


ENTRETIEN — Taleming, de son petit nom, est un site web qui propose des histoires accessibles pour tous les enfants, et adaptées à toutes les difficultés de lectures qu’ils pourraient rencontrer. Après des mois de vérification, la dernière version est désormais disponible. Mathieu Genelle, son créateur, a souhaité offrir une alternative optimale à ces enfants empêchés de lire. 
 



Le Netflix de la lecture 


« Cette idée, je l'ai d’abord eu grâce à mes enfants, ou à cause d’eux, Alice et Martin » plaisante Mathieu Genelle, contacté par ActuaLitté. « Je suis un beau-père, et pour me rapprocher d'eux, on avait un rituel : je leur improvisais des histoires régulièrement. Ils me donnaient un thème le matin, je l’imaginais dans la journée, et leur racontais le soir. J’ai dû m’éloigner de ce rituel à cause de mon travail, ça m’a beaucoup gêné, je trouvais ça dommage que mes enfants n’aient pas accès aux histoires à la demande quand je ne suis pas disponible. »  Alors, ce cadre de chez Publicis a tout plaqué pour se lancer dans ce projet, qu’il aime appeler « le Netflix de la lecture pour enfants de 6 à 10 ans ». 

Il quitte alors un poste important en décembre 2017 pour lancer son service d’histoire à la demande en août 2018. Une phase de tests et d’échanges se développe alors. « Taleming a beaucoup évolué depuis août. Je me suis rendu compte de deux choses. La première c’est que la plupart des parents ne veulent pas faire lire leurs enfants sur des supports numériques, près de 40 % des gens étaient réticents. Au départ, c’était trop gadget pour eux, il faut le rappeler, on est en France, il y a ici un vrai amour du livre et du support papier, culturellement très implanté ! »

Pourtant, il s'aperçoit que cette dimension gadget « s’annulait quand les enfants avaient des difficultés avec la lecture. J’ai discuté avec beaucoup d’enfants qui en éprouvaient, et les origines sont multiples : ils m’ont souvent dit qu’ils aimeraient pouvoir lire, c’est ce qui m’a fait prendre conscience que le numérique est le seul support qui permet un réel support des difficultés. La technologie permet aujourd’hui de ramener tous les moyens pour compenser la quasi-totalité de ces difficultés ».
 

Vers une édition inclusive


Mathieu Genelle décide alors d’élargir son offre avec une expérience de lecture qui s’adapte à chaque difficulté, et ce, pour reconnecter au plaisir de lire les enfants éloignés de la lecture, mais aussi pour leur rendre confiance. « Beaucoup de ces enfants éprouvent de la honte, face à leurs difficultés » souligne-t-il. 

« Je voulais un site accessible avec un grand A, quelque chose de simple, et d’abordable au niveau du prix avec un abonnement qui n’excède pas les 5 € par mois » et ainsi proposer une offre alternative « aux livres numériques “dys” 50 % plus chers que la version papier ». Ce qu’il appelle le « système de la double peine ».

« Cependant, on ne s’improvise par professionnel », reprend le créateur, et décide donc de collaborer avec Mobidys, une startup nantaise qui propose des ebooks accessibles aux dyslexiques (découvrir Mobidys). 

Ils mettent donc en place dix options pour soutenir la lecture et le décodage. Ainsi chaque enfant peut modifier la mise en page d’une histoire pour faciliter sa lecture : identifier les syllabes, les sons, les unités de sens ou encore la ponctuation, jouer sur la taille des caractères, l’espacement, l’interlignage. Une police de caractères adaptée à la dyslexie est également disponible.
 

Multiplier les portes d'entrée


« Si 8 à 10 % des enfants sont dyslexiques, 40 % des enfants ont des difficultés avec la lecture en sortant de l’école primaire. Il y a beaucoup de raisons à cela, des origines cognitives, sensorielles et sociales. Mais pour beaucoup, les difficultés de lecture ne résident pas dans le décodage, plutôt dans la compréhension. » Mathieu Genelle décide donc de proposer un nouvel outil : un dictionnaire embarqué dans le texte pour expliciter, entre autres, les mots difficiles. 

« La langue française est une langue complexe, regardez les fameux pronoms ! On s’y perd d’essayer de savoir à qui ils se réfèrent ! Plein de gens m’ont dit que ce projet de dictionnaire était fantaisiste, que les enfants pouvaient aller chercher dans un dictionnaire ou demander à leurs parents. Mais il faut se mettre au niveau de l’enfant qui a des difficultés de lecture. Les parents ne sont pas toujours disponibles et sortir de l’histoire pour aller chercher un dictionnaire, c’est embêtant ». 

Le site web propose également un système audio. Le texte défile automatiquement avec un éclairage des unités de sens qui sont prononcées par le narrateur, incarné par Arnaud, surnommé « la voix ». « L’audio, c’était à l’origine du projet, mais je ne voulais pas que ce soit quelque chose de robotique, je voulais une histoire vivante avec une voix humaine » souligne Mathieu Genelle.  

Un véritable projet éditorial jeunesse


50 histoires sont déjà disponibles sur Taleming. Pour chacune d’entre elles, Mathieu Genelle revendique un véritable travail éditorial. « J’ai une vraie démarche collaborative avec mes auteurs, on travaille ensemble sur le texte. Pour la plupart, ce sont des scénaristes ou des auteurs de bandes dessinées, ils ont déjà publié pas mal de livres. On travaille ensemble pour que le texte soit agréable à lire, mais aussi à écouter. Trois correcteurs sont ensuite là pour affiner ». Sans oublier, Karine Forestier, seule illustratrice du projet. 

« Les auteurs sont rémunérés à un double niveau » confie le créateur à ActuaLitté. « D’abord via un forfait, je les paie pour le travail de rédaction, puis sur l’ensemble de leur travail. Les droits d’auteurs ne sont pas indexés sur la lecture des histoires, mais sur le succès de la plateforme. C’est-à-dire que plus il y a d’abonnées, plus leur part sera importante. Je suis partie du même principe que Netflix : ce qui fait la richesse de la plateforme ce sont ses histoires. Pour les droits, on m’a carrément traité de “Bisounours”, puisque j’ai décidé que les auteurs devaient garder leur droit d’exploitation sur leur histoire. C’est une question de respect et d’équité dans les rapports. »

Et si Mathieu Genelle est avant tout un « éditeur numérique », c’est parce que le format papier ne lui permet pas de rassembler toutes les options d’affichages d’un texte qui recensent toutes difficultés. « En format imprimé, je devrais faire un choix. Ce n’est pas encore développé, mais on essaie de voir comment on pourrait imprimer un texte en conservant les options de lecture sélectionnée adaptées aux besoins de l’enfant. »
 
Quant à une collaboration future avec un éditeur ? « Pourquoi pas, mais pour l’instant, j’ai déjà beaucoup à faire pour parchever le projet en version numérique ! », conclut-il avec le sourire. 
 
 
Vous pouvez soutenir le projet à cette adresse

 


Commentaires
Nous une association sur Béziers mimi jolie nous allons avoir une structure pour les enfants DYS TDAH HAUT POTENTIEL c'est ag2r la mondiale qui nous subventions votre site est très intéressant des nos travaux fini je vous recontacte bonne journée Brigitte VIGUEUR présidente de l'Association Mimi Jolie
Bjr, mon fils est dysphasique avec troubles du comportement (TDAH ou TSA en attente de tests), il lit correctement mais gère mal le fait d'écrire. Je voudrais en savoir + sur vos propositions de livre car il aime le support informatique mais a peu d'intérêt pour la lecture. Merci
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