Tomi Ungerer, l'auteur qui voulait “traumatiser les enfants” pour leur éviter le pire

Nicolas Gary - 09.02.2019

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Consacré Commandeur de la Légion d’honneur et reçu à l’Élysée en octobre dernier pour recevoir les insignes, Tomi Ungerer, figure de la littérature jeunesse est décédé. Originaire de Strasbourg, né le 28 novembre 1931, il est mort à Cork (Irlande), patrie qui l’avait accueilli. L’illustrateur, peintre et auteur laisse derrière lui un héritage extraordinaire. 


Tomi Ungerer - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Des dizaines de livres, des récompenses à foison, l’exceptionnelle carrière de Tomi Ungerer ne se mesure évidemment pas avec de simples chiffres. Pourtant, c’est également ce succès qui lui permit de vivre de sa plume et de ses histoires. Dès 1943, il commença à écrire, Deutschland ! sa première œuvre — il a 13 ans — ressemble plutôt à un manifeste de protestation. La guerre fait alors rage et son Alsace natale n'est pas vraiment épargné.
 

A nous deux, Amérique !


C’est en 1957 qu’il sortira ses premiers titres, après un voyage à New York, où il était parti en 1956, afin de trouver du travail. Le succès fut immédiat : Ursula Nordstrom des éditions Harper & Row le suivra dans sa carrière, et l’accompagnera dans la parution de 90 ouvrages jeunesse, en l’espace d’une dizaine d'années. 

Or, si on le connaît en France pour ses activités d’auteur jeunesse, Ungerer fut également satiriste et dessinateur de presse : aux États-Unis, il fit également carrière de par ses affiches contre la guerre du Viêt Nam. S’il a quitté l’Europe pour la première fois en 1956, avec 60 $ en poche selon la légende, il la quittera pour de bon en 1957, alors que ses premiers dessins ont su conquérir le public américain. 

 

 
Il collabora également à la revue de poésie Yugen, éditée entre 1958 et 1962 par LeRoi Jones et Hetti Cohen, à deux reprises. La conservatrice du musée Tomi Ungere Center International de l’illustration nous avait fait parvenir un texte-hommage, après la redécouverte d’un dessin d’Ungerer, illustrant le poème Slice of Life.
 

Artiste protéiforme, engagé dans la corruption de la jeunesse


En effet si cet Alsacien de naissance est très connu en France pour son œuvre pour les enfants, d’autres pays comme l’Irlande où il vit, ou encore les États-Unis le connaissent plus pour son travail pour les adultes. C’est peut-être dû à ce sentiment de liberté qu’il aime tant en France.
 
À l’occasion des 50 ans de la maison d’édition qui l’a toujours suivi en France, L’école des loisirs, nous avions eu l’occasion de lui poser quelques questions.
 


D’ailleurs, en avril dernier, et fort de ses 86 ans, il était venu présenter son dernier ouvrage, Ni ou ni non. Un livre qui répondait à une centaine de questions que ses posent les enfants, entre poésie et philosophie, avec une désarmante morale douce amère. « Il faut traumatiser les enfants, sinon ils deviendront tous experts-comptables », avait-il alors lancé avec un sourire complice. 

Et d'ajouter : « Je fais des livres pour l’enfant en moi : j’ai hérité de ma mère de ne pas avoir froid aux yeux. Les enfants n’ont pas peur devant la réalité. Lisez Grimm et Andersen ! » Parmi ses œuvres majeures, Les trois brigands (1961), Jean de la Lune, sorti cinq ans plus tard, mais également Otto, autobiographie d’un ours en peluche (1999). 

En novembre 2007, un musée avait ouvert à Strasbourg, consacré à la préservation de ses collections : de nombreux dons qu’il avait effectués, contenant quelque 11 000 dessins originaux, mais également 6500 jeux et jouets qui lui ont appartenu. 
« Nous perdons aujourd’hui un grand artiste, très attaché à l’idée de l’Europe (...) Son combat pour la tolérance, mené par le biais de ses livres et dessins, s’inscrit dans la vocation même de notre organisation », assure le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn Jagland.
 


Commentaires
Sur le site du CRILJ : Tomi Ungerer, dessinateur, illustrateur, peintre et auteur pour les petits et pour les grands, né à Strasbourg, est décédé dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 février 2019, à Cork, en Irlande, où il avait sa résidence principale. Il avait 87 ans. Tous ceux qui ont connu le délice d’être enlevé, dès 1961 aux États-Unis, 1963 en Suisse et en Allemagne, 1968 en France, par trois vilains brigands avec de grands manteaux noirs et de hauts chapeaux noirs auront une pensée émue pour ce génial provocateur. Lors de son colloque La pauvreté à l’œuvre dans la littérature pour la jeunesse, le CRILJ a rendu, grâce à Hasmig Chahinian (BnF et Ibby-France), un hommage improvisé à l’artiste et homme de conviction qu’il fut pendant plus de cinquante ans. Lire sur ce site, la longue contribution de Thérèse Willer mise en forme par Martine Abadia (http://www.crilj.org/2018/02/17/tomi-ungerer-a-moulins). “Ce qui m’intéresse, c’est le no man’s land entre le bien et le mal, que chaque camp puisse apprendre de l’autre. Si l’enfer est le paradis du diable, il n’y a pas de raison que le bon Dieu n’aille pas y passer quelques week-ends de temps en temps.”
Le personnage est tout de même ambigu, témoin sa déclaration selon laquelle l'Alsace est comme les cabinets : toujours occupée ... Il a passé la dernière partie de sa vie en Irlande, sans doute pour des raisons fiscales ; curieuse conception du patriotisme. Somme toute, "un grand Européen" (sic).
@ Griesmar : T. Ungerer est sans nul doute un "personnage"... et pas dans le sens où vous l'entendez.

Vous ne connaissez visiblement rien aux raisons qui l'ont poussé, depuis la fin de la guerre et bien avant qu'il ne soit riche, à s'expatrier. Si vous n'aviez même qu'une connaissance médiocre de son oeuvre, vous comprendriez la douleur et la frustration qui ont été les siennes.

En effet, dès 1918 et surtout après 1945, la France a tout fait pour méthodiquement éradiquer d'Alsace la langue allemande et sa version alsacienne. Tout cela, dans un bel élan de centralisme démocratique. Éliminer une culture tout en prônant le multiculturalisme contre le règne sans partage de l'anglais...

Alors à défaut de connaître et l'oeuvre de Tomi et l'histoire de sa région natale, laissez-le simplement reposer en paix.
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