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Un livre de jeux pour enfants accusé de banaliser le racisme

Clément Solym - 10.08.2017

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La maison d’édition belge Hemma est spécialisée dans les ouvrages jeunesse. Fondée en 1954, elle propose des albums et des livres pratiques, dont la qualité n’avait, jusqu’à présent pas été contestée, au contraire. Jusqu’à ce que Coco, alias Corinne Rey, ne fasse un étrange lien.


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Disney, CC BY ND 2.0
 

 

Dessinatrice de presse et scénariste de bandes dessinée, Coco s’interroge en observant un jeu proposé dans l’album des éditions Hemma. La consigne, en soi assez banale, dévoilerait un certain malaise : « Relie chaque princesse à son prince. Regarde bien, ils se ressemblent un peu... » Et ce, parce qu'un bal s'organise dans le palais et qu'il faut qu'à chacune soit relié son chacun... Logique.

 

Bien évidemment, les connexions à opérer entre princesses et princes sont pour le moins rudimentaires : ainsi que l’indique la réponse, il suffit de classer les personnages par couleur de peau et de cheveux. Coco pointe alors les clichés et le racisme que véhicule un livre pour enfant.

 

 

 

En l'occurrence, il s’agit du livre de jeux et coloriages « Mon livre de jeux Princesses » d’Amélie Gohy et Adèle Constant, intégré dans un coffret, Surprises de princesse. Dans l'intervalle, le corrigé a été rectifié par un internaute, avec une approche nettement plus ouverte.
 


 

Membre de Place des éditeurs (du groupe français Editis, filiale elle-même de l’Espagnol Grupo Planeta), Hemma Éditions verse-t-il dans le stéréotype trop facilement admis ? Et puisque l’on parle de diversité, en effet, pourquoi ne pas avoir proposé de réponse invitant à imaginer des couples homosexuels ? Ce sujet fait débat : polémique inutile ou véritable enjeu social ? Et puis la question est posée : sommes-nous en présence d’une banalisation classique de comportement raciste ?
 

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Gérald Dewit, directeur général depuis cinq ans, maintenant, chez Hemma, assure n’avoir rien manqué des différents commentaires laissés suite à la publication de ces photos. « Tout cela m’inquiète un peu : j’ai l’impression qu’il s’agit là de deux mondes qui se rencontrent sans avoir grand-chose à faire l’un avec l’autre. » 

 

Comprendre : « Il se trouve un curieux dénominateur commun entre le fonds de commerce de cette personne et les invectives lancées contre ce livre d’activités. Il y a des gens que la polémique nourrit. » 

 

Pourtant, pas question de rejeter le débat de fonds : ces princesses et princes, reliés par des attributs communs, interrogent, bien entendu. « Avec ces livres de jeux, nous faisons du mass market, nous inscrivant dans une tradition ancienne – les jeux des 7 différences, des points communs, des 7 erreurs, etc. Ce qui est ici pointé pourra faire l’objet d’un débat en interne, sur le rôle que l’on assigne à une maison d’édition comme Hemma. Mais dans ce cas, quand et par quoi commencer ? »

 

Est-il incompatible d’avoir une démarche sociétale active, au sein d’une maison de mass market ? « Les valeurs que nous défendons, ce sont l’émerveillement et l’enchantement – des princesses, par exemple. Ce sont des messages simples, et qui n’ont pas changé, même si nos vies et les sociétés, elles, ont évolué. »

 

Voir le mal partout ?
 

Et d’assurer que, pour bien d’autres ouvrages, ce « racisme ordinaire » qui est pointé n’aurait pas lieu d’être : « Nous arrivons à mélanger des univers, urbain et rural, dans notre catalogue. Et nous n’avons aucun problème à employer des personnages qui n’ont pas une peau blanche – ce n’est cependant ni une démarche philosophique que de le faire ou de ne pas le faire. Mais en aucun cas, il n’est possible de nous affubler d’un rétrogradisme malsain. La diversité culturelle au sein de notre entreprise en témoigne de toute manière. »

 

Le domaine de la petite enfance est devenu sensible : voir le mal partout est aisé, et l’on confond assez rapidement une simple maladresse avec une intention méchante. « Évidemment, nombre de choses se jouent à cet âge-là, et je comprends tout à fait l’invective lancée. J’espère simplement que l’on ne nous réserve pas celle-ci, bien d’autres en seraient coupables, avant nous », poursuit Gérald Dewit.

 

« Nous proposons un grand nombre de licences Disney par ailleurs, mais également, à travers La langue au chat, une autre maison de notre groupe, des ouvrages plus investis de questions sociétales. Ce sont là des livres plutôt destinés aux librairies de premier niveau. Ailleurs nous n’avons pas forcément vocation à endosser un rôle militant. Et il serait profitable de situer parfois les débats au-delà de livres de jeux pour un public d’enfants de cinq ans. » 

 

Voici par ailleurs des exemples d’ouvrages « témoignant à l’évidence de notre totale culture de la diversité sur des sujets tels que : la couleur de peau, les différences (handicap)... » Camille est en effet une héroïne exploitée depuis des années qui est confrontée ici à une personne en fauteuil roulant, ou encore à d’autres jeunes filles manifestement enfants d’immigrés. « Même pour Danser les filles, ouvrage plus récent, nous avons cherché à raconter comment des amitiés se tissent entre des personnages féminins d’origines diverses. »

 

 

 

« Nous avons eu récemment un débat interne sur la remise en cause de livres tout-carton, au titre qu’ils présentaient un schéma familial classique ; il n’était pas dans le rôle d’un éditeur de mass market de se mettre explorer, au nom de la diversité, des modèles mono parentaux ou homosexuels. Je note néanmoins avec grand intérêt que : les réactions sont extrêmement partagées et que même si le débat se niche, parfois, en des endroits peu ou pas attendus, il est riche, convivial (parfois) et constructif. »

Et de conclure : « Nous repartirons de ce “brainstorming” pour élaborer un autre type d’activité favorisant les différences, en lieu et place de rechercher des ressemblances. »

 

Et dans la même série...
 

Voilà quelque temps, une autre pochette/livre avait suscité des interrogations : Petit singe cherche un ami, également paru chez Hemma. Signalé à la rédaction, on nous explique que le livre s’accompagner de marionnettes incitant à rejouer les scènes. 

 

Un petit singe cherche des amis dans la jungle. Page après page, il échoue à sympathiser avec les autres animaux : il court trop vite pour l’un, un autre est trop grand pour lui, etc. Et si l’on s’attend en chute à ce que les animaux réfléchissent et comprennent que l’on peut trouver un terrain de jeu commun, pas du tout. Le petit singe trouve finalement sur d’autres singes, et tout le monde est content. Moralité : on est tellement mieux entre soi... 

 

Et ce parent, également professionnel dans l’édition, de souligner : « Tout cela ressemble à une manière orientée de décrire le monde aux enfants. » Bêtise ou maladresse, on jugera, mais dans tous les cas, la maison réfute clairement toute forme d'idéologie.

 

Il s’est également trouvé des internautes pour trouver d’autres raisons de s’agacer, cette fois en partant à la défense des animaux...

 

Il s’agit là d’un cahier de graphisme, À la maternelle, Graphisme, premiers pas vers l’écriture, chez Magnard.

 

 



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